Scène V
7. S'il faut en croire J. Janin, qui, à vrai dire, ne se piquait pas d'une scrupuleuse exactitude dans ses anecdotes dramatiques, ce petit rôle du porteur de chaise aurait été joué un jour parLekain : « Dans une représentation des Précieuses ridicules, dit-il, Lekain représentait un porteur de chaise et disait à tout briser : a Çà, payez-nous vi- » tement! » Rien qu'avec ces trois mots, Lekain faisait peur, mais
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tinrent los rôles des P/'écieuses ridicules après les camarades de Molière. A vrai dire, s'il est aisé de retrouver leurs noms', on ne saurait marquer exactement en quoi chacun d'eux se distinguait dans ces divers rôles; les renseignements font à peu près défaut. Pour les plus célèbres d'entre eux, les recueils contemporains, qui nous disent avec détail ce qu'ils étaient dans les principales pièces du répertoire comique, sont à peu près muels sur leur interprétation des Précieuses. Cela tient à ce que la petite pièce de Molière, que nous prisons si haut maintenant, fut longtemps regardée comme une simple farce, et les acteurs estimaient, comme le public, que ce n'était point là qu'un comédien pouvait donner sa mesure. Nous sommes bien loin de penser ainsi, et le rôle de Mascarille, en particulier, a beaucoup fait pour la réputation des artistes éminents qui s'y sont le plus distingués de nos jours, MM. Régnier, Gol et Coquelin aîné. Entre autres mérites, ils ont su, tout en conservant l'éclatante fantaisie du personnage, le jouer avec plus de goût et de sobriété que certains de leurs devanciers, et ramener au ton delà comédie un rôle souvent tourné au burlesque et à la charge.
Il est probable qu'aux premières représentations données par Molière, la pièce n'était pas tout à fait ce qu'elle est aujourd'hui. On y remarque, en ellet, dans sa forme actuelle, d'assez notables différences avec l'analyse qu'en donne Mlle Desjardins dans son Récit, qui semble très exact, et qui dut être fait, sinon avec la collaboration, du moins sous les yeux de Molière ^ Dans le Récit, la première scène, au lieu de se passer entre La Grange et du Croisy, comme dans la pièce, est entre Gorgibus et Marotte, c'est-àdire que la troisième scène de la pièce est la première du Récit; par suite, une partie de la scène quatrième de la pièce, entre Gorgibus et ses filles, est la seconde dans le Récit; en outre, la visite de La Grange et de du Croisy aux Précieuses, au lieu d'être racontée, est mise en action, ce qui faisait une scène entière, qui a disparu; enfin la seconde partie de la scène quatrième de la pièce est une scène à part dans
il n'a joué ce petit rôle qu'une seule fois. » (Journal des Débats 10 mars 1862.)
1. Les trois plus fameux sont Préville, Dazincourt et Dugazon ; sur ces deux derniers, voy. ci-après, p. 63, n. 1, 68, n. I, eL Appendice, IV, p. 214.