SON C0U1UG£ ET SES DISGRÂCES
que son esprit de lutte blessait son amour de la concorde. Cependant, il fut réformateur à la manière de tant d'hommes éminents de son siècle, en ce sens qu'il voulait, dans le sein de TÉglise, la réforme de Tâme et de la conduite qu'il plaçait bien au-dessus de la correction des dogmes. Quoique né en Espagne, il occupe une place élevée parmi les théologiens des Pays-Bas, par son exposition simple, pure, claire et souvent éloquente des vérités évangéliques {^).
D'une organisation frêle et maladive, il puisait toute sa vigueur dans la pureté de son âme et il professait un amour immense pour ses semblables en même temps qu'il manifestait un vif désir d'améliorer leur condition sociale. Ses opinions, il les émettait sans détours ni arrière-pensée, et, quel que fut son attachement au catholicisme, il ne ménagea ni les abus de l'Église, ni les vices du clergé, attaquant la vie scandaleuse de certains papes et la sordide avarice des prélats* Lorsque Henri VIII sollicita des universités et des théologiens l'approbation de son divorce avec Catherine d'Aragon, Ërasme hésitait; Vives, restant inébranlable dans ses convictions, brava le courroux d'un roi vindicatif. Pendant qu'Ërasme évitait tout pour ne pas s^aliéner les bonnes grâces du pape Adiûen VI, Vives écrivit à ce pontife que le temps était venu de mettre énergiquement la main à la réforme de l'Église. Tandis qu'Érasme ne faisait que rechercher les faveurs de Charles-Quint, Vives les perdit en parlant le langage de la paix au puissant empereur, au moment même où il se mettait à la tête d'une flotte et d'une armée formidables (*).
La franchise de Vives lui coûta cher : il perdit toutes les relations qu'il avait entretenues avec les grands de son siècle et, par suite, les avantages matériels qui y étaient attachés. Aussi traîna-t-il ses derniers jours dans un état voisin de l'indigence et ne rendit-il à là terre qu'un corps brisé par
(•) Braam, p. 174 et 176.
(*) Francken, p. 42, 43, 181, 182, 188. — De Bosch-Kkmper, p. 22-24.
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les tortures de la goutte et de la gravelle (^) (6 mai 1540). Il n'était âgé que de 48 ans.
Un autre enfant de Valence, Frédéric Furio Sériai, était de la même école que Vives. Comme lui, il quitta Valence de bonne heure, alla continuer ses études à Paris et les acheva à Louvain. Dépassant Érasme, il soutint contre les théologiens catholiques une thèse tout à fait protestante : la convenance et la nécessité des traductions de la Bible en langue vulgaire. Ce qu'il avait publiquement soutenu, il l'imprima, et pour avoir osé écrire ce qu'il pensait, il fut en danger de perdre la vie. Il ne fut sauvé quç par la protection spéciale de Charles-Quint. Son génie politique plaisait à ce prince, qui l'estimait aussi pour son caractère droit et ferme. Il l'envoya auprès de son fils, comme un conseiller dont les lumières pouvaient éclairer sa conduite. Le crédit de Sériai se maintint tant que l'empereur vécut, mais, après sa mort, l'Inquisition lui fit son procès, et Philippe II n'y trouva point à redire f).
Vives et Sériai appartiennent à la Réforme par leurs idées libérales et hardies, leurs tendances avancées et leurs théories politiques. Ils ne séparent point l'ordre social de l'ordre religieux; ils veulent un gouvernemeift animé d'un esprit véritablement chrétien, conforme à l'Église. L'un et l'autre ont recours à la logique et à l'exposition savante, à la méthode sévère d'argumentation, qu'ils ont puisée, non pas dans les jeux de la scolastique, mais dans l'étude de l'antiquité, dans la méditation des Écritures et surtout dans leurs convictions intimes f).
(') De Bosch-Kemper, p. 24.
(«) GUARDIA, p. 466.
(4 Id., p. 466 et 467.