‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 2)Chapitre 10 sur 85 · SON ENCYCLOPÉDIE CLASSIQUE · texte numérisé non relu

SON ENCYCLOPÉDIE CLASSIQUE

la physique, etc., et d'avoir négligé ses ouvrages beaucoup plus instructifs, tels que l'histoire naturelle, les problèmes, la météorologie. Il pensait que, pour suivre la vraie méthode, il fallait commencer par les sujets les plus simples et passer du connu à l'inconnu. Il admettait que nous devons remonter sans cesse des effets aux causes, quoique le chemin qui peut nous conduire aux véritables fondements des choses fût semé de difficultés insurmontables. Mais les moyens d'y parvenir exposés par Aristote lui paraissaient d'une nature beaucoup trop transcendantale; ils présupposent une nature infaillible, tandis que l'intelligence de l'homme est trop bornée pour qu'il lui soit permis de pénétrer l'essence intime des choses. L'homme doit donc se contenter d'une dialectique qui ne s'occupe que du probable f).

Il y a là, comme on le voit, un scepticisme qui se dégage des vieilles traditions de la science proprement dite, mais qui ne rompt aucunement avec les anciennes croyances religieuses, lesquelles, au contraire, offrent à Vives un point de certitude pratique. De là les éloges que l'auteur donne à la valeur morale de la religion chrétienne f), éloges dont je parlerai plus loin.

Partisan de l'idée de progrès. Vives attaquait avec beaucoup de feu l'opinion que nous sommes condamnés à rester éternellem^it dans l'état où nous ont conduits nos devanciers : il s'élevait surtout contre cette routine malheureuse qui voue l'esprit humain à une stérilité désespérante, comme si le champ du perfectionnement ne nous était pas ouvert aussi bien qu'à ceux qui nous ont précédés; comme si leur nature avait été entièrement différente de la nôtre. Il finissait par exprimer des regrets éloquents sur la perte de cet admirable amour de la science pour la science, qui seul peut rendre respectables les lettres et ceux qui font profession de

(*) De causa corrupt. art. y lib. III, 2, 3, 5; lib. V, 1 et 2. — Ritter, p. 443 et 444.

(«) Vives, ibid., lib. VI, 1. —Ritter, p. 442 et 443.

les cultiver, tandis que le désir du gain et d'une réputation frivole les plonge dans l'abjection où ils étaient de son temps, et d'où il cherchait à les faire sortir f).

Yivès plaida avec beaucoup d'éloquence et de raison la cause des classiques anciens contre leurs détracteurs, qui étaient d'autant* plus redoutables qu'ils avaient toujours à la bouche les grands mots d'hérésie et d'impiété. Il les réfutait en leur demandant si l'erreur n'appartient pas au fond du discours, aux pensées, quelle que soit d'ailleurs la forme, polie ou barbare, dans laquelle elles sont exprimées. « Les Basile, les Grégoire de Nazianze, les Chrysostome n'étaient-ils pas de meilleurs écrivains que l'hérétique Arius, qu'ils combattaient? Érasme ne surpasse-t-il pas Luther? N'y a-t-il pas, parmi les catholiques qui ont écrit contre les propagateurs des nouvelles doctrines, des hommes beaucoup plus lettrés que ces derniers? Et Budée, qui n'est surpassé par personne dans la connaissance du grec et du latin, n'est-il pas aussi éloigné de l'hérésie que le doux de l'amer? Puis, n'est-il pas étonnant que ceux dont je me plains se déclarent aussi les ennemis de la bonne latinité, tandis que c'est au latin qu'ils doivent de ne pas être montrés au doigt par le peuple? Car il est certain que s'ils débitaient leurs pédantesques sottises dans une langue comprise de la foule, celle-ci, au lieu de les admirer, les sifflerait comme ils le méritent f)? »

Le livre le mieux écrit de Vives est la dernière de ses publications, publiée après sa mort (en 1543) et intitulée : Cinq livres pour la défense de la 7'eligion chrétienne. Son point de départ est que la vérité divine, enseignée par Jésus-Christ, n'est pas en contradiction avec la raison humaine. Son but n'était pas de discuter avec les savants, mais de ramener au véritable christianisme tous ceux (et ils étaient en grand nombre) qui portaient le nom de chrétiens sans l'être, et en

(*) De causis corrupt. art», analyse de M. Namèche, p. 54. (î) Ibid, p. 56.

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