‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 3)Chapitre 46 sur 70 · MARC VAN VAERNEWYCK · texte numérisé non relu

MARC VAN VAERNEWYCK

On a aussi de Meyere quelques poésies, parmi lesquelles un iambe contre les mauvais imprimeurs d'Anvers (^).

Outre ses propres poésies, morales et satiriques. De Meyere a publié les élégies d'un poète yprois, de Jacques De Pape. Il les jugea dignes de voir le jour sans doute parce qu'elles étaient un monument historique présentant un tableau assez fidèle des douleurs d'une partie du règne de Charles-Quint. Des faits dont alors on aurait prohibé la publication en prose échappaient à la censure lorsqu'ils étaient racontés en vers.

Avant Meyere, l'histoire en langue flamande n'était pas une science, elle se bornait aux événements vulgaires, écrits en mauvaise prose ou en chroniques rimées. Marc Van Vaernewyck, né à Gand, d'une ancienne famille noble, publiait encore, en 1574, une histoire de Belgique [Historié van Belgis) dans ce genre f).

Ces historiens s'arrêtaient à des sujets tels que l'incendie de l'église de Notre-Dame à Anvers ou celui de la tour de Saint-Pierre à Louvain. D'autres faisaient comme le Brugeois Corneille De Man ouManilius, imprimeur à Gand, qui, au milieu du \vt siècle, composa de pitoyables rimes sur la mort ou sur le triomphe de Philippe, fils de Charles-Quint, à Gand, en 1549 f). La géographie elle-même, écrite en flamand, était condamnée à la rime. Ainsi, en 1577, Pierre Heyns édita un Miroir du monde où étaient dépeintes la nature et toutes les contrées de la terre. Heyns, né à Anvers (1537), y remplissait les fonctions de maître d'école et réussit à s'y faire un nom comme géographe et comme poète.

Il avait pour émule le maître d'école Etienne de Walcourt, chez lequel les enfants allaient apprendre le français. Etienne était auteur de deux publications, aujourd'hui d'une excessive rareté : l'une intitulée ABC, contenant plusieurs

(*) p. De Decker, dans le Bibliographe belge, t. Il, p. 387-396. (•) Snellaert, p. 200 et 201.

(3) Id., p. 173 et 203.

senlences, très utiles pour apprendre à écrire et pour Tînstruction de la jeunesse, le tout en rime française; Tautre, Recueil ou eslite de plusieurs belles chansons, joyeuses, honnestes et amoreuses, partie non encore veues et autres, coUigées des plus excellents poètes françois.

Cette collection, par sa variété et le bon goût avec lequel elle a été faite, a dû être bien accueillie de son temps.

« La géographie moderne ne date que de Gérard Mercator (de Cremer) », dit Malte-Brun (^). Ce révolutionnaire de la science était le fils d'un cordonnier de Rupelmonde, où il était né le 9 mars 1512. Après avoir acquis dans sa ville natale les premières notions de la langue latine, il fut envoyé par son grand-oncle, le curé Gisbert Mercator, à Bois-le-Duc, pour y apprendre la dialectique, et de là à Louvain, où il acheva son cours de philosophie. Il apprit ensuite les mathématiques sous la direction de Gemma Frison, un des plus habiles astronomes de son siècle, qui lui enseigna en même temps les procédés de la gravure. Ses progrès furent très rapides, et il se trouva bientôt à même de donner avec succès des leçons de géographie et d'astronomie.

Une constitution qui le rendait capable d'un travail long et soutenu, une ardeur qui lui faisait dévorer sans dégoût et presque sans ennui les détails les plus fastidieux d'une science si vaste et si abstruse, tout portait Mercator aux investigations savantes. Le temps, d'ailleurs, où il vivait était propice aux découvertes. C'est au milieu d'un beaa mouvement littéraire qu'il se mit à l'œuvre (*).

Un de ses premiers mérites est d'avoir perfectionné les instruments dont la science géographique peut faire usage et d'en avoir inventé de nouveaux. Il fabriqua lui-même des astrolabes et des sphères avec un talent et une précision remarquables; il s'occupa aussi à graver des tables de

(<) Mai.te-Brun, Géographie unmerséUe. Paris, 1868, t. I, p. 258. — Conf. tdiVf..p. 319et320.

(*) M. Van Raemdonck, Gérard Mercator, St-Nicolas, 1869, p. 317 et suiv.

