CHAPITRE IX
Je reviens aux belles-lettres et à la philosophie pour Hi*occuper d'un des plus illustres amis d'Érasme, Jean-Louis Vives, né à Valence en 1492.
C'est en Italie que les humanistes espagnols avaient cherché leurs inspirations, dès la fin du xvi** siècle. « Antoine de Lebrixa est le précurseur le plus remarquable de cette classe de penseurs et d'érudits. A leur approche, la vieille scolastique frémit. Vives raconte qu'à Valence, son vieux maître, voué à la routine de l'école, faisait déclamer ses élèves contre les novateurs; lui-même avoue avoir composé ainsi contre Lebrixa des déclamations détestables, mais vivement applaudies. Des succès de ce genre ne pouvaient séduire un homme tel que Vives, l'esprit le plus judicieux de son temps », et a qui l'avenir réservait une place entre Érasme et Budée dans ce glorieux triumvirat où il brille par le jugement autant que ses deux rivaux par l'éloquence et l'invention. Aussi accusait-il particulièrement les Espagnols d'être les défenseui's de la vieille citadelle de l'ignorance Ç).
Jeune encore. Vives quitta sa patrie pour aller étudier la dialectique à Paris, dont l'université était regardée comme le foyer de la philosophie et de la théologie, mais dont, en réalité, l'enseignement était déplorable. Lorsqu'il s'y présenta, on lui dit que la grammaire et les langues étaient l'école de toulc impiété, et le Gantois Dullaert, qui était rec-
(•) GuARDiA, Revi'c des Deux Mondes, 1860, t. XXVIH, p. 464. — Rîttkr, GcschicTUe der Philosophie, t. IX, p. 438.