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CHAPITRE X

MARGUERITE d'aUTRICHE ET LA RENAISSANCE DANS LES PAYSrBAS.

Le gouvernement de Marguerite d'Autriche fut pour nous la période la plus brillante de la Renaissance. Celte princesse avait l'esprit vif et enjoué; elle faisait le meilleur accueil aux savants ; son impulsion généreuse, ses nombreuses largesses attiraient à elle tout ce qui vivait par la pensée ; elle fit pour la Relgique ce que François I" avait fait pour la France ; elle donna l'élan à cette profession de l'esprit qui domine chez nous le XVI* siècle. L'artiste, le littérateur ne furent plus relégués dans de misérables mansardes; ils eurent des logements dans les somptueux palais de la duchesse.

Parmi les poètes qui célébrèrent les vertus de Marguerite, il faut citer en première ligne le bon, le naïf Molinet.

Jean Molinet naquit à Desvres dans le Roulonnais, vers la fin de la première moitié du xv'' siècle. Il fit ses études à l'université de Paris et passa une partie de sa vie à Valenciennes, val doux et fleuri. Devenu veuf, il embrassa l'état ecclésiastique fet fut pourvu d'un canonicat de l'église collégiale de Valenciennes. La renommée dont jouissait alors Georges Chastellain, en qualité d'orateur, de chroniqueur et de poète, l'engagea à le prendre pour modèle. Au titre de son disciple, il joignit celui de son ami, et lorsqu'on 1474 Chastellain termina sa laborieuse carrière, Molinet le remplaça comme historiographe de la maison de Rourgogne ; puis Marguerite d'Autriche le nomma son bibliothécaire. Il mourut à Valenciennes, en 1507, et fut enterré dans l'église

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de la Salle-le-Comle, à côté de Chastellain, objet de l'admiration de sa vie entière Q.

La plupart des beaux esprits de son temps regardaient Molinet comme leur maître et leur modèle, quoique au fond il fût dépourvu de goût, d'imagination et de sentiment.

Outre la traduction du Roman de la Rose, on a de lui les Faictz et Dictz conlenans plusieurs beaulx tvaictésy oraisons et champz royaulx. Si l'on ne fait attention qu'aux rimes, on trouve que l'auteur les soigne en général et montre quelque respect pour l'harmonie. Dans la Ressource du petit peuple, Molinet lance des imprécations contre les princes oppresseurs et guerriers :

Princes, pnissans, qui trésors affinez Et ne finez de forger grams discors Qui dominez, qui le peuple animez.

Qui ruminez, qui gens persécutez.

Qui tourmentez les âmes et les corps.

Que faictez-vous qui pertorbex le monde Par guerre immonde et criminez assauk.

Trenchez, couppez, détrenchez, découppez, Frappez, happez, batmerez et barons, Lancez, hurtez, balancez, béhourdez, Quérez, trouvez, conquérez, ccmtrouvez.

Cornez, sonnez, trompettes et clairons.

Fendez talions, pourfendez orillons.

Tirez canons, fiaites grands espourris :

Dedans cent ans vous œrez tous pourris.

Molinet aiguisait assez bien l'épigramme, cette « petite flèche déliée qui fait une plaj^ profonde et inaccessible aux remèdes (*) ». On a cité souvent celle sur la mort du fameux Olivîer-le-Daîn. Elle est tirée de la plus curieuse des productions de Molinet, la Récollection des merveilles advenues en notre

{*) De REiFFBNBERG.apueî Barante, Histoire des ducs de Bourgogne^ Brus., 1835» t.X, p. 1I3-II6.

(*) MoNTESQuair, Lettres persanes.

lEAÎI MOLINET. 87

temps, etc., continnation f ) de l'ouvrage de (ieorçes Chastellain. C'est un résumé rapide des principaux événements du XV® siècle, dont toutes les stances commencent par les mots : JTai vu. On pourrait l'intituler les JTai vw, comme la satire qui flt mettre à la Bastille Voltaire, jeune encore fj. Citons ces vers sur Charles le Téméraire :

Gy-gisl sans paour le hardy conquérant, Le champion» grand triomphe quérant, Qqî de régner avait tel appétit Que s'il eust vécu en prospérant, Ce miHide grand luy estoit trop petit.

