‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 2)Chapitre 32 sur 85 · DE LA VANITÉ DES SCIENCES · texte numérisé non relu

DE LA VANITÉ DES SCIENCES

Yérité, et non pas dans les actions corporelles et dans la chair (^). »

Puis, c'était le tour des inquisiteurs. Après avoir rappelé qu'avant le xif siècle « jamais on n'avait torturé ou brûlé ,un homme que du consentement du pape », Agrippa dépeint la conduite de l'inquisition de son temps en ces termes :

<c Si le prévenu, se mettant sur la défensive, tâche de se justifier et de soutenir son opinion par l'Écriture, ou par de bonnes et solides raisons, aussitôt ces révérends inquisiteurs, l'interrompant d'une voix furieuse et tonnante : « Il ne s'agit pas id, disent-ils, de disputer devant une chaire d'école, contre des bacheliers et des étudiants. Vous êtes devant vos juges et vous comparaissez à leur tribunal ; ce n'est pas à vous à former des raisonnements ni à plaider votre cause; il n'est question que d'une demande, et vous devez y répondre simplement : voulez- vous vous en tenir aux décrets de l'Église romaine et renoncer à votre opinion? » Le prévenu, refusant d'acquiescer, déclare-t-il qu'il persiste dans son sentiment, alors, lui représentant les terribles suites de sa prétendue opiniâtreté : « Ce n'est, disent-ils, ni avec les argumens, ni par des écrits qu'il faut combattre les hérétiques; les seules armes qu'on doit employer contre ces amis du diable, ce sont les flammes d'un bûcher ardent. »

ce Ainsi, un malheureux qui n'est nullement convaincu qu'il a tort, qui ne sait et ne peut pas penser autrement qu'il pense, et qui croit selon sa conscience et sa bonne foi, on le force d'abjurer, c'est-à-dire de ne point voir ce qu'il lui est impossible de ne pas voir; et s'il tient ferme jusqu'à la fin, ces moines le proclament déserteur de l'Église, le livrent au bras séculier, comme ils disent, aux mains de la justice civile, pour être brûlé vif, disant avec l'apôtre : Otez le mal qui est au milieu de vous. Cependant, l'Église gouvernait autrefois avec un si grand esprit de douceur, et les évêques de Rome avaient

(»j Hagen, p. 263 et 264.

tant de clémence que, comme Gratien l'a démontré dans la quatrième distinction de la consécration, on ne puniss^t point de mort le néophite relaps et retoml>é dans le judaïsme, et qu'on n'ordonnait aucun châtiment ou du moins point de supplice contre le blasphème. Et le fameux Bérenger, que, par rapport au mystère prodigieux et absolument contradictoire de la transsubstantiation, nous devons détester et condamner comme un monstre d'hétérodoxie, voire au feu \e plus brûlant de l'enfer, ne voyons-nous pas que, quoiqu'il fut retourné, comme un scélérat, au vomissement de son hérésie, non seulement il ne fut point oçcis, mais qu'il fut encore maintenu dans sa dignité d'archidiacre.

« Mais dans notre malheureuse et perverse génération, la plus légère erreur vous mène droit au fagot, et quelque-r fois, pour le moindre crime, ces bourreaux ou du moins ces lieutenans criminels des soi-disant pères et pasteurs des enfants du Père céleste livrent un pauvre chrétien au terrible supplice du feu. Vous me direz : « Celte sévère et rigoureuse discipline convient au triste et tumultueux état où l'Église se trouve aujourd'hui ». Mais pendant qu'on pratique une violence si horrible, si criante contre la raison et l'humanité, et cela pour maintenir l'ambitieuse et imaginaire infaillibilité des papes, qu'on ne laisse donc point périr la vraie et solide dévotion !

« D'ailleurs, ces inquisiteurs de la dépravation hérétique sont souvent eux-mêmes des maîtres fripons ; et rien ne les empêche de tomber aussi dans l'hérésie. Et c'est ce qui a donné lieu à la nouvelle constitution de notre saint-père Clément. Ceux donc qui ont vocation pour ce digne emploi de l'inquisition, ces chiens de chasse, ou, pour mieux dire, ces gros et méchans mâtins que le pape lâche sur l'hérésie, pour peu qu'ils veuillent se conformer à l'esprit de l'Évangile, ne doivent pas employer contre les hérétiques des argumens obscurs et embarrassés, des syllogismes contentieux : ils doivent tâcher, avec douceur, avec une charité chrétienne

Page 1