‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 3)Chapitre 41 sur 70 · CARACTÈRES DE CE THÉÂTRE · texte numérisé non relu

CARACTÈRES DE CE THÉÂTRE

prétation des cérémonies liturgiques. À la Toussaint, ils représentaient ordinairement le jugement dernier; à la Noël, la naissance du Christ ou les trois rois ; vers Pâques, la passion ou la résurrection du Seigneur ; à la fête de la Vierge, TÀssomption. Tous ces ouvrages furent originairement confectionnés par des ecclésiastiques. Plus tard, ces représentations se répandirent tellement que des laïques durent s'y joindre, et ce fut ainsi qu'elles dégénérèrent insensiblement en un mélange de sacré et de profane, et qu'elles furent défendues par des statuts synodaux d'Utrecht en 1297 ; mais, en Belgique, elles se maintinrent jusqu'au xvi* siècle (^). Non contents de célébrer la passion av.ec tout l'appareil d'une pièce de théâtre, les prêtres sortirent de leurs temples pour jouer leurs mystères en plein air, en pleine place publique. A Audenarde, les frères mineurs donnèrent, au commencement du xv*" siècle, des représentations de pantomimes, en s'aidant de rouleaux où se trouvaient inscrites des maximes et des allégories. Ils firent le tour de la ville en traîneaux auxquels étaient attelés les jeunes religieux du même ordre. Le clergé continua ces représentations jusqu'à ce qu'au commencement du xvi* siècle, il se vit détrôné par les laïques f).

D'autre part, on vit les sociétés de tir à l'arbalète qui jouèrent d'abord elles-mêmes des pièces dramatiques avec tous les attributs d'une véritable société de rhétorique, tels que rois, doyens, syndics, fous, blasons, bannières. Elles avaient l'habitude de saisir l'occasion d'un tir solennel pour donner leurs joyeux ébattements, bouffonneries grossières auxquelles les fous prenaient une part considérable f).

On jouait aussi en Belgique des farces qui venaient de France, telles que celle de Maistre Pierre Pathelin, si connue,

(*) Van Even, LandjKweel van Antwei'pen, p. 10. — Edm. Van der Straeten, /. c, p. 123 et 124.

(*) Van der Straeten, p. 124. (») Id., p. 124 et 125.

OU celle du Munyer, représentée pour la première fois dans une petite ville de Bourgogne, Seurre, en 1490, à la suite du Mystère de SavU-Marlin, et d'où est sorti le Pierrot enfariné du XVII* siècle (^).

On est moins étonné de la violence de la satire, delà licence des farces, lorsqu'on sait que même la naïveté poétique des mystères poussait l'action jusqu'au point extrême où l'inteU ligence du spectateur devait achever un épisode dont les préludes avaient déjà de quoi offenser la pudeur la moins craintive. Dans la Vie et Histoire de madame sainte Barbe, qui fut représentée et imprimée vers 1520, quoique le mystère commence par un sermon sur un texte de l'Évangile, la première scène s'ouvre sur un mauvais lieu, où une femme folle de son corps chante une chanson et fait des gestes obscènes. L'Empereur ordonne à cette femme d'engager la sainte à faire fornication, et la conseillère de débauche s'eff^orce de séduire M"* Barbe, qui se recommande à Dieu- Aussi la représentation d'un grand mystère donnait-elle lieu souvent à des orgies sans nombre et à des désordres de toute espèce.

{*•) P*-L. Jacob, Rectieil de farces, soties et moràUtés du xv« siècU.

Page 1