‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 3)Chapitre 32 sur 70 · SES HARDIESSES CONTRE LES MOINES ET LES THÉOLOGIENS · texte numérisé non relu

SES HARDIESSES CONTRE LES MOINES ET LES THÉOLOGIENS

lui une rétractation prompte et formelle. Agrippa refusa énergiquement d'obéir, offrit de se justifier devant le grand conseil de Malines des accusations formulées contre lui par les docteurs de Louvain, et déclara en appeler de l'empereur mal informé à l'empereur mieux instruit. Les accusations rédigées par articles, qu'il eut toute la peine du monde à se procurer, étaient très mal écrites (*) et se terminaient ainsi : « Puisque l'auteur a dit lui-même qu'il avait été changé en chien, son livre doit être déclaré coutumélieux et infâme f). »

Dans sa réponse. Agrippa disait : « En supposant que j'aie erré, suis-je plus coupable que les Jérôme, les Augustin, les TertuUien, les Lactance, les Thomas, les Scot, les Ockam et tant d'autres lumières de l'école, auxquelles on peut reprocher tant de choses dangereuses et même hérétiques? L'inquisiteur Hoogstraeten n'a-t-il pas soutenu qu'il y avait de l'hérésie à s'appuyer sur l'Écriture au sujet de l'invocation des saints? Combien de fois les docteurs et même la Sorbonne ont-ils condamné des écrits qu'ils ont ensuite adoptés et pris sous leur protection? Dites-moi, magistri nostri de Louvain et de Cologne, quel honneur vous avez recueilli de vos querelles avec Reuchlin, Érasme et tant d'autres? Vos jours sont comptés ! C'en est fait de votre domination, vos écoles sont réduites au silence. Trop longtemps le monde a supporté votre ignorance et vos sottises ; votre nom est devenu synonyme d'outrage, parce qu'on a remarqué que vous ne pouviez attaquer personne sans anéantir la vérité, la vertu et le mérite...

«Vous me faites un crime de ce que j'ai appelé Luther un hérétique invincible; mais l'avez-vous donc vaincu? Les universités de Paris, de Louvain et de Cologne, en faisant condamner au feu les écrits de ce réformateur, ont-elles éteint par cela le feu de la rébellion par lui allumé? Vous et les

{*) Meiners, p. 345 et 346.

(*) Agrippœ Opp,, t. II, p. 274.

vôtres, vous avez si bien fait qu'à Luther revient l'honneur d'avoir vaincu les hérétiques. N'est-ce pas lui, en effet, qui a terrassé les anabaptistes, qui a résisté aux sacramentaires ? Faites-moi le plaisir de me montrer un seul écrit de vos universités qui ait fait battre les hérétiques en retraite. Je ne crains pas de le dire, Luther est un hérétique salutaire, car pendant que nos maîtres dormaient et ronflaient, il veillait seul au salut de l'Église et délivrait seul l'Allemagne des fureurs de l'anabaptisme. Vous ne rêvez qu'à combattre les luthériens par le fer et le feu ; mais prenez-y garde, ils vous répondront par les mêmes armes. Je sais le danger que je cours en parlant ainsi, mais vous savez tout aussi bien que moi que je ne suis pas luthérien, que je suis catholique romain. Si, comme cela peut arriver à tout le monde, je tombais dans quelque erreur, loin d'y persister avec opiniâtreté, j'avouerais franchement que j'ai erré et je ferais tout pour me relever (^). »

Au commencement de février 1552, Agrippa remit cette apologie au grand conseil de Malines, espérant que cette cour suprême l'absoudrait de toutes les fausses accusations mises à sa charge. Pendant qu'il attendait sa décision, il écrivit une Plainte f) sur ses calomniateurs, qu'il dédia à son ami Ghapuys, ambassadeur impérial à Londres. Il y tançait vertement la corruption, l'ignorance, la méchanceté et l'intolérance des moines et des théologiens, a Pour échapper à leur tyrannie, il vaudrait mieux ne rien savoir du tout, et surtout ne rien publier, attendu que ceux qui se trouvent dans une telle situation ne sont exposés à aucun danger. Les grenouilles ne se réjouissent-elles pas dans leurs marais, les cochons dans leur boue, les chauves -souris dans leurs ténèbres, les pigeons sur leurs toits, les aigles dans leurs aires Z Aussi n'est-ce pas sans motif que Pythagore a dit à Lucien que^ dans ses transformations successives, il avait été

(1) Agrippœ Opp,, t. II, p. 273 et suiv.

(«) Ibid,, t. II, p. 437 et suiv. — Meinkrs, p. 353 et 354.

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