‹ Les précieuses ridicules; comédie. Nouv. éd., conforme à l'éd. originale, avec les variantes, une notice sur la pièce, le sommaire de Voltaire, un appendice et un commentaire historique, philologique et littéraireChapitre 74 sur 155 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

mots-là*, et le nom de Polixene, que ma cousine a choisi, et celuy d'Aminthe, queje me suis donné, ont une grâce dont il faut que vous demeuriez d'accord'.

GORGIBUS

Escoutez; il n'y a qu'un mot qui serve*. Je n'entends"* point que vous ayez d'autres noms, que ceux, qui vous ont esté donnez par vos parrains et marraines^,- et pour ces messieurs, dont il est question, je connois leurs familles et leurs biens, et je veux

1, SoMAizE insère la phrase dans son Dictionnaire (p. lv) depuis « une oreille » jusqu'à « ces mots-là ».

2. Demeurer d'accord est une expression très usitée au dix-septième siècle. Ainsi encore Molière {Méd. malg. lui, I, 5) : « Pour demeurer d'accord de sa capacité. » Et Corneille {Exam. d'Hor.) : « J'en demeure d'accord. » Nous préférons aujourd'hui tomber d'accord, qui s'employait concurremment avec demeurer, mais qui est bien moins logique et plus difficile à expliquer. — Polixene est le titre d'un roman d'un sieur François de Molière, paru en 1632, et qui ne paraît pas avoir eu grande vogue. Quant a Aminte (Aminta), c'est le titre d'une pastorale fameuse (1581) du Tasse, très admirée au dix-septième siècle. Remarquons toutefois que, dans le Tasse, Aminta est un nom d'homme [VAmyntas des pastorales latines). Gomberville en fit un nom de femme dans son Polexandre ; de même Corneille dans des stances galantes et La Fontaine en plusieurs endroits, notamment dans les Amours de Psyché et de Cupidon (liv. I). Enfin, il y a, dans la Princesse de Paphlagonie de Mlle de Montpensier, une «. princesse Aminte », fille de la princesse d'Athènes, qui n'est autre que la marquise de Rambouillet ; la princesse Aminte est donc Julie d'Angennes. Sorel (cité par M. Livet, édit. des Précieuses, p. 99) se moque plaisamment de ce goût de pseudonymes bucoliques dans son Berger extravagant (p. 7 et 51) : « J'étois, dit Lysis, d'une compagnie où les garçons et les filles prenoient tous les noms de VAstrée, et notre entretien étoit une pastorale perpétuelle, » — A la représentation, Gorgibus, stupéfait, répète les deux noms de « Polyxène » (■t d' « Aininthe».

.3. C'est-à-dire qui soit de quelque utilité, de quelque e//ef (avec des folles comme vous). .

4. Lat. intendere (diriger vers, d'où faire attention à, puis entendre).

5. Var. «Par vos parrains et vos marraines». (1682,1734.) Dans la langue du seizième siècle et de la première moil'ié du dix-septième, quand le pronom possessif se rapportait à deux substantifs, il ne se répétait pas devant le second, même quand les substantifs différaient par le nombre et par le genre. Ainsi O.M.vfN (II, m, 2) . « Ce beau

résolument, que vous vous disposiez à les recevoir pour maris. Je me lasse de vous avoir sur les -bras, et la garde de deux filles est une charge un peu trop pesante, pour un homme de mon âge.

CATHOS

Pour moy, mon oncle, tout ce que je vous puis dire c'est que je treuve^ le mariage une chose tout à fait choquante^. Comment est-ce qu'on peut

chef-d'œuvre du monde en sa longueur et largeur. » De même Ronsard {Resp. Genev.) :

Le roy, son frère et mère, et les princes ont bien Pouvoir de commander à mon luth Cynthien.

Il en était de même pour l'article. Voy. Chassang, Gr. fr., par. 195.

1. Var. Trouve dans plusieurs éditions à partir de 1674, notamment dans celles de 1682 et de 1734. — Treuver^ est une ancienne forme, qui existait concurremment au seizième siècle avec trouver, beaucoup plus fréquent, il est vrai. Ainsi Cl. Marot (I, 289) :

Or oste ceste laine,

Et la toison que dessus toy je trente ; Il te convient vestir de robbe neufve.

Elle était encore usitée dans' la première moitié du dix-septième siècle ; on la rencontre dans une édition (1 664) de la Thébaîde de Racine et dans plusieurs de ses manuscrits ; mais, dans la seconde moitié, elle tombe tout à fait en désuétude. Vaugelas écrivait (1647, t. I, p- 229) : « Trouver et treuver sont tous deux bons, mais trouver avec o est sans comparaison meilleur... Nos poètes néanmoins' se servent de l'un et de l'autre à la fin des vers pour la commodité de la rime... Mais en prose tous nos bons auteurs écrivent trouver avec o, et l'on ne dit point autrement à la Cour. » Th. Corneille dit au contraire (1687, dans son édition de Vaugelas) : « On ne dit plus que trouver. » On disait de même demeurer et demourer, preuver .et prouver, etc. Voy. Thurot, De la Prononc. franc., liv. II, chap. VI, par. 2, 1°. — L'étymologie de trouver (probablement le lat. turhare) est contestée. Voy. Littré, Bict. fr.

2. Voy. ci-dessus, p. 25, et comp. les Femmes savantes (I, 1) :

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