SA DÉFENSE DE LA RELIGION
même temps de convertir les juifs et les mahométans(^). Il distinguait dans la religion deux éléments : l'un rationnel, Tautre pratique. « Dieu, disait-il, nous a donné pour guide et pour flambeau de toutes les actions de la vie, la raison et notamment la religion. La raison est, dans chacun de nous, un rayon de cette immense lumière qui inonde le genre humain tout entier. Plus ce rayon est pur et abondant, plus il est conforme à la source, plus il approche de la vérité, plus nous aimons Dieu. C'est, en effet, par la raison que nous avons des notions vraies de Dieu et des choses divines, et dès que nous connaissons Dieu, nous l'aimons f). »
Vives ne quitte pas le domaine de la raison, même dans les questions théologîques les plus graves et les plus épineuses : de là son explication platonicienne de la Trinité, avec les trois hypostases, intimement rattachées à la théorie du Logos on du Vei^be. Cette explication. Vives la basait sur la nature universelle des choses, essence divine unique, mais en trois personnes; divinité qui se reflète dans la nature humaine, où l'àme, l'esprit en général (mens) est comme le Père, l'intelligence qui en procède comme le Fils, et la volonté qui part de l'une et de l'autre comme l'Esprit-Saint. Cela nous est encore enseigné par la création du globe, où le Père est l'architecte, le Fils la sagesse-instrument, l'Esprit-Saint l'amour et la cause qui ont conduit et excité à l'ouvrage f).
Les tendances pratiques de Vives éclatent dans les thèses suivantes : Le culte le plus agréable à Dieu consiste à ce que nous fassions tous nos efforts pour lui ressembler de plus en plus. Or, cette ressemblance, c'est la sanctification, non pas du corps, mais de l'âme : un cœur pur, voilà le vrai culte de
(«) De christianœ fidei vetntcUe libri Y. Opp., t. II, p. 260-496. — De Bosch- Kbmper, p. 19, — Francken, p. 62-64.
(*) Deveritate fidei. Opp., t. II, f. 410, 413, 456; Ad sapienttam ùitroditctio. Opp , t. II, f 80. — Braam, Dtssei'tatio theologica exhibens Vivis theoîogiam chrtstianam, p. 167.
(3) De veritcae fidei. Opp., t. IL, f. 352-355.
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Dieu f ). Cest là ce qui explique pourquoi il néglige les questions alors si nombreuses et si controversées des dogmes de TËglise, et qu'en revanche il s'applique, après avoir démontré qui est Dieu, de chercher quel est le but de Thomme. Ce but, c'est l'amour de Dieu et du prochain ; doctrine dont le Christ a été le maître et le modèle. Or, des notions aussi simples et aussi sublimes sur la religion, Vives n'avait pu les puiser chez les scolastiques, qui se perdaient dans les syllogismes, dans les raisonnements abstraits et dans les vaines distinctions; il n'avait pas pu les emprunter davantage a l'Église d'alors, qui attribuait presque toute la force de la religion aux œuvres extérieures. Ce furent les saintes lettres de l'antiquité qui lui servirent d'école. Doué, d'ailleurs, d'une grande douceur de caractère et d'un amour sincère de l'humanité, il souffrait de voir l'Europe déchirée par la fureur des discordes religieuses, et il n'est pas étonnant que le but de tous ses efforts ait été d'amener les hommes au Christ, roi de la paix, et à l'Ëglise chrétieime, royaume de la paix f).
Sans doute. Vives plaçait haut l'Écriture sainte; mais Espagnol et d'abord scolastique, dans la suite seulement partisan des lettres et philosophe, il estimait beaucoup les écrits des classiques, sans négliger toutefois l'autorité de l'Église, qu'il regardait comme remplie de l'esprit divin. Aussi approuvait-il ce que de tout temps l'Église avait cru vrai et saint; mais comme, en même temps, il croyait qu'il y avait beaucoup de choses à corriger, il invita le pape à convoquer un concile œcuménique pour réformer l'Église*. •
Ayant passé sa vie dans la Belgique, alors si florissante par le commerce, l'industrie, les lettres et les arts, Vives y avait puisé l'esprit qui caractérisait son maître Érasme et qui s'appliquait à allier la piété à l'érudition. Comme Érasme, il n'approuva point la Réforme, dont il ne comprenait pas les principes et dont le caractère mystique lui échappait autant
(*)!)« verttate fidei. Opp., t. n, f. 419. — Ad sapientiam inti*odu<Éio, f. 81. («) Braam, p. 169 et 170.