SCENE VI
nous peut voir*. C'est sans doute un bel esprit, qui aura oiiy* parler de nous.
CATHOS
Asseurement', ma chère.
MAGDELON
Il faut le recevoir dans cette salle basse \ plustost quen nostre chambre,: ajustons un peu nos cheveux au moins, et soustenons^ notre réputation. Viste ve-
de l'Hôtel de Bourgogne, de Villiers, essaya de répondre en leur nom , avec la Vengeayice des Mar<)uis, mais cette petite pièce (un acte. 1663) est la platitude même. Ils ne se sont pas relevés des coups de Molière : « La révolution close, Napoléon, qui restaurait nombre de vieilleries sociales qu'avait ébréchées autrefois Molière, lui rendit un singulier et tacite hommage; en rétablissant les princes, ducs, comtes et barons, il désespéra des marquis, et sa volonté impériale s'arrêta devant Mascarille. » (Sainte-Beuve, Portraits littéraires, t. II, p. 61-62.)
1. Magdelon ne s'étonne nullement de cette visite imprévue; c'était, en effet, un usage des Précieuses, surtout en proVince, de rester chez elles pour attendre quiconque voulait bien venir les voir. Mlle DE ScuDÉRY écrit de Marseille à Mlle Paulet, le 13 décembre 1645 (cit. par V. Cousin, Soc. franc, t. II, p. 401) : « La coutume de la ville est d'être trois ou quatre jours sans sortir pour attendre les visites de ceux qui veulent nous en rendre... Le lendemain dope, et quatre jours depuis, mon frère et moi avons gardé la chambre. Je ne pense pas qu'il y 'ait un seul homme de considération dans Marseille qui n'y soit venu, soit des gentilshommes, des consuls, des officiers de galère, des juges, des ecclésiastiques, des avocats, des marchands, des matelots, et même des forçats., »
2. Va?-. « Qui auroit ouï. » (1673, 1674.) — « Qui a ouï. » (1734.)
3. De assuré, venant lui-même de assecurare, d'où asseuré par la chute du c.
4. La salle basse, dans les maisons de la première moitié du dixseptième siècle, se trouvait au rez-de-chaussée, d'un côté de l'escalier qui occupait le milieu de la construction, jusqu'à ce que la marquise de Rambouillet, faisant disposer son fameux hôtel de la rue Saint-Thon^as-du-Louvre, imagina de le placer à l'un des angles (voy. ci-dessus, p. 12-13.) C'est dans la salle basse, ou simplement la salle, que se donnaient les bals et les repas; la chambre à coucher, ou simplement la chambre, était la pièce où l'on recevait d'habitude, surtout lorsque les Précieuses y eurent fait disposer dans ce but leurs alcôves et leurs ruelles. Sur la disposition et l'ameublement des appartements de réception au dix-septième siècle, voy. Ch.-L. LiVET, Préface à son édition du Dictio'nnaii e des Précieuses de SoMAizE, t. I, p. xvii-xxi.
â. Du lat. sustinere, d'où l's étymologique.
nez nous tendre icy dedans^ le conseiller des grâces'.
MAROTTE
Par ma foy, je ne sçay point quelle beste c'est là, il faut parler chrestien^, si vous voulez, que je vous entende.
Aportez* nous le miroir, ignorante que vous estes, et gardez-vous bien d'en salir la glace, par la communication de votre image ^.
1. Ici se construisait de même avec d'autres adverbes de lieu. Ainsi Molière {Etourdi, I, 4) :
J'ai crainte ici dessous de quelque manigance.
Et encore {Don Juan, III, 2) : « Depuis quelque temps il y a des voleurs ici autour. »
« Pour ici dedans, on disait, au moyen âge, ci ens, et plus tard céans.... Ici dessous comme ici dedans, bonnes et utiles expressions qui ont disparu, et qu'on n'a point remplacées. Ces anciennes façons de parler persistent en Picardie. » (Génin, Lexique de Molière, p. 209.)
2. E. Despois cite ici un passage des Plaisirs des Dames (Paris, 1641), p. 78, de M. de Grenaille: «... L'excellence du miroir paroît en ce qu'il est le fidèle conseiller de la beauté, ainsi que le poëte l'appelle. » Le poète est sans doute Martial (IX, 17) :
Consilium formge spéculum.
SoMAiZE (p. Li) cite « le conseiller des grâces » et ajoute «ou le peintre de la dernière fidélité, le singe de la nature, le caméléon ».
3. C'est-à-dire de façon à être compris, comme parlent des chrétiens. RiCHELET, dans son Dictionnaire, le traduit par intelligemment et cite comme exemple ce passage des Précieuses. Selon H. Estienne {François italianisé, édit. Liseux, t. II, p. 291), l'expression serait d'orio-ine italienne : « Vous sçavez que les Italiens, et principalement les 'Vénitiens, disent parlate Christian , quand ils veulent dire : parlez une autre langue que je puisse entendre; comme si un langage qu'ils n'entendent pas ne devet pas estre appelé chrestien. »
4- Du lat. apporlare. Notre orthograpbe est donc plus régulière.
5. Elles sortent. (1734.) — On remarquera que la scène reste vide, ce qui est, à bon droit, considéré comme un défaut. Dans la plupart de ses pièces, Molière, qui travaillait vite, a beaucoup de ces négligences de détail.