‹ Les précurseurs de l'astrologie scientifique et la tradition (Ptolémée, Saint Thomas d'Aquin et Képler)Chapitre 12 sur 14 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Morin de Villefranche (1583-1656)

Morin de Villefranche peut être considéré comme le dernier astrologue français officiel (qui pouvait écrire sur l’astrologie sans se compromettre). Docteur en médecine et professeur de mathématiques au Collège de France, il composa un volumineux traité en 26 livres, sous le titre de Astrologia gallica.

H. Selva, son commentateur, a publié un ouvrage, Les déterminations astrologiques de Morin (1), où il a condensé les données et la méthode de celui-ci. J’ai écrit en 1925 une analyse sommaire de Morin, d’après son commentateur (2), que je résume ici en quelques lignes : Morin a attaqué avec raison les bases fictives des faux astrologues, et 1l a été un des premiers, sinon le premier, qui a entrevu le principe de la méthode expérimentale à base de statistiques et probabilités, — sans toutefois nommer celles-ci qui, à son époque, n’étaient pas encore entrées dans la science officielle (on sait que c’est Pascal qui les fonda en tant que science et que c’est Laplace qui les a mises au point). — Il faut avant tout retenir de lui un passage un peu alambiqué mais essentiel que j'avais

(1) Lucien Bodin, édit., 1902.

(2) Essai de psychologie astrale, chap. xx,

mentionné dans une étude précédente (1), et qui veut 4 dire au fond ceci : la vraie méthode consiste à ‘rechercher. : par exémple, si ceux qui naissent avec le Soleil dans le. signe du Lion présentent ou non des caractères communs. Morin n’a pas D le moyen d'attribuer « un réel | | caractère commun » à des individus ainsi choisis au point de vue astral, ce qui paraît assez délicat. Il est possible : cependant qu’en certains cas on puisse y arriver. Mais sa principale lacune — et il en était excusable à son époque— c’est de ne pas avoir exposé au nom de quel principe on | attribuerait au « Soleil dans le Lion » le fait d'avoir pu |. trouver ici cerlains « caractères communs ». | Le jeu des fréquences était évidemment nécessaire ici, sans quoi tout restait vague et personnel sur le terrain

de l'observation ; car il est bien certain qu'aucun « carac- tère commun » ne saurait être trouvé ainsi, sans exceptions

plus où moins nombreuses. Il n'existe en effet, aucune 14 loi connue en astrologie, qui sé révèle sans comporter 1: d’exceptions, c’est-à-dire quise fondesurun écart probant

| de 100 pour 100.

Avant Morin, dit Selva, l'interprétation des thèmes de nati- | vité ne se trouvait enseignée que par des aphorismes s ’appliquant à dés’cas toujours spéciaux ; Morin a lé mérite d’y avoir iitroduit une méthode, et de lavoir systématisée.

C’est vrai, mais il l’a trop systématisée, d’une façon somme toute personnelle. Parlons net : il n'avance en ‘réalité aucune preuve n1 aucun moyen d’en trouver positivement une. Quelle valeur alors peut avoir son « système » ? ;

(1) Essai de psychologie: astrale,

Le fait seul pourtant, chez Morin, d’avoir tenté d’exposer une méthode d'observation à base impersonnelle suffit pour le classer parmi les vrais précurseurs de l’astrologie scientifique.

Retenons, en effet, de lui, au milieu de toutes ses règles invérifiables sinon arbitraires, qu’il a prescrit de rechercher un « caractère commun » chez ceux qui naissent avec une « même note astrale ».

Il eût mieux valu, il est vrai, rechercher les « notes astrales communes » que pouvaient avoir ceux qui possèdent un « caractère commun (1) ». Toutefois, Morin était bien engagé sur la voie expérimentale et vraiment féconde des recherches astrologiques débarrassées des superstitions accumulées depuis l’antiquité autour de la véritable astrologie.

Il n'y manquait qu’une mise au point où l’étude des probabilités (fondée sur des fréquences expérimentales) pouvait seule apporter la lumière et la précision. Dans tous les cas, l’œuvre de Morin, esprit pondéré et érudit, ne saurait être assimilée à tant d'études, occultistes ou autres, écrites sur l’astrologie par des auteurs aucunement préparés à en parler avec compétence.

Morin a pu se tromper, mais 1l n’a cherché qu’à établir des relations naturelles entre les astres et nous. C’est là le point important.

(1) Voir à ce sujet Preuves et bases de l'astrologie scientifique, chap.rrr ; Essai de psychologie astrale, chap. 1v.

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