ADDITIONS ET CORRECTIONS
P. 17. Addition à la note 2. — Le mot précieux fut, naturellement, pris d'abord en bonne part. Segrais disait, dans une pièce adressée à Mlle de Châtillon :
Obligeante, civile, et surtout précieuse, Quel seroit le brutal qui ne raimeroit pas V
Plus tard, c'est tout le contraire. Ainsi Mme de Sévigné (JourdesRois, 1687): «Vous^êtes bien délicat et bien précieux, de vous trouver atteint d'une petite attaque de décrépitude, parce que vous êtes grand-père. » Et Fénelon (Éducat. des filles, i) : « Pour les filles, il ne faut pas qu'elles soient savantes, la curiosité les rend vaines et précieuses. »
P. 74, ligne 9. — Complétez ainsi cette ligne : «en Danemark, par Chr. Sick, Kjobenhavn, in-S*», 1874». L'omission de « Chr. Sick » ferait prendre pour un nom d'auteur Kjo^ benhavn, qui est le nom danois de Copenhague.
P. 87, note 1. — Au lieu de extraneus, nous aurions dû, pour plus de régularité, mettre extraneum, car les substantifs et adjectifs français tirés du latin viennent non pas du nominatif ou cas-sujet, mais de l'accusatif ou cas-régime; voy., sur cette loi, A. Brachet, Grammaire historique de la langue française, p. 147 à i'62. On voudra bien appliquer cette observation aux autres étymologies d'adjectifs et de substantifs données au cours du commentaire.
P. 115, ligne 6. — But en blanc est une métaphore empruntée au langage de l'artillerie (voy. p. 133, n. 1). Tirer de but en blanc, c'est tirer sur un blanc placé à l'endroit où le projectile, qui décrit une parabole, coupe la ligne de mire prolongée. But désigne donc ici l'endroit où l^ tireur est placé ; il a le même sens dans plusieurs jeux. Tirer de but en 6/a7îc signifie encore tirera toute portée. On disait aussi tirer de pointe en blanc; ainsi du Bellay {Mémoires, 469) : « Dudit bastion on tiroit de pointe en blanc à coups d'archuse dedans le passage. » Pointe en blanc, selon Littré,
« veut dire ici sans obstacle qui fût interposé et qui gênât le tir, c'est-à-dire à toute portée ». Furetière écrit butte au lieu je but, ce qui confirme le sens donné plus haut à ce dernier mot.
Au figuré, de but en blanc signifie inconsidérémenty sans précaution. Ainsi encore Molière (Mal. imag., H, 1) : « On ne parle pas comme cela de but en blanc à Angélique; il y faut des mystères. »
P. 122, ligne 6: « Tout ce que je vous puis dire. » Cette construction est, pour ainsi dire, de règle au dix-septième siècle. Quand les pronoms personnels sont compléments d'un infinitif dépendant d'un autre verbe, ils se placent de préférence avant le premier des deux verbes, qui se trouve ainsi jouer le rôle d'un auxiliaire. Voy.CHASSANG, Gî'ammazre/"7'ançaise, par. 226. Toutefois, la construction en usage aujourd'hui existait déjà du temps de Molière. On a vu plus haut (p. i 06, ligne 3) : « Tout ce que nous pouvons vous dire.» Racine a réuni les deux constructions dans ce vers {Andr., i, 1) : Plus on les veut brouiller, plus on va leo unir.
P. 136. Addition à la note 4. — On retrouve naturellement les « vols de coeurs» dans le langage précieux, sérieux ou comique, du dix-huitième siècle. Ainsi le Pasquin de Marivaux (Jeu de V Amour et du Hasard^ II, 3); «De la raison! Hélas! je Tai perdue : vos Deaux yeux sont les filous qui me l'ont volée. »
P. 137, ligne 8 : « aussi bien. . . » Locution adverbiale signifiant dans le fait, au fait. Ainsi Bossuet {Hist. univ., II, 12) : « Il ne s'agit pas de réfuter ces rêveries des Platoniciens, qui, aussi bien, tombent d'elles-mêmes. » Racine surtout en fait grand usage :
Aussi bien, ce n'est pas la première injustice Dont la Grèce d'Achille a payé le service.
{Andr., I, 2.) Qu'il périsse; aussi bien, il ne vit plus pour nous.
(Andr., V, 1.) Aussi bien, ces soupçons, ces plaintes assidues Ont fait croire à tous ceux qui les ont entendues...
{Britan., IV, 2.)