‹ Les précieuses ridicules; comédie. Nouv. éd., conforme à l'éd. originale, avec les variantes, une notice sur la pièce, le sommaire de Voltaire, un appendice et un commentaire historique, philologique et littéraireChapitre 109 sur 155 · SCENE IX i5:j · texte numérisé non relu

SCENE IX i5:j

MASCARTLLE.

Mais n'admirez-vous pas aussi, je n'y prenais pas garde? je ny prenais pas garde, je ne m'appercevois » pas de cela, façon de parler naturelle, je n'y prenais 2Jas garde. Tandis que sans songer à mal. Tandis qu'innocemment, sans malice, comme un pauvre mouton, je vaus regarde; c'est-à-dire je m'amuse à vous considérer, je vous observe, je vous contemple. Vustre œil en tapinais... Que vous semble de ce mot, tapinois, n'est-il pas bien choisy?

CATHOS

Tout à fait bien.

MASCARILLE

Tapinois, en cachette, il semble que ce soit un chat qui vienne de prendre une souris. Tapinois^.

MAGDELON

Il ne se peut rien de mieux.

MASCARILLE

Me dérobe mon cœur, me l'emporte, me le ravit. Au voleur, au voleur, au voleur, au voleur. Ne diriez-vous pas que c'est un homme qui crie et court après un voleur pour le faire arresters, au voleur, au voleur, au voleur, au voleur.

1. Lat. ad et percipere, d'où les deux p, en vertu du changement, de rè^le en pareil cas, du d en p.

2. La tradition autorise l'acteur qui fait Mascurille à allonger par (juelques développements de sa façon le commentaire de l'impi-omptu, et, d'habitude, il ne manque pas de la suivre. On peut le regretter ; voy. ci-dessus, p. 64. — Ici, la fin de la réplique est ainsi modifiée : « un chat qui court et qui vient de prendre une souris. Tapinois ! Miaou ! Tapinois ! »

à. De ad et reetare, d'où Vs étymologique.

Il faut avouer que cela a un tour spirituel, et ga-

laiid K

MASCARILLE

Je veux vous dire l'air que j'ay fait dessus.

CATHOS

Vous avez appris la musique?

MASCARILLE

Moi? point du tout.

CATHOS

Et comment donc cela se peut-il?

MASCARILLE

Les gens de qualité sçaventtout, sans avoir jamais rien appris^.

MAGDELON

Asscurément, ma chère ^

1. Orthographe qui existait concurremiTtient avec celle qui a prévalu et qui, du reste, était déjà plus usitée, galant. La Fontaine met la même forme au féminin (IV,' 11) :

Déjà dans son esprit la galande le croque.

2. Qualité s'employait très souvent au dix-septième siècle comme synonyme de noblesse. Ainsi Molière, dans la Comtesse d'Escarbagnas (se. XVI), fait chanter à M. Tibaudier :

Une personne de qualité Ravit mon âme.

De même La Bruyère {Des biens de fortune, 21) : « Il a commencé par dire de soi-même : un homme de ma sorte ; il passe à dire: un homme de ma qualité; il se donne pour tel. » Molière raille volontiers la fatuité ignorante des gens de qualité, ainsi dans la Critique die l'Ecole des Femmes, dans le rôle du marquis. Il ne défend guère qu'une fois leur goût naturel en matière littéraire, dans les Femmes savantes (IV, 3) :

Vous en voulez beaucoup à cette pauvre cour... etc.

3. C'était une des prétentions de Mlle de Scudéry et de ses amies. Elle dit d'elle-même : « Sans que l'on ait presque jamais ouï dire que Sapho ait rien appris, elle sait pourtant toutes choses [le

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