LEMAIRE, SON TRAITÉ SUR LES SCHISMES
adressées à Marguerite d'Autriche. Ce poème a fait soupçonner quelque intrigue secrète. Tout le mystère se réduit à un perroquet dont Sigismond, archiduc d'Autriche, avait fait présent à Marie de Bourgogne. Après la mort de cette princesse, le perroquet resta en possession de Marguerite, qui l'aimait beaucoup et qui fit pour lui une épitaphe qu'on trouve dans le recueil de ses chansons.
En 15H, Lemaire publia son Traicté de la différence des schismes et des concileSy ouvrage en prose qui a été marqué dans la première classe des livres défendus par YIndex de Rome. C'est une invective sanglante contre Jules II en faveur de Louis XU(^), qui, en 1509 et en 1511^ avait successivement convoqué un concile national à Orléans, à Tours et à Lyon pour procéder à la réforme de l'Église et pour mettre le pape à la raison.
L'auteur consacre la première partie de son livre à prouver comment les richesses données à l'Église par Constantin et ses successeurs, Pépin, Charlemagne, Louis le Débonnaire et autres bons princes, « ont procréé sinistrement plusieurs mauvais enfans; c'est à savoir : Orgueil, Pompe, Arrogance, Hérésie, Mespris des princes. Tyrannie des subjects et Impudence, avec lesquelles choses est survenue obmission des conciles généraux ; et toutes telles choses ensemble ont eslevé les schismes, divisions, séparations entre le peuple chrestien ». De là nécessité pour les princes de convoquer eux-mêmes des conciles, dont Lemaire décrit les principaux, comme dans la seconde partie il décrira plus spécialement les plus célèbres de l'Église gallicane pour en faire ressortir l'utilité et la prééminence. La troisième partie comprend les schismes de l'Église depuis le huitième jusqu'au vingt-troisième. En outre, l'auteur y fait mention du vingt-quatrième schisme futur, le plus grand de tous en l'Église catholique et universelle, et l'auteur prédit que a ceste oultrageuse
(*) Paquot, Mémoires pour sermr à V histoire littéraire des Pays-Bas, t. III, p. 12.
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ambition de l'Église romaine sera prochainement cause finale de sa terrible persécution avec réformation ».
Lemaire, en concluajQt, ajoute aux deux causes principales de la décadence de l'Église, par où il a commencé son livre, une troisième, le célibat des prêtres, auquel il applique les paroles d'Alain Chartier, auteur du xv^ siècle : « Or fut il piéça fait un nouvel statut en l'Église latine, qui dessevra l'ordre du saint mariage d'avec la dignité de prestrise, sous couleur de pureté et chasteté sans souillure. Maintenant court le statut de concubinage, au contraire : et les ha attraits aux estats mondains et aux délits sensuelz et corporelz : et, qui plus est, se sont renduz à immodérée avarice, en procurant par simonie et par autres voyes illicites, litigieuses et processives, en corruption et autrement, bénéfices et prélatures espirituelz : et qui plus est, souillez et occupez aux affaires citoyens et es négoces et cures temporelles. Et ce premier statut départit piéça l'Église grecque avec la latine. Et la désordonnance avaricieuse des prestres ha fait séparer les peuples de Behaigne de l'Église de Romme. Que dis-je, de Behaigne? mais de chrestienté presque toute. Car les gens de l'Église ont si avilenné, par leurs coulpes, eulx et leur estât, qu'ilz sont jà desdaignez et des grans et des menus du monde, et les cœurs étrangez de l'obéissance de sainte Église par dissolution de ses ministres. Car, comme dit est, iceux ministres ont laissé les espousailles, mais ils ont repris les illégitimes, vagues et dissolues luxures... Que apporte la constitution de non marier les prestres, sinon tourner... l'honneste cohabitation d'une seule espouse en multiplication d'eschaudée luxure?... La prophétie de Daniel reste à venir qui désigne la venue d'Antéchrist et le temps de persécution pour les abominations du temple... »
La même année, Lemaire publia une nouvelle pièce de poésie, écrite au nom de Louis XII, en réponse à celle que Jean d'Auton, augustin et abbé d'Angle, en Poitou, avait envoyée à ce monarque de la part d'Hector de Troie. Louis XII