‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 2)Chapitre 69 sur 85 · IRRITATION DE LUTHER CONTRE ÉRASME · texte numérisé non relu

IRRITATION DE LUTHER CONTRE ÉRASME

Luther devait garder un long souvenir de cette querelle, et, même à son dernier jour, le nom de son redoutable adversaire se mêle, dans sa bouche, aux malédictions contre les blasphémateurs du Christ : « Érasme était un homme très léger, qui se riait de toutes les religions, comme Lucien, son modèle f). »

Il s'indignait surtout de l'apparente modération d'Érasme, qui, n'osant attaquer à sa baSe l'édifice du christianisme, semblait vouloir le détruire lentement, pierre par pierre. Ces détours n'allaient point à l'énergie de Luther : « Érasme, ce roi amphibole qui siège tranquille sur le trône de l'amphibologie, nous abuse par ses paroles ambiguës et bat des mains quand il nous voit enlacés dans ses insidieuses figures, comme une proie tombée dans se& rets... Voyez-le s'avancer en rampant comme une vipère, pour tenter les âmes simples, comme le serpent qui sollicita Eve au doute et lui rendit, suspects les préceptes de Dieu f)* ^^

Cçtte querelle causa à Luther, quoi qu'il en dise, tant de tourments, qu'il finit par refuser le combat et empêcha ses amis de répondre pour lui : « Quand je me bats contre de la boue, vainqueur ou vaincu, je suis toujours sali, dit-il f). »

a Je ne voudrais pas, écrit- il à son fils Jean, au prix de 10,000 florins, me trouver devant Dieu dans la position périlleuse où sera Jérôme et encore moins dans celle d'Érasme.

« Si je reprends de la santé et de la force, je veux pleinement et librement confesser mon Dieu contre Érasme. Je ne veux pas vendre mon cher petit Jésus. »

Un jour de la Trinité, il dit : « Je vous prie, vous tous pour qui l'honneur du Christ et de l'Évangile est une chose sérieuse, de vouloir être ennemis d'Érasme. »

Une autre fois, il dit encore : «Je vous recommande, comme

(1) MicHELET, t. II, p. 215, 216 et 340.

/«) 1d., t. II, p. 216.

(») ID., t. II, p. 216 et 217.

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ma dernière volonté, d'être terrible pour ce serpent. Dès que je serai revenu à la santé, j'écrirai contre lui, avec Faide de Dieu, et je le tuerai (^). »

En 1534, il allait beaucoup plus loin : désespéré de n'avoir pu attacher à sa cause ce puissant génie, il accusa ouvertement Érasme d'athéisme f).

Quoique Érasme fût vivement ému des violences de Luther (^, il l'était davantage encore de la perfidie de certains théologiens de Louvain, notamment de Lutomus et de Coppin, qui ne faisaient qu'exciter contre lui Egmont et d'autres fous : ils ne se doutaient guère qu'en agissant ainsi, ils ne faisaient que servir les haines de Luther (^). Il est vrai que Charles-Quint leur avait imposé silence; mais ils étaient plus forts que César et ne respectaient pas les ordres qu'il leur avait donnés de ménager un homme qui avait tout fait pour la renaissance des lettres et pour « le salut de la vraie religion f) ».

Érasme était d'autant plus contrarié, que les moines d'Espagne lui faisaient une guerre plus terrible encore que ceux de Belgique; bravant à la fois l'empereur et deux puissants prélats, Alphonse Manriquez, archevêque de Séville, et Alphonse de Fonseca, archevêque de Tolède, ils disaient qu'ils préféraient Luther à Érasme, parce qu'ils aimaient mieux un ennemi déclaré qu'un ennemi couvert du masque de l'amitié f).

Érasme soupçonna et publia que Melanchthon et autres partisans de Luther avaient collaboré à son Cerf-Arbitre. Melanchthon s'en défendit dans des lettres à ses amis intimes. Quant à Luther, il considérait ce livre comme un de ceux

{<) MiCHELET, t. I, p. 217-218.

(*) Wàlch, t. XVIII, p. 2304 et 2305. — Seekendorf, L I, f. 77. (5) Erasmus Mercurino Gattinario, 2p cal. matas 1526, apud Hklpferich, Zûi'isdirtft fur die histor. Theol., t. XXIX, p. 593.

(*) " Pro Luthero pugnat quisquis impugnat Erasmum. » Helfferich, p. 593. i^) /èici.,p. 593et594.

(^) Ibid., p. 601 et 602.

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