DE LA VANITÉ DES SCIENCES
et vraiment apostolique, de les convaincre de la foi orthodoxe par l'Écriture sainte, de les ramener par la parole de Dieu à la doctrine de salut. Ensuite, agissant selon les enseignemens des canons et les réglemens des conciles généraux, quand le prévenu ne peut pas se rendre ni acquiescer, qu'ils le déclarent hérétique, à la bonne heure ! Mais qu'ils terminent donc cette affaire importante, et où il n'y va pas de moins que de la damnation éternelle d'une âme rachetée par le sang de Dieu, qu'ils la terminent, dis-je, suivant l'intention et le commandement du législateur des chrétiens, qui ordonne qu'en cas de refus et d'opiniâtreté, le convertisseur, secouant la poussière de ses souliers, abandonne les cdtécliisés à leur aveugle endurcissement.
a De plus, quoiqu'il soit expressément et de droit défendu aux inquisiteurs de prendre connaissance, ni d'avoir aucune juridiction sur les gens suspects d'hérésie, sur ceux qui la défendent, qui la reçoivent, qui la protègent, dans un lieu où il n'est pas certain, évident, manifeste qu'il y ait une hérésie formellement et juridiquement condamnée, cependant, ces vautours altérés de sang et qui ne l'aiment pas moins que le vin, contre les privilèges à eux accordés par le tribunal de l'inquisition, contre le droit et les saints canons, ces vautours, dis-je, ces féroces oiseaux de proie, faisant invasion dans le domaine des évêques, dans la juridiction des ordinaires, s'arrogent un pouvoir papal sur des choses qui ne sont point hérétiques, mais seulement qui offensent la délicatesse des zélés, qui scandalisent les oreilles dévotes, ou qui tout au plus ne sont que de simples erreurs qui ne font rien à l'essentiel.
ce Sur ce fondement-là, ces bourreaux apostoliques s'acharnent avec la dernière cruauté sur de pauvres femmes de campagne; ils les accusent de sortilèges et de maléfices; ils les dénoncent; et souvent, sans la moindre procédure criminelle, sans aucune formalité de justice, ils les exposent à des tourmens affreux. Ces déplorables victimes de l'iniquité
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monacale confessant par la force de la douleur des faits auxquels elles n*ont jamais pensé, alors leurs Révérences, chantant victoire, prononcent l'arrêt de condamnation, se croiant vraiment inquisiteurs, lorsque, sans interrompre leur détestable métier, ils ont perdu ces malheureuses et les ont menées jusqu'au funeste bûcher. Il y a néanmoins pour elles une dernière ressource, c'est de dorer la main du bon père et de l'engager par là à avoir pitié d'elles et à leur donner l'absolution, comme ayant été suffisamment purgées par la torture de la question Q. »
Le paradoxe sur l'incertitude et la vanité des sciences a un caractère sceptique, et cependant l'auteur parle d'une union mystique de notre esprit avec la nature et avec Dieu, nouvelle preuve de l'étroite parenté du mysticisme et du scepticisme. (^ Agrippa y attaque Aristote et sa logique, il trouve ridicule que celle-ci veuille nous apprendre à conclure, comme si nous n'étions pas à même de conclure sans elle ; il soutient qu'elle ne mène qu'à des cercles vicieux. « On pense, dit-il, que nos connaissances doivent partir des sens; mais les sens sont trompeurs : ils ne peuvent pas connaître les causes, où cependant il faut puiser toutes nos connaissances f). » Il en conclut que chaque science a ses principes, qui ne peuvent pas être prouvés et que, par conséquent, on doit admettre ; d'où, suivant lui, la nécessité pour chaque homme de se convaincre que la vérité cherchée par nous est d'une telle immensité qu'elle ne peut être saisie par aucun sens, par aucune observation, par aucune série de recherches, mais uniquement par la libre adhésion de la foi ; d'où cette autre conclusion que « la science n'est ni bonne ni mauvaise en soi, qu'elle n'est bonne que lorsqu'un homme bon la possède. Or, la bonté de l'homme ne repose que sur le libre arbitre, qui se prouve par la foi, en laquelle nous nous tournons vers
(*) Traduction de Giraud-Teulon : Janiis, le Pape et le Concile^ p. 1226 et suiv. (^) De incert. et van, scient. ^ p. 45-48. — Ritter, p. 329. (') Be inceH, et van, scient., p. 7.