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cuivre pour la description de la Palestine, dont il publia, en i557, une carte qu'il avait composée en discutant avec soin les matériaux fournis par les voyageurs. « La cai'te de Flandre, qu'il publia trois ans plus tard, reposait entièrement sur ses propres observations. Muni de ses instruments et armé du bâton du voyageur, il avait parcouru la Flandre, du nord au sud, de l'est à l'ouest, bravant également les privations et les dangers , mesurant, dessinant et notant tout ce qui devait servir à la description du pays. Il ne reste malheureusement aucun vestige de ces deux cartes ; nous ne tes connaissons que par les réductions qui en ont été faites (^). »

Jusqu'au xvi® siècle, la géographie avait partagé le sort ccMnmun des sciences. Les relations de voyages étaient des tissus de fables plus propres à plaire à l'imagination du lecteur qu'à éclairer son intelligence. Les cartes étaient plus déplorables encore. Les limites du monde connu étaient déterminées d'après l'antique système de Ptolémée, modifié quelquefois par les relations d'un voyageur contemporain qui ne faisait qu'ajouter des erreurs nouvelles aux erreurs anciennes. Les noms des peuples et des pays, tout était confondu. Les îles devenaient des continents, et les continents, des îles. Mercator fit crouler cette fausse science pour la remplacer par l'exactitude des faits.

En 1541, il construisait un globe terrestre qui obtint les applaudissements de tous les connaisseurs et qui plut tellement à Nicolas Perrenot de Granvelle, à qui Mercator le dédia, que cet illustre chancelier présenta l'auteur à Charles- Quint comme un personnage digne de son estime et de sa reconnaissance. Charles l'employa à faire plusieurs instruments de mathématiques, dans la confection desquels le géographe fit preuve de son habileté et de son expérience.

Au mois de février 1544, Mercator, s'étant rendu à Rupelmonde pour recueillir la succession du curé, son grand-

(*) RàDAU, Reçue des Deux Mondes, t. 84, p. 510 et 511.

oncle, fut arrêté par le bailli du Pays de Waes et conduit au château de cette ville : il avait été dénoncé comme hérétique par le procureur général du conseil de Brabant. Le curé de sa paroisse, Pierre De Corte, essaya d'intercéder pour lui auprès de la gouvernante des Pays-Bas, Marie de Hongrie; il ne réussit qu'à se rendre suspect lui-même. Cette arrestation ayant eu lieu contrairement aux privilèges de l'université de Louvain, dont Mercator était « suppôt », c'est-à-dire dépendant de sa juridiction, l'abbé de Sainte-Gertrude, conserva- , teur des privilèges de l'université, réclama sa mise en liberté; le recteur, François Sonnius (Van Son), écrivit lui-même à la reine, mais on allégua que Mercator s'était enfui pour éviter un emprisonnement ; qu'il avait perdu, par ce fait, le bénéfice des privilèges de cet établissement et que dès lors il fallait laisser le procureur général poursuivre la procédure. Elle fut longue et minutieuse. On voulait à toute force convaincre Mercator d'hérésie. On alla jusqu'à envoyer le bailli de Waes au gardien du couvent des Frères mineurs à Malines, afin que celui-ci employât tous les moyens possibles pour découvrir une lettre que l'illustre géographe avait écrite à un des religieux de sa communauté, lettre dans laquelle on espérait trouver un témoignage utile au procès ; mais cette perquisition demeura sans résultat. Partout on chercha, mais vainement, des preuves de culpabilité. Et, comme on ne trouva rien à sa charge, on finit par le relâcher après environ quatre mois de détention (^).

Tout en s'occupant de la confection d'instruments mathé* matiques, qu'il fabriqua deux fois pour Charles-Quint pendant un séjour de dix ans à Louvain, Mercator préparait ses grandes publications. En 1551, il avait achevé un globe céleste, et l'année d'après, il alla s'établir à Duisbourg, dans le duché de Clèves, où il n'avait pas à redouter les rigueurs de l'inquisition; il était accompagné de sa famille, dans

(*) Alexandre Pinchart, Messcu/er des sciences historiques, 1845, p. 273-275, et 1856, p. 180 et 181 . — Radau, dans la Revue des Deuœ Mondes, t. 84» p. 511 .

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laquelle il avait trois fils pour collaborateurs. Ce fut là qu'au mois d'octobre 1554, il termina la publication de sa grande carte de l'Europe, pour la composition de laquelle il avait mis à contribution beaucoup de cartes spéciales. Il s'occupa ensuite de la gravure des cartes de l'Angleterre d'après la description que lui en avait faite un de ses amis : elles parurent en 1564. Il leva en même temps, sur l'invitation du duc de Lorraine, le plan de ce pays, en dressa la carte et envoya son dessin à ce prince.

