‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 2)Chapitre 3 sur 85 · SES ÉTUDES A PARIS · texte numérisé non relu

SES ÉTUDES A PARIS

leur de cet établissement, se hâta d'ajouter : « Plus vous serez bon grammairien, moins vous serez bon jurisconsulte (^). »

D'autres écrivains de ce temps dépeignent Paris sous les traits les plus sinistres : ils parlent de l'ignorance, de l'arrogance et du charlatanisme de ses professeurs (^, de la cherté de ses vivres f), de la fourberie de ses habitants, de la cruauté de ses juges et de ses bourreaux, qui n'avaient pas besoin des ordres du duc d'Albe pour arracher la langue à leurs victimes et pour la leur jeter à la face (^).

Vives regrettait le temps précieux qu'il y avait perdu dans les subtilités de la scolastique; il aurait désiré pouvoir acheter à prix d'argent l'art de débarrasser sa tête des choses sans goût et sans valeur qu'il y avait accumulées dans cette triste école, et plus tard il remercia Dieu d'avoir appris à connaître la véritable science et d'être sorti de ces ténèbres cimmériennes f).

Dès lors, l'université parisienne ne fut, à ses yeux, qu'une vieille femriie qui, après un âge de huit siècles, ne faisait plus que conter des sornettes et approcher de la mort. Il n'avait que du dédain pour les chicanes de mots et pour ce latin barbare qu'on lui avait appris dans la capitale de la France. Aussi, quel ne fut pas son enthousiasme pour l'antiquité classique, la Bible et les Pères! « Je ne puis me taire, disait-il, sur les torts irréparables que l'on fait aux âmes, en inculquant toutes ces absurdités aux prêtres et aux moines. J'en ai connu un qui, ayant apjiris que saint Augustin était un bon dialecticien, se jeta avec fureur sur ses œuvres et fut vivement contrarié qu'il ne s'y trouvât une syllabe des ânes, des instances, des cas, des réduplicatifs, et qu'un si grand théologien, en traitant de la Trinité, n'eût pas dit un mot de la

(*) Meiners, Yergleich der Sitten und Yerfassung des Mittelalters , t. lï, p. 737, (*) Bertius, Illustrium et clarorum virorum epistolœ selectim^e^, Lugd. Bat^ 1617, p. 60 et 61.

(5) Id., ;. c.,p.61.

(^) l'D.yl, c. Ex liUetia, anno 1842, die \8jiiln, p. 41. (*) E tenébris istis cimmeriis.

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distinction complète et incomplète, de la pasiicuimi&ation, de lu sm^ gularisation, etc. Comment Augustin aTait-il pu écrire sur le baptême, sans résoudre les qu^estions que Toici : A^ua requi-^ ritur ad baptizafdum et adhaptèmmdum refuiritur afua. Au detur minima aqua quœ exigitmr, minimm quœ mm exigitur, maxima quœ requiritur, maxima qnœ mm requiritur.,.? etc. » Vi%^ ajoutait que saint Augustin n'avait pas touIu répondre à ces questions, parce qu'il écrivait le latiii et quune langue aussi pure ne pouvait pas être employée pourde telles absurdités (^).

Toutes les sciences cultivées pendant le xv* siècle avaient été devancées par la philologie, qui, grâce à la renaissance des lettres grecques et latines, aTait produit une heureuse et spirituelle imitation des anciens, mis en circulation une masse étonnante d'idées nouvelles et arraché à l'oubli une infinie variété de connaissances, tellement que dans le cours du xvf siècle il n'y avait plus ni science, ni art sur lesquels la philosophie n'eût exercé son influence, que cette influence fut telle que FÉglise et l'État ^e virent dans la nécessité de la reconnaître et que la philosophie dut suivre ce mouvement, dont elle avait à attendre sa rénovation f).

Comme tous les peuples civilisés de l'Europe avaient pris part à ces immenses eflbrts de la philologie, son action sur la philosophie donne l'idée la plus générale de la civilisation à cette époque. Aussi, la France, l'Italie, l'Espagi^, l'Allemagne, les Pays-Bas produisirent-ils des hommes qui cherchèrent à donner une forme nouvelle à la philosophie ^•

On le voit, elle était loin d'être terminée, cette lutte ardente contre la scolastique, dont les humanistes étaient les adversaires les plus acharnés. Vives l'attaqua avec une logique formidable, et, sous ce rapport, il fut le continuateur de Laurent Valla, un des savants du xv® siècle qui ont le plus

(*) J.-L. Vivis, Opei^a, Basil, 1555, t. I, f. 280. — Francken, Joàamies Imâovtcus Vives, devriendvan Erasmus, Rotterdam, 1853, p. 9- IL (*) RiTTER, Z. c, p. 437, (») Id., thid.

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