Voy. ci-après, Appandice, I, p
Ci LES PRÉCIEUSES RIDICULES
le Récit. On se rendra compte de ces modificalions, qui eurent lieu, sans doule, dès les premières représentations, par le fragment du Récit que nous donnons en appendice. A cette transformation, la pièce perdait une scène amusante et vive, celle des Précieuses et de leurs prétendants, qui devenait une simple narration; mais, d'autre part, dans sa seconde forme, « la venue des Précieuses est mieux préparée, Tirritation du bonhomme Gorgibus mieux motivée, et, de plus, Molière y trouvait l'avantage assez sérieux, en présence des difficultés soulevées par les Précieuses et leurs amis, de bien établir, dès la première scène, qu'il ne s'agissait ici que des deux pecques j^rovinciales, et pas du tout des illustres originaux dont elles étaient la mauvaise copie; raisons de prudence, raisons littéraires se réunissaient pour justifier ce changement* ».
11 se peut aussi qu'à l'origine l'improvisation ait tenu une certaine place dans la représentation des Préczewsesridicu/e.^. Bien que plus voisines, en somme, de la comédie que de la farce, elles se rattachaient encore d'assez près à ces canevas italiens que Molière avait longtemps imités, où les lazzi remplissaient une partie du dialogue et où les jeux de scène étaient si multipliés-. Les rôles de Mascarille et de Jodclet se prêtaient admirablement à ce genre de saillies bouffonnes; aussi l'imagination plaisante des acteurs dut-elle s'y donner libre carrière. La tradition a conservé un certain nombre de ces saillies, et, de nos jours encore, elles agrémentent la représentation des Précieuses, A-t-on eu raison de les maintenir? Il est permis d'en douter. D'abord, Molière, qui jouait Mascarille, avait le droit de se permettre avec sa prose des libertés que devrait nous interdire maintenant notre respect pour un chef-d'œuvre deux fois séculaire. En outre, ce qui n'était pour lui et pour ses contemporains qu'une « farce » est estimé aujourd'hui à l'égal de la haute comédie, et cellpci répugne à toute altération d'un texte consacré. Enfin, le comique des Précieuses, dans leur texte imprimé, est assez puissant et assez nourri pour n'avoir pas besoin qu'on y ajoute. On peut considérer encore qu'à la distance où nous sommes des premières représentations de la pièce, il est bien diflicile de distinguer, dans les lazzi traditionnels, ce qui ap[)artient aux premiers interprètes et, à ce titre, méri-