‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 2)Chapitre 65 sur 85 · CHAPITRE XVL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVL

ÉRASME ET LUXHER.

L'imprimerie nous ramène à Érasme. Le philosophe avait appris à la. connaître en contractant une étroite amitié avec Gérard Leeu, imprimeur célèbre de Gouda et d'Anvers, qui avait conçu pour lui l'affection la plus vive, à cause de la franchise de son caractère et de sa gaieté caustique et inépuisable (^).

C'est en 1519 qu'Érasme avait atteint l'apogée de sa gloire. Trois jeunes rois, les plus grands de l'Europe, montés sur le trône à peu près à la inéme époque, François P% Charles-Quint, Henri VHI, se disputaient à qui l'aurait pour sujet volontaire. Les papes lui écrivaient pour lui mander leur avènement et lui offrir l'hospitalité publique à Rome. Les petites royautés, à l'exemple et à l'envi des grandes, les provinces et les villes, à l'instar des royaumes, le conviaient à venir dans leur sein, jouir d'un repos glorieux. Tout le monde le flattait, même Luther.

Qu'on se figure, dans sa jolie maison de Baie, où il s'est retiré depuis 1521 et où la mort vint l'atteindre le 15 juillet 1536, ce bel esprit français du xvni® siècle, portant le capuchon monastique du xvi®?

Sous un moine batave, un bel esprit français,

dit Reiffenberg ; ce petit homme blond, avec son visage fin et lumineux, son front pensif, ses yeux bleu clair, à demi fermés,

(') Van der Meérsch, le Bibliophile belge, t. III, p. 455 et suiv.; t. IV, p. 249 et suiv.

ses lèvres armées du génie ironique de Socrate ; qui savait allier les grâces d'Aristophane à la grandeur de Platon ; à qui les peuples et les rois brûlaient de l'encens, tressaient des couronnes (^) ; qui, malgré la timidité de son caractère, avait fait chanceler Luther lui-même, et qui l'aurait renversé, si Luther avait pu l'être. Sa santé était de verre, il avait des vapeurs comme une femme, et frissonnait au moindre souffle f). Dans sa jeunesse, le mot de mort lui donnait un tremblement convulsif f). Les moines et les théologiens lui en voulaient plus encore qu'à Luther, apparemment parce qu'il était à la fois lettré et docteur. Les universités, foyers de toutes ces haines, où se perpétuait l'ignorance bavarde et intolérante des thomistes et des scottistes, poursuivaient ce grand homme de leurs bulles et de leurs cris. Les ordres de tous les noms, franciscains, dominicains, prêcheurs, mendiants, lâchaient contre lui tous leurs prédicateurs. Les chaires retentissaient de bouffonneries haineuses, auxquelles le peuple applaudissait, et presque chaque sermon se terminait par une scène où on lacérait un de ses livres, à défaut de l'auteur. La Belgique tout entière était soulevée par les harangueurs de Louvain, de Tournai, de Bruges, d'Anvers. C'était tantôt un dominicain, tantôt un frère mineur, qui déclamait pendant plusieurs heures contre les deux ennemis de l'Église, Érasme et Luther, les appelât tour à tour bêtes, ânes, grues, souches, et surtout hérétiques (*).

Comment ne se seraient-ils pas échauffés contre un prêtre qui voulait, des enfants parvenus à l'âge de raison, la ratification des engagements du baptême f) ; qui conseillait au

(*) Ranke, 1. 1, p. 265. — NiSAUD, Éhge de la folie, p. 40. — tteoue britannique, 1836, 1. 1, p. 119etsuiv.

(') Beati Rhenani epistola dedicatoria Carolo Y, Imperatori, en tête de Tédition de Bâle, 1540.

(^) Érasme, B, Rhenano, lettre 357.

(4) NiSARD, Éloge de la folie, p. 69 et 70. — Cf. De Burigny, II, 107.

(-"I De Burigny, t. I, p. 342 et 343.

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