‹ Les précieuses ridicules; comédie. Nouv. éd., conforme à l'éd. originale, avec les variantes, une notice sur la pièce, le sommaire de Voltaire, un appendice et un commentaire historique, philologique et littéraireChapitre 62 sur 155 · MAROTTE, GORGIBUS · texte numérisé non relu

MAROTTE, GORGIBUS

MAROTTE

Que desirez vous monsieur?

GORGIBUS

Où sont vos maistresses?

MAROTTE

Dans leur cabinet.

GORGIBUS

Que font elles ?

MAROTTE

De la pommade pour les lèvres.

GORGIBUS

C'est trop pommadé. Dites-leur qu'elles descendent ^ Ces pendardes-la avec leur pommade ont je pense envie de me ruiner. Je ne voy par tout que blancs-d'œufs, lait virginal 3, et mille autres brinbo-

le style le plus familier, comme clans le plus relevé. Ainsi Molière (Comt. d'Escarb., IV} : « Holà, laquais! laquais! » Et Racine (Bajaz., II, i) :

Holà ! gardes, qu'on vienne.

1. L'édition àfi 1734 intercale ici seul; les éditions de 1739 et de 1773 font de ce qui suit la scène IV, avec Gorgibus, seul, pour acteur,

2. La scène est, en effet, dans la salle basse de la maison de Gorgibus, ce qui explique l'entrée de Mascarille en chaise à porteurs. Voy. ci-après, p. 127, n. 4.

3. FuRETiÈRE définit le lait virginal « une certaine liqueur pour blanchir les mains et le visage », et en donne tout au long la recette. Il serait sans intérêt de la transcrire ici ; la litharge et le sel en formaient les principaux éléments.

i08 LES PRECIEUSES RIDICULES

rions* que je ne connois point. Elles ont usé, depuis que nous sommes icy, le lard d'une douzaine de cochons, pour le moins; et quatre valets vivroient tous les jours des pieds de mouton qu'elles employent'*.

1. Aujourd'hui brimborions. Comme futilités, bagatelles. Ainsi encox-e Molière {Fem. sav., II, 7) :

Cette longue lunette à faire peur aux gens. Et cent brimborions dont l'aspect importune.

Brimborion semble venir du latin bi'eviarium et signifia d'abord prière mal prononcée. Calvin dit en ce sens (Instit. chrét., 875) : « Tous tels prestres, qui n'ont nul ouvrage ni loyer qu'à faire marchandise de messes et briborions. »

2. ScAR-RON {l'Héritier ridicule, V, 1, 1649) s'était déjà moqué de

... Ces dames de prix, en qui souvent, dit-on. Blanc, perles, coques d'œuf, lard et pieds de mouton, Baume, lait virginal et cent mille autres drogues, De tètes sans cheveux aussi rares que gogues Font des miroirs d'amour, de qui les faux appas Etalent des beautés qu'ils ne possèdent pas.

Jamais les femmes ne firent un plus grand usage des cosmétiques qu'au dix-septième siècle. A la cour, le bon ton, pour ne pas dire l'étiquette, ordonnait de se farder, de se mettre « un pied de rouge sur la joue » (l'expression, depuis, est devenue ridicule; elle ne rétait pas alors), et les plus jeunes femmes devaient suivre cette mode. La Bruyère [Des Femmes, 6) et Bouleau {Sat. X) s'en moquent sans pitié.

Malgré cet abus de la parfumerie, la simijle propreté, si négligée au moyen âge, laissait encore beaucoup à désirer. L'auteur des Lois de la galanterie (1644), code moitié sérieux, moitié ironique de la parfaite élégance, que Molière a certainement connu, qu'il semble parfois reproduire et que par suite nous aurons souvent à citer, nous édifie pleinement à ee sujet (IX, édition L. Lalanne, 1855, p. 11) : « Pour parler premièrement de ce qui concerne la personne, l'on peut aller quelquefois chez les baigneurs pour avoir le corps net, et tous les jours on prendra la peine de se laver les mains avec le pain d'amande. Il faut aussi se faire laver le visage presque aussi souvent. » Voy., pour plus de détails, Quicherat, Histoire du costume en France, p. 492-493.

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