HUBERT GOLTZ
localité, les faits principaux des troubles de la contrée, de 1566à 1579. Cette pièce historique obtint un grand succès, mais comme les explications étaient en latin et que la pancarte in piano avait un grand développement, le public en désira une version française. Galle s*empressa de la faire dans une édition oii les annotations de la carte, au lieu d*étre consignées en marge, sont réunies dans un petit livre.
Parmi les amis d'Ortélius, l'histoire doit distinguer Hubert Goltz, le créateur de la science des médailles f).
Peintre, graveur f), antiquaire et imprimeur aussi grand que Plantin, Goltz n'avait guère plus de vingt ans lorsqu'il s'établit à Anvers, où le goût de la numismatique était général, surtout chez les quatre frères Schetz,quî méritent, eux aussi, une mention particulière. Gaspar Schetz, baron de Wesemale, seigneur de Grobbendonck et poète distingué; Melchior Schetz, seigneur de Willebroeck, etc., savant mathématicien; Balthasar, seigneur d'Hoboken, et enfin Conrad, seigneur de Bornhem, également versés dans les lettres et dans les sciences, rivalisaient alors de zèle pour exciter une noble et féconde émulation entre les savants et les artistes f).
Goltz étudia d'abord les médailles au point de vue du progrès de l'art de la gravure aux diverses époques où elles avaient été frappées; il ne tarda pas à comprendre toute l'importance de la numismatique et à voir qu'elle pouvait devenir une riche mine de découvertes historiques, le moyen le plus sûr de relever les faits de l'antiquité, dont la chaîne est souvent interrompue. En achetant partout des médailles, en prenant les empreintes de celles dont les possesseurs ne
(«) Van H01.8T, HiUfeH GoHzius. Liège, 1846, p. 7.
{^) Graveur en bois et en taille douce, Goltz a exécuté plusieurs pièces en clairobscur; il gravait les traits de ses estampes à Teau-forte, et il y appliquait d&s rentrées avec des planches de bois : cette manière, qui imite les dessins tracés A la plume et lavés avec diverses couleurs, a été souvent mise en pratique. (Emeric David, p 190.)
(>) G0ETHAL8, Histoire des lettres, des sciences et des arts en Belgique. Brux., 1842, t. III, p. 56 et 57. — Serrure, Bulletin du bibliophile belge, t. II, p. 318. — Hoffmann, ibid,, t. II, 2, p. 399. — Van Hulst, p. 16 et 17.
216 LES HISTORIENS, LES GÉOGRAPnES ET LES NUMISMATES.
consentaient pas à se dessaisir, il recomposa les séries historiques les plus importantes et rendit ainsi à Thistoire ses preuves chronologiques les plus irrécusables f).
En fixant ainsi d'une manière incontestable la chronologie ancienne, il fit faire un pas immense à un art encore dans l'enfance, et on doit lui savoir gré de s'y être livré avec tant de constance, quelles que soient d'ailleurs les méprises qu'on peut lui reprocher f).
Goltz avait passé près de douze ans à Anvers, partagé entre la peinture et ses études de numismatique, lorsqu'il publia, en 1557, son premier ouvrage, contenant les médailles des empereurs, depuis Jules-César jusqu'à l'empereur Maximilien II. C'est une suite de cent cinquante médaillons, du module de 18 centimètres, gravés en camaïeu et accompagnés d'un texte historique. C'est une œuvre d'art admirable. Ce qui frappe surtout dans ces planches des Imperatorum imagfin^s, c'est le goût de l'artiste et particulièrement l'expression des diverses physionomies f). Pendant son séjour à Anvers, les frères Laurin (Marc et Gui), de Bruges, avaient employé tous leurs moyens de séduction pour l'attirer ches^ eux. Ils y réussirent. C'étaient des hommes de savoir qui se plaisaient à encourager les travaux sérieux. L'un deux, Marc Laurin, seigneur de Watervliet, dut la plus grande partie de sa renommée à la généreuse protection ou, pour mieux dire, à l'amitié dont il entoura Goltz, l'aidant de sa fortune dans la dépense de ses excursions scientifiques, dans l'acquisition des médailles et dans la publication de ses ouvrages (^.
Après quatre mois de séjour à Bruges, Goltz parcourut l'Allemagne, la France et l'Italie. Son mérite et les recommandations de Marc Laurin lui ouvrirent tous les cabinets et
(») VanHulst, p. 10 et 11.
(*j GOKTHALS, p. 57.
(') Les tmages de presque tous les empereurs depuis César jusques à Charles V et FerdinanduSf son frère, pourtratctes au vif, prinses des médailles anciennes. Anvers, 1557.
(<) Van Hdlst, p. 19 et 20.