Dans tous ses travaux topographiques et chorographiques, il s'appliquait à faire disparaître les discordances et les incohérences. En dressant sur une vaste échelle son Europe, il avait résolu de nombreuses difficultés; pour le reste du monde, il en rencontra moins quand il publia sa carte universelle.

Jusque vers le milieu du xvf siècle, les marins, pour fixer la position du navire à chaque instant du jour, se servaient exclusivement de cartes plates. Ces cartes, sur lesquelles ou figurait les différentes mers avec leurs îles, leurs bancs de sable, leurs côtes, etc., sont couvertes d'un réseau de petits carrés qui résultent, comme on le sait, de l'intersection de deux systèmes de lignes droites parallèles entre elles et perpendiculaires l'une à l'autre, et représentant les méridiens terrestres et les degrés de latitude. Dans ces cartes, les degrés des méridiens et des parallèles étaient tous égaux entre eux, ce qui n'est pas, pour les méridiens, conforme à la vérité, puisque ces derniers décroissent progressivement pour se rejoindre aux pôles. Ce vice de construction devait donner a ceux qui en faisaient usage des résultats inexacts et une fausse direction. Mais les marins, qui ignoraient la cause de ces erreurs et qui, les corrigeant par des observations astronomiques, trouvaient beaucoup de commodité dans la disposition de leurs cartes, ne songeaient guère à les modifier. Ce fut une véritable révolution lorsqu'en 1569, Mercator publia ses cartes marines réduites, qui, aux avantages des

cartes plates, soigneusement conserrées, joignaient celui de donner des résultats plus conformes à la vérité.

Le Portugais Pierre Nunez ou Nonnius avait attiré Tattention des géomètres sur les problèmes nouveaux que lui suggérait l'usage de la boussole. Mercator, considérant (jue les marins n'emploient pas la carte pour connaître la figure des pays, mais seulement pour y tracer exactement, d'après sa longueur et sa direction, le chemin qu'ils ont fait, et pour déterminer la distance où ils sont des divers points des côtes, ainsi que la direction qu'ils doivent tenir pour y arriver ou pour les éviter, imagina d'après ce principe la projection de ses cartes réduites, qui porte son nom {projection mercaUh rienne) et qui satisfait complètement à ces conditions. Les Wright, les Gregory, les Halley et d'autres également célèbres devaient en trouver, longtemps après, la théorie mathématique.

Qui le croirait? les marins regardaient avec indifférence ce magnifique travail. De longues années s'écoulèrent avant qu'ils le prissent en considération, tant était grande leur aversion pour la cartographie continentale, où ils vopient des rivages négligés dans leurs cartes nautiques et des proportions contraires à leurs connaissances.

Cependant, grâce à l'ardeur des éditeurs et des reproducteurs de cartes volantes que Ton copiait pour Fusage vulgaire et dont on commençait à faire des recueils, de gros volumes, la vogue ne tarda pas à se prononcer pour Mercator. Dans Anvers, la fabrication des cartes augmentait de jour en jour. De chez Jérôme Cock, Jean Liefrink, Christophe Plantin, Gilles Coppen, Gérard de Jode, elles se répandaient partout. L'activité de de Jode, de Nimègue, surpassait celle de tous les autres. Habile graveur et excellent mathématicien, il fat le chef d'une famille de graveurs qui ont illustré l'école d'Anvers. En 1569, il mit en vente une quarantaine de cartes pour l'Allemagne seulement^

Ce fut en 1593, quatre mois après la mort de Mercator,

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que parut sa description de TEurope. Il avait conçu la colossale idée de lier toutes ces parties entre elles pour en former un tableau général du monde, et pour composer un vaste corps d'ouvrage auquel il a donné le nom d'Atlas^ afin d'exprimer par la grandeur du titre celle de Tentreprise. Il avait employé quatorze ans à préparer des matériaux, à former des combinaisons, à s'instruire dans la Science des^ faits et à se perfectionner dans Fart d'écrire. Cette œuvre, qu'il ne put terminer, fut achevée après sa mort par Josse Hondius, de Wacken Q, qui avait appris sans maître à graver et à dessiner sur le cuivre et sur l'ivoire. Il ajouta au travail de Mercator les découvertes faites en Amérique depuis la mort de son illustre compatriote.

