‹ Les précieuses ridicules; comédie. Nouv. éd., conforme à l'éd. originale, avec les variantes, une notice sur la pièce, le sommaire de Voltaire, un appendice et un commentaire historique, philologique et littéraireChapitre 61 sur 155 · Orthographe vicieuse. Lat. appellare · texte numérisé non relu

Orthographe vicieuse. Lat. appellare

2. Ces valets beaux esprits et beaux parleurs sont très nombreux dans la comédie italienne, dont Molière était tout plein à ce moment. Ils aim.ent le langage fleuri, les gentillesses d'expression, les conceiti; plusieurs sont poètes et musiciens. Sauf dans les Précieuses, Molière n'imita guère ce côté de leur caractère; il préféra assaisonner de verve gauloise leur génie d'intrigue et leur passion de fourberie. Regnard fit de même. Il faut aller jusqu'à Marivaux pour leur retrouver, dans notre théâtre comique, leur caractère primitif: ils remplissent son théâtre. Nous avons déjà remarqué (p. 45, n. 1) que. dans son Jeu de l'Amour et du Hasard, il y a un valet, Pasquin, qui revêt les habits et tient le rôle de son maître; mais la ressemblance de cette pièce avec les Précieuses s'arrête là.

LA GRANGE

C'est une chose que vous pourrez mieux aprendre d'elles, que de nous. Tout ce que nous pouvons vous dire, c'est que nous vous rendons grâce* de la faveur que vous nous avez faite, et demeurons vos tres-humbles serviteurs*.

GORGIBUS*

Oiiais * il semble qu'ils sortent mal satisfaits* d'icy, d'où pourroit venir leur mécontenteinent? il faut sçavoir un peu ce que c'est. Hola".

1. Dans plusieurs éditions (notamment celles de 1663 et de 16C6, données du vivant de Molière), grâces est au pluriel, et c'est la vraie orthographe de l'expression, lorsqu'elle veut dire remercier, témoigner sa reconnaissance à quelqu'un, comme dans ce vers de Cop».- NEiLLE {Hor., II, 3) :

Je rends grâces aux dieux de n'être point Romain.

Rendre grâce s'emploie plutôt avec un nom de chose et veut dire attribuer une action favorable à, comme dans ce vers de Racine (Jp/iig., IV, 6) : .

Rendez grâce au seul nœud qui retient ma colère.

2. La formule « votre très humble serviteur » s'employait alors comme aujourd'hui dans un sens ironique. Ainsi Molière {Crit. de l'Ec. des Femmes, I) : « Ah! très humble servante au bel esprit.» Dans les éditions de 1682 et de 1734, du Croisy répète : a vos très humbles serviteurs. » Cette répétition venait sans doute, comme plusieurs autres variantes de la même édition, de la tradition théâtrale que devait bien connaître La Grange, l'un des éditeurs de 1682 ; voy. cidessus, p. 75.

3. GoRGiBus, seul (1734). Il est évident, en effet, que La Grange et du Croisy sortent, et, régulièrement, le court monologue de Gorgibus devrait a lui seul former une scène.

4. Interjection familière, fréquente dans Molière et généralement chez les comiques des deux siècles derniers, pour marquer la surprise. Ainsi Molière {Dép. am., II, 1) :

Ouais! ceci doit donc être un important secret.

Et Le Sage {Crisp. riv.) : « Ouais ! que signifie tout ceci ? »

5. Expression tombée en désuétude, mais fréquente au dix-septième siècle. Ainsi Molière {l'Ét., I, 7) ;

A parler franchement Je suis mal satisfait de mon fils. '

Et Retz (II, 115): « Chavigny étoit très mal satisfait du cardinal. »

6. Exclamation qui servait pour appeler les gens de service, dans

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