On attribue à Molinet un poème qui contient l'apothéose de Philippe le Bon. « S'il est véritablement l'auteur de ces vers, dit Reîffenberg, il n'y fournit pas une grande preuve de la justesse de son jugement ni de l'indépendance de ses idées f). »

On a encore de lui un Petit traicté compillé à l'histruction de ceulx qui veulent apprendre l'art de rhétorique. « Vous y trouverez, dit-il, patrons, exemples, couleurs et figures de dittiers et tailles modernes qui sont maintenant en usage, comme lignes doublettes, vers sizains, septains, witains, alexandrins et rime batelée, rime brisée, rime enchayennée, rime à double queue et forme de complainte amoureuse, rondeaux simples d'une, de deux, de trois, de quatre et de cinq syllabes, rondeaux jumeaux et rondeaux doubles, simples virelais, doubles virelais et répons, fatras simples et fatras doubles, balade commune, balade baladant, balade fatriste, simple lay, lay renforchiet, chant ropl, serventois, riqueraque et baguenaude. »

Molinet a aussi composé sur la défaite des Français à Guînegate, 17 août 1479, par l'archiduc Maximilîen d'Au-

{*) Elle est intitulée : EéeolUetion des merveilles advenues en notre temps, commencé par très élégant George Chastellain et continué par maisb^e Jehan Molinet,

P) De Rkiffenberg, l. L, p. 107.

(3) Mémoires deJ, Jht Cîfercç. Brnr , 1823, t. I,p. 127.

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Iriche, une complainte en trente couplets qui se termine par cette apostrophe au duc :

Tu as dompté nos ennemis cornus :

Vive le duc Maximilianus !

Sa Litanie est une pièce plus extravagante encore. 11 est grossier et même obscène dans ses satires, comme dans YËpithalame de la Fille de Laidin et dans les Neuf preux de gourmandise f). Le Siège dH Amours et la Bataille des deux nobles déesses sont presque inintelligibles et sa traduction du Roman de la Rose, faite à la sollicitation du duc de Clèves (1503), transforme une composition de pure galanterie en un livre de piété. Il le dit en prose et en vers : « Louange au Dieu d'amour perdurable et à sa mère très sacrée Vîei^e, quant nous voyons ce romant reduyt à sens moral, jusqu^à cueillir la rose, etc. »

C'est le romant de la rose Moralisé cler et net, Translaté de rime en prose Par votre humble Molinet (*).

Rabelais, dans le chapitre LIV de son Gargantua^ a tourné en ridicule le style de Molinet dans l'inscription en vers qu'il destinait à être mise en lettres antiques sur la grande porte de l'abbaye de Thélème f).

A la même école que Molinet appartenait Nicaise Ladam(^, auteur d'une chronique métrique qui embrasse l'époque écoulée entre 1488 et 1542 : œuvre froide, incorrecte, dure, et qui ne mérite l'attention que sous le rapport des indications matérielles qu'elle contient f).

Un des compilateurs indigestes de la (in du xv* siècle et du commencement du xvi* fut Julien Fossetier, qui jouissait de

(*) GoujET, Bibliothèque française, Paris, 1741, t. X, p. 12.

f) De Rriffbnbrrg, p. 135.

(») GouJET, p. 16. — Dk Rbiffenbero, apud Barante, l, l,, p. 128.

(♦) Né & Béthune en 1465 et décédé à Arras en 1547.

(S) De Reiffenberg, Annuaire de la Bibliothèque rot/aie, 3« année, p. 87-88.

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la protection de Marguerite. Il nous apprend lui-même qu'il a vu le jour dans la ville d'Ath, en 1454. Il embrassa l'état ecclésiastique et porta le titre de chroniqueur et d'indiciaire, c'est-à-dire annotateur {% de très puissant prince Don Charles d'Autriche. Sa Chronique margaritique et athensimne a été commencée le 15 décembre 1508 et terminée au mois de septembre 1517; elle forme trois volumes, qui n'ont pas été imprimés. Dès qu'il avait achevé un volume, Fossetier en faisait hommage à Marguerite. La Bibliothèque de Bourgogne possède les originaux du second et du troisième volume de l'œuvre de ce chroniqueur, et de plus, trois autres volumes de l'ouvrage de Fossetier, un tome P' et deux exemplaires du tome II (^.

En 1520, Fossetier dédia à Marguerite la Vie de Crisl, dont la Bibliothèque de Bourgogne possède également un bel exemplaire f).

Les bergers et les rois y adressent à la Vierge , en assez mauvais vers, des paroles pleines d'images ingénieuses et délicates :

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