CONCLUSION
Cependant, quoique les hommes de cette opposition fussent généralement d'accord pour admettre l'Écriture comme base de la religion, il existait de grandes divergences, même parmi les plus chauds partisans des idées nouvelles, relativement à certaines questions religieuses. Les uns demandaient une amélioration ou une transformation de l'Église conformément aux principes évangéliques, mais en tenant compte de ses traditions et de ses institutions, de son passé et de son présent; ils désiraient la réforme des abus et non une révolution radicale, que les autres, au contraire, provoquaient de toutes leurs forces. Aux premiers appartenait Érasme, aux seconds, Luther Q, qui finit par l'emporter. Or, malgré la grandeur de son génie et l'étendue de ses forces, Luther était loin d'être à la hauteur de l'esprit de réforme préparé par trois siècles de lumière. Son mysticisme, ses théories de la peccabilité des actions humaines, du servage de la volonté, de la justification par la foi, étaient même en opposition formelle avec les tendances philosophiques et politiques de cet esprit moderne. Aussi, pour lui, les philosophes de ce temps n'étaient que des épicuriens, des libertins, et leur représentant le plus distingué, le grand Érasme, que le prince des épicuriens et des libertins f). Et quant aux questions politiques, les paysans devaient apprendre à leurs dépens l'étroitesse de ses idées, la petitesse dé ses sentiments et la violence de ses haines.
En terminant ce livre sur la Renaissance dans les Pays-Bas, nous pouvons en embrasser l'ensemble. On y voit se révéler l'esprit d'un peuple qui produira Grotius et Van Helmont, Rubens et Spinoza; Rubens, qui dérobera aux cieux les pensées les plus sublimes du catholicisme et les traduira sur la toile en leur donnant une forme animée et vivante, avec cette richesse de génie et cette magie de pinceau qui firent de lui
(') Hagen, t. I, p. 304 et 305.
{^) De Wette, t. III, p. 439. — Bretschneider, Corpus reformatorum, t. J ^ p. 1083, et surtout Hagen, t. II, p. 1-5. — Conf. Kampschulte, t. II, p. 9.