‹ Les précieuses ridicules; comédie. Nouv. éd., conforme à l'éd. originale, avec les variantes, une notice sur la pièce, le sommaire de Voltaire, un appendice et un commentaire historique, philologique et littéraireChapitre 83 sur 155 · SCENE VIL MASCARILLE, Deux Porteurs · texte numérisé non relu

SCENE VIL MASCARILLE, Deux Porteurs

MASCARILLEi.

Hola, porteurs, hola. Là, là, là, là, là, là. Je pense que ces marauts-là* ont dessein de me briser, à force de heurter contre les murailles, et les pavez.

i, PORTEUR.

Dame, c'est que la porte est estroite. Vous avez voulu aussi, que nous soyons entrez' jusqu'icy.

1. On a vu plus haut (p. 98, n. 2) d'où venait ce nom de Mascarille, employé déjà dans VEtourdi. Sainte-Beuve {Portraits littéraires, t. II, p. 20) marque ainsi la différence du personnage dans les deux pièces : « Mascarille, tel qu'il appai-aît d'abord, n'est guère qu'un fiis naturel direct des valets de la farce italienne et de l'antique comédie, de l'esclave de VEpidique, du Chrysale des Bacchides^ de ces valets d'or, comme ils se nomment, du valet de Marot; c'est un fils de Villon, nourri aussi aux repues franches, un des mille de cette lignée antérieure à Figaro. Mais, dans les Précieuses, il va bientôt se particulariser, il va devenir le Mascarille marquis, un valet tout rnodei-ne et qui n'est qu'à la livrée de Molière. » Le personnage est donc autrement original dans les Précieuses que dans VEtourdi, et c'est bien à tort que P. de Saint- Victor, (les Deux Masques, t. III, p. 424) considère son rôle dans la première des deux pièces comme une « déchéance » et montre Mascarille marquis « rendant le dernier soupir sous le soufflet du porteur de chaises (ce qui est trop dire) et sous la canne de La Grange » ; voy. cependant le brillant portrait que le même auteur fait de Mascarille dans VEtowdi {op. cit., p. 419 et suiv.). Sainte-Beuve fait voir, au contraire, comment Mascarille est une des créations les plus considérables du théâtre de Molière, avec Sgauarelle et Alceste (op., cit., p. 21-22).

2. Terme de mépris très usité dans la comédie classique en parlant aux valets, gens de peu, etc. Etymologie inconnue. Maraut est l'orthographe la plus ancienne. Ainsi Villon {Repue fr. des sou f fret. ) .

Comment m'en iray-je en pourpoint, Desnuè comme un marault ?

Et G. BoucHET {Serées, III) : « Encores aujourd'hui appelionsnous ceux à qui nous voulons mal et pensons injurier marauts, coquins, belistres. »

3. On dirait aujourd'hui que nous entrassions. Mais bien que ce soit un porteur de chaise qui parle, cette construction n'était pas

MASCARILLE

Je le croy bien. Voudriez-vous, faquins i, que j'exposasse l'embonpoint de mes plumep aux inclémences de la saison pluvieuse? et que j'alasse imprimer

mes souliers en boue' ? Allez ostez vostre chaise^ d'icy.

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