‹ Les précieuses ridicules; comédie. Nouv. éd., conforme à l'éd. originale, avec les variantes, une notice sur la pièce, le sommaire de Voltaire, un appendice et un commentaire historique, philologique et littéraireChapitre 47 sur 155 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

comme une grande partie des grâces, qu'on y a trouvées, dépendent de l'action, et du ton de voix', il m'importoit, qu'on ne les dépoûillast^ pas de ces ornemens*, et je trouvois que le succès, qu'elles avoient eu, dans la représentation, estoit* assez beau, pour en demeurer là. J'avois résolu, dis-je, de ne les faire voir, qu'à la chandelle ^ pour ne point donner lieu à quelqu'un, de dire le proverbe'; et je ne voulois pas

V'oy. aussi la Préface de l'École des Femmes. Quelle différence, non seulement avec les pédants, qui ne voulaient, comme son Lysidas, rire que selon les règles, mais encore avec plusieurs des plus illustres ))armi ses contemporains, comme le grand Corneille, qui, dans ses Examens, se donnait un mal infini pour prouver sa parfaite obéissance au pseudo-Aristote de Tabbé d'Aubignac ! Racine en prend plus à son aise; voy., par exemple, TÉpître dédicatoire et les Préfaces à'^Andromaqne.

1. Encore une des thèses favorites de Molière, qui était aussi indifférent à l'impression de ses pièces que soigneux de tout ce qui pouvait les faire valoir à la représentation. Il dit au Lecteur, en tête de l'Amour médecin : « Il n'est pas nécessaire de vous avertir qu'il y a beaucoup de choses qui dépendent de l'action : on sait bien que les comédies ne sont faites que pour être jouées, et je ne conseille de lire celle-ci qu'aux personnes qui ont des yeux pour découvrir dans la lecture tout le jeu du théâtre. »

2. L's est un reste de la conjugaison latine : assem., issem., etc.

3. Au seizième et au dix-septième siècle, les mots terminés par aiU ou ent perdaient le t au pluriel : « Ils venoyent courans à bride abattue. » (Amvot, Marius, 38,.) Aujourd'hui, dit M. Chassang (Gram. fr., par. 36), « on doit maintenir toujours le t, et l'Académie française ne reconnaît pas d'autre orthographe. » Cependant, la suppression du t persiste encore, par respect pour une habitude traditionnelle, à' la Revue des Deux-Mondes et au Journal des Débats, dans les articles des académiciens eux-mêmes.

4. Sur l'étymologie de être et la longue persistance de l's dans cstre, voy. Brachet, Dict. étym.

5. Les théâtres étaient alors éclairés avec des chandelles, les unes rangées sur le devant de la scène, comme la rampe actuelle, les autres fixées aux décors, d'autres enfin portées sur des lustres: on les mouchait pendant les entr'actes, ce qui affectait très désagréablement l'odorat du public. Aux représentations données devant des personnes de marque, on les remplaçait par des bougies. A partir de 1785 seulement, l'invention par le physicien Argant des lampes à huile vulgairement appelées quinquets, du nom de leur fabricant, permit de substituer aux chandelles un éclairage plus brillant et plus égal. Voy. J. ]\IoYNET, l'Envers du théâtre, chap. viii.

6. « Chandelle se dit proverbialement en ces phrases : Cette femme est belle a la chandelle, mais le jour gâte tout, pour dire que la grande lumière fait aisément découvrir ses défauts. » (Dictionnaire deFure^

qu'elles sautassent du Théâtre de Bourbon', dans la Galerie du Palais*. Cependant je n'ay pu l'éviter, et je suis tombé dans la disgrâce' de voir une copie dérobée de ma pièce, entre les mains des libraires, accompagnée d*un privilège obtenu par surprise*. J'ay eu beau crier, ô temps! ô moeurs^! on m'a fait voir une nécessité® pour moj d'estre imprimé, ou d'avoir un procès, et le dernier mal est encore pire, que le premier"^. Il faut donc se laisser aller à la destinée, et consentir à une chose, qu'on ne laisseroit" pas de faire sans moj.

tièrc, 1690). L3 Dictionnaire de rAcadémie (1694) explique ainsi le même proverbe : « On dit d'une femme qui croit être belle, et qui ne Test pas, Elle est, etc. » Raymond Poisson (cité par Lemazurier, t. II, p. 314) écrivait en 1670, à la mort de Mlle des Œillets :

. . .Justement on dira d'elle •<

Qu'elle n'étoit pas belle au jour

Comme elle étoit à la chandelle.

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