MARGUERITE D'AUTRICHE ET LA RENAISSANCE DANS LES PAYS-BAS
et sa femme ; le vitrail du sud, Louis de Hongrie et Marie, sa veuve. Van Orley fournit également le carton de la verrière peinte pour la chapelle du Saint-Sacrement de Miracle f ).
Une riche collection de dessins exécutés par cet artiste se trouvait, à l'époque du bombardement de Bruxelles, chez Pierre Van Orley, un des descendants de Bernard. Les projectiles environnèrent la maison de flammes ; pour sauver ses effets les plus précieux et surtout son trésor artistique, Pierre les transporta dans l'habitation d'un ami, laquelle lui semblait moins exposée. Mais le destin se fit un jeu de tromper sa prudence : la maison où il chercha un refuge devint la proie de l'élément destructeur; la sienne, par une espèce de prodige, fut soustraite à ses ravages. Ce désastre anéantit les importantes esquisses et raina la famille f).
Marguerite habitait de préférence Malines;elle n'aimait pas beaucoup Bruxelles f). Bruxelles était, au contraire, la ville chérie de l'empereur, qui se souvenait toujours avec gratitude de l'héroïque assistance que les Bruxellois lui avaient prêtée en 1521 {^). Quand il y résidait, il se complaisait dans son riche palais, dont les salons étaient couverts de somptueuses tentures sorties des manufactures nationales de Martini et de Nonne et où se massaient avec un art infini Tor, l'argent, le velours et le satin cramoisi f). C'était là encore que l'on iroyait briller les aiguières, bassins et tasses dorées, ainsi que les tranchants, flacons eijectoirs d'argent dus à l'industrieuse habileté de Van der Perre, de Bruxelles f).
Malines, la résidence habituelle de l'archiduchesse, était
(1) MiCHIELS, t. V, p. 93.
(«) Id., t. V, p. 79. — GoETHALS, t. III, p. 52-54.
(B) Ce fut elle qui s'opposa formellement À ce que Ton transférât dans la capitale le grand conseil de Malines. — Sous elle, la constitution oommunale de Bruxelles « telle que lavaient créée ou sanctionnée les ducs de Brabant et, après eux, les ducs de Bourgogne, subit des modifications importantes », (V. Gachard, Doawtents inédits, eic, 1. 1, p. xxvi.)
(*) Archives du royaume, Conseil do TEtat et Audience, registre 69, fol. 494.
(^) Ibid.,î.mS.
(6) Ibid., f. 520.
MICUEL YÀIV GOXIE. i II
alors une des plus belles villes des Pays-Bas. Le palais qu'elle y occupait n'était pas moins somptueux que celui de l'empereur à Bruxelles. C'était là qu'elle donnait fêtes et ballets à ses intrépides gentilshommes flamands, tout ruisselants de perles et de rubis, en dépit des sévères ordonnances de Charles-Quint. C'était plaisir à les voir se délasser des fatigues de leurs rudes campagnes de France et d'Italie dans le Joyeux de Bruxelles ou dans les Filles à marier f ).
La richesse de la ville, la présence de la cour, les étrangers qui affluaient dans les hôtels, le grand nombre d'habitants et la prospérité de leur commerce devaient stimuler énergiquement les hommes de mérite. Un usage adopté à cette époque n'y contribua pas moins. Pour décorer les murs, on avait graduellement substitué, dans les riches demeures, au cuir de Cordoue des toiles peintes à la détrempe. Ces toiles se vendaient en rouleaux, non seulement dans les magasins, mais dans les marchés publics et dans les foires. Leur pré« parât ion occupait à Malines plus de cent cinquante ateliers, indépendamment d'un grand nombre d'autres à Courtrai et en différentes villes. Quoique les images dont on les ornait fussent surtout des œuvres industrielles, un labeur si considérable entretenait le goût de la peinture et habituait une foule de jeune gens à manier le pinceau. Les plus intelligents devenaient des artistes.
Malines semble donc avoir été le chef-lieu de l'école de transition qui forma le passage entre le style de Bruges et le style d'Anvers. Ce fut au milieu de ces circonstances favorables que se développa Michel Van Coxie, père de cet autre Michel, qui fut l'élève de Bernard Van Orley f).
Le premier de ces deux peintres était estimé de Marguerite d'Autriche et des seigneurs qui l'environnaient ; on n'avait pas, dans le pays, une moins bonne opinion de ses talents. II était de race noble. Il enseigna lui-même à son fils les
(*) Noms de certaines basses-danses.
(«) MiCHiELS, t. V, p. 216-217.
U% MARGUERITE d'aUTRICUE ET LA RENAISSANCE DAIfS LES PAYS-BAS.
éléments du dessin et de la peinture. Mais, n'ayant pas exploré tout le domaine de Fart, il ne pouvait le conduire bien loin et il le plaça sous la direction de Bernard Yan Orley (^), qui eut ainsi la gloire de former ce peintre, si connu par sa grâce raphaélesque.
Marguerite employa aussi Jean de Mabuse, elle l'appela notamment à Malines et lui confia la tache ingrate de restaurer les anciennes peintures de son cabinet.
Parmi les artistes qui avaient fixé l'attention de Marguerite, il faut citer encore Vermeyen et Horebout.
Jean-Corneille Vermeyen, né en 1500, à Beverwyk, non loin de Harlem, accompagna Charles-Quint à Tunis, dont il peignit le siège et la prise f). Bruxelles et Arras étaient remplis de ses tableaux et de ses portraits. Il mourut en 1559 à Bruxelles; il fut enterré dans l'église de Saint-Géry, où il y avait de lui une résurrection du Christ, surmontée de la figure de Dieu le Père.
Gérard Horebout, auteur de ces beaux, diptyques tant admirés de ses concitoyens, naquit vers 1498 à Gand et mourut en 1541 f). En 1516, Marguerite d'Autriche reçut de lui certaines peintures et d'autres ouvrages. Entre cette année et 1518, il fit pour elle un livre d'heures, et trois ans après, le portrait de Christiern H de Danemark, qui voulut introduire les institutions de la Belgique dans les vieilles ai'istocraties du Nord Scandinave, et que ces tentatives de réforme précipitèrent du trône et forcèrent de se réfugier chez nous (^).
La même année, 1521, il exécuta pour la même princesse seize belles histoires bien enluminées, en une paire de riches heures sur parchemin. Il avait encore tracé dans cet ouvrage sept cents lettres d'or, fait écrire un certain nombre de feuil-
(<) MicHïKLS, p. 217-218.
(«) Kabel Van Mandkr. Set schiidersboeh, Haarlem, 1604, p. 224.
(3) MicHiELS, t. V,p. 413-414.
(*} Id., t. V, p. 407-408, et mon livre cité, p. 187- 18Ô.