‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 2)Chapitre 59 sur 85 · CHRISTOPHE PLANTIN, MEURIER · texte numérisé non relu

CHRISTOPHE PLANTIN, MEURIER

Gabriel Meurier avait un travail de ce genre prêt à paraître, et qui parut, en effet, en 1557 (^).

Meurier était d'Avesnes, où il naquit en 1520. Doué par la nature d'une grande facilité pour l'étude des langues, il s'était rendu familiers le flamand, l'anglais, l'italien et l'espagnol. Il a donné des grammaires de toutes les langues qu'il savait (^. Ses ouvrages sont très recherchés des amateurs de linguistique; ils renferment une grande quantité de proverbes et de distiques populaires sur la température, les mois de l'année, les usages de l'agriculture, etc.; sa grande habitude des langues et de l'enseignement l'entraîna à devenir un pédagogue universel. Il fît des livres pour les petites filles, pour leurs mères et pour les pères de famille. Ses Doctrinaux, empreints d'une couleur locale parfaite, sont aujourd'hui très recherchés, parce qu'ils sont une peinture vraie, naïve, quelquefois plaisante, mais toujours curieuse, des mœurs intérieures des familles flamandes au xvi® siècle f).

Le style de Meurier est prétentieux ; il vise à Teffet, aux jeux de mots, et il ne se gêne pas pour inventer des termes nouveaux quand la langue ne lui en fournit pas à son gré. Sur ce point, il est de l'école de Ronsard. Le maître d'école perce à chaque ligne, mais c'est un maître toujours moral et de bon conseil f). Malheureusement, il était d'un caractère emporté et il ne craignit pas de s'attaquer à des colosses de science, tels que Kilian f). Il eut aussi des difficultés avec

(*) Sous le titre de Vocabidaire français- flamand , suivi, en 1563, i3u dictionnaire flamand-français. — Hoffmann van Fallersleben, dans le Bulletin du Bibliophile bel^e, t. Iir, 2, p. 56 et 57. — Serrure, ibid., t. II, 367.

(*j La Belgique possédait, au xvi" siècle, beaucoup de grammairiens, dont aucun n'approcha de Clénard, de Despautère, de Meurier. Dans le nombre, on doit citer Gérard Conyff, recteur du collège de Bois-le-Duc en 1512. La grammaire latine de Gérard Conyff, sortie des presses de God. Bach, à Anvers, a fait l'objet d'une intéressante notice de M. Van der Meersch, insérée au deuxième volume du Bibliophile belge, p. 236-249.

(5) DiNAUX, Archives du Nord, etc., t. V, 1844, p. 213 et 214.

W ID., p. 214.

(•"^) Van der Aa, Biographisch Woordenboek, lettre 3f, p. 744 et 745.

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Ëdouard-Leon Mellema f), de Leeuwaarden, reçu bourgeois d'Anvers et devenu successivement professeur de mathématiques et de langues dans cette ville, à Haarlem, à Leyde et à Aix-la-Chapelle. On a de ce dernier, entre autres œuvres, un Dictionnaire ou Promptuaire flameng-françoys, très ample et très copieux, etc. f).

Heyns, qui était d'abord un des meilleurs amis de Meurier, devint aussi un de ses adversaires.

Parmi les publications de Meurier figure la Foire des enfants (VIsraèl, qui commence par une Lettre monitoire et dédicatoire aux enfants d' Israël, signée Votre père Moise et suivie de vers adressés aux zélateurs du françois et pleins de jeux de mots et de tours de force qui exigeaient, en effet, de vrais zélateurs.

A cette époque, l'imprimerie n'était pas très commune dans l'Artois; Douai, qui devait produire plus tard tant de livres généralement estimés, ne possédait encore aucune presse; il en était de même d'Arras, de Cambrai, de Saint- Omer. Béthune n'était pas plus heureuse; mais on imprimait à Hesdin, qui devait être quelques années plus tard renversée jusque dans ses fondements par une vengeance de Charles- Quint. La Flandre et le Brabant devancèrent les provinces wallonnes dans l'appréciation des bienfaits de l'imprimerie : à Liège, elle ne s'introduisît que fort tard. Mons n'eut sa première imprimerie qu'en 1580 f); Namur, qu'en 1617 et Verviers, qu'en 1782. Huy et Spa connurent les bienfaits de la nouvelle invention en 1650; Malmédy en 1713, Stavelot

(*) Né en 1544.

(2) Anvers, 1589, in-4«.

{') Helbig, Messager des sciences historiques de Belgique, 1847, p. 243-248, et 1856, p. 382 et 384. — Rousselle, Les Annales de Vimprimerie à Mons ^ p. 44. — De Reiffenberg, Archives philologiques, t. î, p. 10, 13, 50, et le Bibliophile belge, 1. 1, p. 9 et suiv. — Henné, Histoire du règne de Charles-Quint ^ t. V, p. 8. — Conf. Hénaux, Messager, etc., 1843, p. 31 et 39. — Voy. aussi de Reiffenberg (l. c, p. 53 et suiv.), sur le premier établissement de la typographie dans les diverses localités de la Belgique.

