Voy. ci-dessus, p. 88, n
7. Cette aversion pour les procès est très justifiée par ce qu'était alors la justice. Molière la partage avec la plupart de ses contemporains, témoin les Plaideurs de Racine, le Lutrin de Boileau, etc. Voy. ce qu'il dit lui-même de lamanie de plaider dans lesFourberies de Scapin (II, 8) : « Jetez les yeux sur les détouBS de la justice... >, etc.
8. Le second laisser a un sens très différent du premier et signifie ne pas s'abstenir de. Nous verrons tout à l'heure (se. XV) : « Ne laissons pas d'achever. » On dit aussi, avec la même signification, ne pas baisser que de. Cette dernière forme, bien qu'elle se trouva
préfacp: 01
Mon Dieu, l'étrange embarras, qu'un livre à mettre au jour! et qu'un autheur est neuf, la première fois qu'on l'imprime' ! encore si l'on m'avoit donné du temps, j'aurois pu mieux songer à moy, et.j'aurois pris toutes les précautions, que Messieurs les autheurs, à présent mes confrères, ont coustume^ de prendre en' semblables occasions. Outre quelque grand seigneur, que j'aurois esté prendre malgré luy, pour protecteur de mon ouvrage, et dont j'aurois tenté la libéralité, par une epistre dedicatoire bien fleurie^; j'aurois tâché
déjà au dix-septième siècle (ainsi dans Mme de Sévjgné, 31 décembre 1684 : « Il ne faut pas laisser que de s'écrire de temps en temps »;, n'est admise par l'Académie que depuis 1833.
1. C'était, en effets la première pièce que Molière faisait imprimer ; ÏEtourdi, bien que représenté, selon toute vraisemblance,' en 16o3, ne parut qu'en 1663, ou, du moins, s'il y en eut, comme le disent, le duc de la Vallière et le chevalier de ]\ïouby, une édition en 1658, elle fut imprimée à l'insu de Molière, comme devait Vétve Sganarelle (voy. à ce sujet E. Despois, t. I, p. 98-100 de son édition) ; le Dépit amoureux, représenté en 1656, parut aussi en 1663..
2. Du bas latin coustuma, d'où Vs. Voy., sur cette étymologie a>sez compliquée, Littré, Dict. de la langue franc., et Brachkt, Dict. étym.
3. Nous ajouterions aujourd'hui de entre en et semblables. En présente, du reste, des difficultés de construction, avec ou sans article; voy,, à ce sujet, Littré, Dict. fr., 1, En, rem. 2. La Fontaine disait avec de (VII, 1) :
L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents On fait de pareils dévouements.
4. « Ce membre de phrase, depuis et dont, a été omis ou retranché dans une des éditions données par G. de Luynes en 1660 (il y en a deux différentes, portant le nom de ce libraire, à la Bibliothèque nationale) ; il manque également dans la réimpression, faite la même année « jouxte la copie imprimée j», \in a le nom de Cl. Barbin. » (E. Despois.) Cette suppression n'est pas indifférente : Molière, ou son éditeur, l'aura faite pour ne choquer personne, à une époque oii les dédicaces,, le plus souvent d'une flatterie outrée fon connaît la trop tameuse Epître de Cop.neille dédiant Cinna au financier Montoron, 1640), étaient un moyen universellement employé par les auteurs pour battre monnaie. Molière se soumettait à l'usage, mais en s'en moquant au moment même où il le suivait. Il disait au prince de Condé en lui dédiant Amphiti^yon : « N'en déplaise à nos beaux esprits, je ne vois rien de plus ennuyeux que les épitres dédicatoires, et Votre Altesse Sérénissime trouvera bon, s'il lui plait, que je ne suive point ici le style de ces Messieurs-là, et refuse de me servir de deux ou trois misérables pensées qui ont été tournées et retouniécs
de faire une belle et docte préface, et je ne manque point de livres •, qui m'aui^oient fourny tout ce qu'on peut dire de sçavant- sur la tragédie, et la comédie; l'ethimologie^ de toutes-deux, leur origine, leur defition, et le reste. J'aurois parlé aussi à mes amis, qui pour la recommandation de ma pièce, ne m'auroient pas refusé, ou des vers françois , ou des vers latins \
tant de fois qu'elles sont usées de tous les côtés. » Voy. aussi les Dédicaces des Fâcheux au Roi, de VEcole des Femmes à Madame, de la Critique de l'Ecole des Femmes à la Reine mère.
Au reste, il n'était pas seul à s'en moquer. Scarron en avait adressé une A très honnête et très divertissante chienne dame Guillemette, petite levrette de ma sœur (en tête de la Suite des Œuvres burlesques de M. Scarron, Paris, T. Quinet, 1648). A la fin de son Roman bourgeois (1666), FuRETiÈRE dressait la table des matières d'une Somm.e dédicaUÀre, « ou examen général de toutes les questions qui se peuvent faire touchant la dédicace des livres », et dédiait d'avance le premier livre que ferait l'un de ses héros A très haut et très redouté seigneur Jean Guillaume, dit Saint- Aubin, maître des hautes œuvres de la ville, prévôté et vicomte de Paris, édit. Ed. Fournier et Ch. ASSELINEAU, p. 316-339.
1. Molière ne manquait pas de livres, en effet; dans l'inventaire de sa bibliothèque, dressé après samort (voy. EuD. SouLiÉ,jRec/ierc^es sur Molière et sa famille, p. 91 à 94, et 260 à 292), on trouve vingt volumes sous la rubrique Dictionnaire et traités de philosophie, qn'U faut entendre sans doute dans un sens très général, les deux notaires chargés de l'inventaire s'étant peu préoccupés de détailler et de donner des titres exacts. Les deux ouvrages qui faisaient alors autorité en matière d'art dramatique étaient la, Poétique (1640) de La Mes- NARDiÈRE et la Pratique du théâtre (1659) de l'abbé d'Aubignac.
2. Forme participiale du verbe savoir, qui vient lui-même du lat. sapere, avoir de la saveur, le goût bon, et, au figuré, être sage, judicieux, connaître. C'est par une fausse étymologie qu'on s'est mis au quinzième et au seizième siècle à écrire sçavoir, comme si le mot venait de scire. Voy. ci-dessus, p. 88, n. 7.
3. Du latin etymologia, venant lui-même du grec £TU(jLo).OYÎa (ëru- (jLo:, vrai, origine vraie). L'/i et Vi de l'orthographe ci-dessus sont donc aussi peu étymologiques que possible.
4. C'était, en effet, une habitude, surtout pour les poètes débutants, de faire précéder leurs ouvrages d'éloges en vers français, latins , ou même grecs, décernés par leurs confrères, et qui leur servaient de recommandations auprès des lecteurs. Cette habitude, déjà plus rare au temps de Molière, était générale au seizième siècle et dans les premières années du dix-septième. Les poètes de la Pléiade, en particulier, aimaient beaucoup à se présenter ainsi les uns les autres au public. — M. Livet (édit. des Précieuses, p. 77) cite l'auteur du Chef-d'œuvre d'un inconnu (Saint -Hyacinthe) taisant précéder son livre de parodies d'éloges en hébreu, en grec, en latin, en français, en anglais et même en gascon.