THIERRY MARTENS
ouvrage parut à Louvain en 1474. Pendant une résidence d'environ vingt-quatre ans, il livra au public plus de cent vingt ouvrages, dont les exemplaires conservés sont mis au nombre des plus curieux monuments de la typographie naissante (^).
Mais si Jean de Westphalie rendit de grands services à la propagande des lettres à Louvain, la mémoire de Thierry Martens doit être placée bien plus haut. Qu'on le suppose associé de Jean de Westphalie dès l'année 1475 ou bien élève de cet illustre Allemand f), qui, après avoir imprimé tout d'abord à Alost, lui aurait laissé un nombre suffisant de caractères pour continuer sa profession, il n'en faut pas moins le considérer comme le typographe belge le plus éminent de l'époque. Avec quelle persévérance n'a-t-il pas perfectionné son art! Il avait acquis une érudition qui le rapproche de la savante dynastie des Aide. Il connaissait parfaitement l'hébreu et le grec, et parlait avec une égale facilité le latin, l'italien, le français et l'allemand. On disait de lui qu'il aurait pu provoquer au combat saint Jérôme lui-même. Après avoir imprimé à Alost, à Anvers et à Louvain, Martens se fixa définitivement dans cette dernière ville en 1512; il y installa tout son matériel d'imprimerie et y déploya en même temps son art de graveur en caractères, qui servit à l'impression de ses belles et nombreuses éditions de classiques, secondant ainsi les efforts littéraires des Érasme, des Vives et de tant d'autres humanistes, proscripteurs du jargon barbare du moyen âge. Des livres portatifs commodes par leur format, corrects dans leur texte et vendus à bon marché, voilà ce qu'on lui doit f).
Van Dorp, Gérard de Nimègue, Rutger Rescius et Érasme lui servirent de correcteurs. Il aimait surtout le philosophe de
(') Nève, Mém. sur le collège des Trois- Langues, p. 19 et 20.
(^; Dans une savante dissertation sur Thierry Martens, M. Holtrop s'est efforcé de démontrer que notre illustre compatriote n*a pas appris Tart typographique à Venise et que Jean de Westphalie a imprimé avant lui en Belgique.
p) Erasmi 0pp., t. III, f. 331. — Van Iseghem, p. 89-100 et 151. — Nève, p. 21 et 22.
Rotterdam, et imprima quelques-uns de ses volumesi avec une telle rapidité, qu'on aurait dit qu'il y avait lutte entre l'un et l'autre à qui ferait chaque jour le plus de travail.
Quand Thierry, octogénaire et sans postérité, se retira de Louvain en 1529, pour passer, dans la retraite du couvent des Guillelmites de sa ville natale, les derniers jours d'une vie agitée f), Rescius se vit dans la nécessité d'ériger lui-même une imprimerie grecque en remplacement de celle qu'abandonnait l'illustre vieillard; il eut pour associé dans cette entreprise le célèbre Jean Sturm f).
L'ouverture du collège desTrois-Langues était venue donner un nouvel essor aux presses de Martens; ce fut avec l'aide des professeurs de cet établissement qu'il publia une partie de ses belles éditions grecques et latines, parmi lesquelles figurent la plupart des œuvres de Lucien, Y Iliade etVOdyssée d'Homère, des tragédies d'Euripide, le Plutus d'Aristophane, les Idylles de Théocrite, les Fables d'Ésope, des dialogues de Platon, des traités d'Aristote, des discours de Démosthènes, quelques opuscules de Plutarque, l'histoire d'Hérodien et la Cyropédie de Xénophon.
Quelquefois, dans la préface de ses éditions, il s'adresse en vrai littérateur au public et parle de l'élan des études littéraires ainsi que de l'enthousiasme avec lequel la jeunesse s'y applique.
Dans une épître dédicatoire du Plulus (texte grec) aux étudiants de l'université de Louvain, il fait un éloge mérité et plein de goût de l'ancienne comédie d'Athènes, en même temps qu'il paye un juste tribut de regrets à la perte de Ménandre f).
« La plupart des imprimeurs, dit-il, dédient leurs publications ou aux grands du siècle, ou à leurs intimes amis. Pour moi, qui n'ai qu'un désir, celui d'activer, selon mes
(*) Il mouiut le 28 mai 1534, à Tâge d'environ 85 ans.
(«) Van Iseghbm, p. 90, 99, 106 et 107. — Nève, p. 334 et 335.
(») Nève, p. 23, 301-303.