EXTENSION DE l'iMPRIMERIE. 257

en 1778, tandis que Maestricht en avait une en 1552. Hasselt est une des rares villes flamandes qui restèrent en arrière; ses premiers livres imprimés ne datent que de 1670; mais Hasselt relevait alors d'une contrée wallonne Q.

A Audenarde, en 1480, Arend De Keysere publia successivement trois ouvrages qui ont fort occupé les bibliophiles. Il transporta ensuite ses presses à Gand et publia dans cette ville, de 1483 à 1490, plusieurs livres qui sont d'une grande rareté. Quand il eut quitté Audenarde, cette ville resta sans imprimeur jusqu'en 1751; la raison publique y était tellement en décadence qu'un f ) des deux livres qui y furent édités alors, quoiqu'il fût approuvé par le censeur, le curé de Pamele, et deux récollets, n'en fut pas moins condamné comme sentant l'hérésie. L'auteur, Edm. Helias, fut si épouvanté de cette condamnation, qu'il tomba en démence.

Cependant, alors que la ville de Tournai était encore dépourvue d'un établissement typographique et que le chapitre de cette ville faisait imprimer ses livres d'église à Anvers, à Louvain, à Paris et à Cologne, de courageux Tournaisiens dressaient leurs presses dans des contrées lointaines. Ain$i, Jean de Tournai se distingua, en 1475, comme imprimeur à Fer rare.

A peu près un siècle plus tard, mais à une époque où, selon toute probabilité, il n'y avait pas encore d'imprimeur à Tournai, un autre bourgeois de cette ville, dont la famille n'est pas éteinte, Thomas Guarin, exerçait cette même profession à Baie f).

On n'est pas d'accord sur le fait de l'introduction de l'imprimerie en Belgique.

En: 1776, un Anversois, Fr. Mois, revendiqua pour sa ville

(*) Van der Meersch, Les impHmeurs belges et néerlandais à Vétranger, Gand, 1856, p. 479 et 482.

(*) Ce livre avait pour titre : Yyf waerheden worgestéld, etc., door Fr. Edmondus Helias, religtcus der àbdy van Baudeloo.

(') Lecouvet, Messager des sciences historiques de Belgique, 1858, p. 204.

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natale la priorité, en s'efforçant de prouver que le corps des imprimeurs devait y avoir existé quelque temps avant 1442 Ç).

En 1862, M. Ed. Van Even, archiviste de la ville de Louvain, lit connaître l'inventaire manuscrit des meubles de Jacqueline de Heinsberg, délaissés au couvent de Béthanie en 1460 par cette sœur de Tévêque de Liège. On y trouve mentionnée « une presse avec son matériel, parmi lequel on désigne 9 planches sur bois pour imprimer des images et 14 planches gravées sur pierre destinées au même usage » f).

D'après de nombreux auteurs, cependant, aucune impression à lettres mobiles n'avait été faite en Belgique avant l'année 1473, dans laquelle Thierry Martens imprima des ouvrages à Alost f).

C'était Thierry Martens, d'Alost (^), le plus savant, le plus spirituel et le plus jovial de nos imprimeurs, qui avait apporté son art de Venise en Belgique. Ses chefs-d'œuvre font encore l'admiration des curieux et des érudits, mais, par un préjugé antinational, dont Martens se plaint avec aigreur f), les Belges d'alors préféraient les éditions faites à l'étranger.

Sans vouloir trancher la question de savoir si réellement Thierry Martens fut le premier imprimeur de la Belgique (% nous ne devons pas oublier la présence à Louvain, dès l'an 1475, d'un imprimeur connu et autorisé, venu d'Allemagne, Jean de Westphalie, ainsi appelé du nom de son pays natal Ç). Il devint imprimeur de l'université, et son premier

(*) Voyez le Bibliophile belge, 1. 1, p. 72.

(«) Etoile belge du 6 mai 1862.

(') De Gand, Recherches historiques et critiques sur la me et les éditions de Thierry Martens, Alost, 1845, p. 16 et 17. — Van Iseghem, Biographie de Thierry Martens. Malines, 1852, p. 59 et suiv.

(*) Né dans cette ville vers 1450 et mort le 28 mai 1534,

(5) De Gand, p. 127.

C*) Sur cette question controversée, voy. AuG. Bernard, Origine et débuts de Vimprimerie en Europe, Paris, 1853, t. II, p. 401 et suiv. — Lambinet, Origine de r imprimerie, Paris, 1810, t. II, p. 1 et suiv. — Van der Meersch, Messager des sciences historiques de Belgique, — De Ram, Bulletins de V Académie de Bruxelles, t. XXI, 1, p. 362 et 363.

C) Il était né à Aken, diocèse de Paderborn.

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