‹ Les précieuses ridicules; comédie. Nouv. éd., conforme à l'éd. originale, avec les variantes, une notice sur la pièce, le sommaire de Voltaire, un appendice et un commentaire historique, philologique et littéraireChapitre 154 sur 155 · UIMPROMPTU DE MASCARILLE ET DES VIOLONS · texte numérisé non relu

UIMPROMPTU DE MASCARILLE ET DES VIOLONS

La bibliothèque de la Comédie-Française possède nn exemplaire très rare, peut-être unique, d'un ouvrage publié en 1753 et intitulé Recueil complet de vaudevilles et airs choisis qui ont été chantés à la Comédie-Française depuis Vannée 1659 jusqu'à. Vannée présente 1753, avec les dates de toutes les années et le nom des auteurs. On n'y trouve ai l'air sur lequel Mascarille chante son impromptu, ni celui de la courante jouée par les violons , et toutes les recherches faites jusqu'à présent pour les trouver ailleurs sont demeurées infructueuses. Il est probable que Molière, nouvellement arrivé à Paris, et peu désireux d'augmenter les frais de son théâtre, ne songea pas, comme il le fît plus tard, à demander aux compositeurs en vogue, Lulli ou Charpentier, les deux airs dont il avait besoin. Il se contenta, sams doute, d'adapter à l'impromptu de Mascarille un pont-neuf ou timbre quelconque, agrémenté de variantes comiques, et de faire jouer le premier air de danse venu par les violons de son orchestre*. Après lui, ses successeurs immédiats dans le rôle de Mascarille ou bien chantèrent l'air qu'il avait arrangé, ou bien chacun d'eux en adopta un approprié aux ressources de sa voix. Quant à la

1. Jusqu'en 1C60, l'orchestre ordinaire de la troupe de Molière se composa de trois violons, payés chacun 1 livre 10 sols par jour; il y en eut ensuite quatre, qui coûtèrent 6 livres; pour les comédies-ballets et les divertissements, où la musique avait une place prépondérante, la troupe recrutait des orchestres très complets. Voy. J. Bon- NASSIES, la Musique à la Comédie-Française , p. 3 à 15.

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musique des violons, ce fut un motif quelconque emprunté aux airs de danse du temps.

Aucun de ces airs chantés par les interprètes de Mascarille durant les deux derniers siècles n'a été conservé. Cependant, pour l'un d'eux, Dugazon, il n'est pas impossible de se représenter à peu près ce que pouvait être son air par un passage, déjà cité, d'un écrit du temps*. Selon l'usage, Dugazon amplifiait par des lazzi de son invention le commentaire des beautés de son impromptu ; voici comment, d'après le Journal des Spectacles : « Ne trouvezvous pas que le chant exprime bien la pensée ? O/i , o/i , la surprise ! oh, oh, je n'y prenais pas garde, remarquezvous l'étonnement? tandis que sans songer à mal, je vous regarde : la contemplation dans un port de voix ; je vous regarde. Votre œil en tapinois ^ en tapinois, le coup de patte du chat, la pata ta : me dérobe mon cœur, sentezvous me dérobe ? Là, comme quelqu'un qui se jette dessus. Au, au, au, au voleur, et puis, comme quelqu'un qui crie plus fort, au, au, au, au voleur; et puis, comme quelqu'un qui est épuisé, au, au, au, au voleur; l'affaissement total de toute la machine, au voleur. »

L'air qui se chante aujourd'hui à la Comédie-Française est de l'invention de M. Régnier, qui tint, avec un si grand succès, le rôle de Mascarille de 1831 à 1872. M. Régnier écrivait récemment ^, au sujet de cet air : ce II fut toujours abandonné à la fantaisie de l'interprète du rôle. Celui que vous m^avez entendu chanter est entièrement de ma composition. » Et il ajoutait : « C'est à Cartigny que j'ai vu, pour la première fois, jouer le rôle de Mascarille. Sa chanson, de son invention aussi, je le crois bien, me paraissait plus prétentieuse que comique , et je n'essayai même

1 . Le Journal des spectacles ou le Nouveau Spectateur, Paris, 1777, t. II, p. 176-180. Voy. ci-dessus, p. 65, n. l.

2. Lettre à M. Livet, citée par lui clans son édition des Pi^ùcieusca ridiculas, p. 207-20vS.

APPENDICE 21î>

pas de la reproduire lorsque, pourla première fois, en 1827, je jouai les Précieuses, à Metz. — C'est en fredonnant un passage du Déserteur, que je venais devoir, que j'eus l'idée de l'air que vous m'avez entendu chanter, et où je l'ai à peu près introduit; je crois qu'en le reproduisant, Coquelin l'a démanché et l'a accommodé à son jeu personnel. » Le commentaire dont MM. Régnier et Coquelin accompagnent cet air se rapproche assez, comme on peut le voir *, de celui de Dugazon. Le caractère du rôle, en effet, indique celui de l'air, et cette rencontre est toute naturelle.

Quant à « la courante » des violons, telle qu'on la joue actuellement, elle aurait plus de chances sinon d'être l'air du temps de Molière, du moins d'appartenir à la musique de ce temps. Elle en a tout le caractère; c'est la musique fine, élégante, un peu maigre et grêle, de l'école de Lulli. Elle a été notée par Baudron, chef d'orchestre de la Comédie-Française, de 1766 à 1823, et depuis, nous dit M. L. Léon, directeur actuel de la musique à la Comédie, on n'en a jamais joué d'autre.

Nous n'avons pas jugé à propos de reproduire ici la notation de ces deux airs. D'abord nous tenions à ne pas priver de son bénéfice de priorité M. Livet, qui les donne dans son édition. De plus, comme l'un d'eux est tout moderne, que l'origine de l'autre est incertaine, nous avons cru qu'ils n'avaient pas à prendre place dans un travail dont le principal but est de replacer les Précieuses ridicules dans leur milieu et de leur donner leur véritable physionomie. 11 nous a semblé suffisant de préciser leur origine et leur histoire, sans empiéter sur ce qui est du domaine de la représentation.

t. Voy. cl-(lessusj p. 156, n. i.

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