Mercator nous montre l'homme dans tous les climats; il le suit sous les zones torrides, glacées, tempérées, déterminant sa couleur, ses traits, ses habitudes. Ce fut surtout sous ce dernier rapport qu'il sut donner de l'intérêt à son sujet : il joignit un tableau philosophique des mœurs et des coutumes aux descriptions des localités; il mit enfin à la portée des lecteurs une science qui n'existait encore que pour quelques géographes.

Mercator gravait et enluminait lui-même ses cartes avec beaucoup d'habileté. Il avait fait précéder son Atlas d'une dissertation sur la création du monde (De creatione et fabrica mundijy où il s'éprend particulièrement de cette nature à la fois riante, majestueuse et terrible dont la puissance s'étend partout. Il faut entendre avec quelle touchante simplicité il parle de la terre, « mère vénérable » : « Elle nous reçoit dès notre première entrée en ce monde, nous nourrit étant nés et maintient sans cesse dès le jour de notre naissance, et pour le dernier devoir, nous ayant receus en son sein, abandonnez du reste de la nature, nous couvre comme bonne mère » ; — de l'air : « douce, débonnaire et indulgente,

{*) Village de la Flandre occidentale. Eondiits,né en 1546, monrat en 1617.

s'accommodant comme une servante à l'usage humain » f).

Il ne se bornait pas seulement aux études géographiques; il fut en quelque sorte l'Alexandre de Humboldt du xvi* siècle. Voici son programme tel qu'il le formule dans la dédicace de ses Tables de la Gaule : « Méditant la description de l'univers, la distribution de mes travaux exigeait de traiter d'abord de la formation du monde et de la disposition de ses parties en général; ensuite, de l'ordre et du mouvement des corps célestes; en troisième lieu, de leur nature, de leur rayonnement et du concours de leurs influences, pour en inférer la véritable astrologie; en quatrième lieu, des éléments; en cinquième lieu, de la description des royaumes et de la terre entière; en sixième lieu, des généalogies des princes depuis le commencement du monde, pour rechercher les émigrations des peuples, les premiers habitants du pays, les dates et l'antiquité des inventions. Tel est, en effet, l'ordre naturel des choses, qui nous en fait connaître les causes et les origines, et qui est le meilleur guide pour arriver à la vraie science et à la vraie sagesse. »

Mercator accompagnait toujours ses grandes cartes de la description détaillée du pays. Sous la rubrique : Géographie mathématique, il coordonnait les positions de lieux qu'il avait pu se procurer, en comptant généralement les longitudes à partir du méridien de l'île de Fer, parce qu'il admet que c'est là que l'aiguille aimantée vise directement au nord. Sous le titre de Géographie physique^ il décrivait les rivières, les forêts, les montagnes et les plaines, les routes et les canaux f). Mais il exposait aussi la Géographie politique^ la constitution civile du pays, l'administration de la justice et l'organisation ecclésiastique, et ses renseignements sont si complets, si exacts, que pendant longtemps ils ont servi de base à toutes les publications analogues.

En philosophie, Mercator a été soupçonné de panthéisme,

(*) Atl<is, traduction française pubLée à Amsterdam en 1609.

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et peut-être avec raison. Aussi sa dissertation sur la création du monde a-t-elle été condamnée, notamment pour les passages suivants, comme renfermant des propositions contraires aux sentiments de l'Église : « Quand Moyse dict : Dieu ditj il ne monstre point une sentence donnée pour quelque temps particulier, mais la perpétuelle volonté d'iceluy, laquelle parle et effectue les choses sans mots ou paroles expresses, et les produit au temps défini. Ainsi aussi aux actions de Dieu; quand il dict : Dieu sépara la lumière des ténèbres, il n'entend pas une action externe, mais la volonté perpétuelle de Dieu, par laquelle seule il commence et parfait toutes choses au temps préôrdonné ; or, il ne veut pas dire en ce jour avoir esté complette cette division après laquelle le quatrième jour finalement, le soleil et tous les astres ont été parfaicts, — mais il donne à cognoistre non obscurément à l'intelligence, cette collection de lumière que j'ay dicte, et qu'icelle est procédée ce jour jusques-là que la lumière amassée en une partie du ciel a peu coucher, laissant après elle la nuit et les ténèbres (^). »

Mercator soutient ensuite « que les anges et l'âme de l'homme ont été créés des eaux les plus limpides de l'em- ' pyrée ». « En cette âme, dit-il, il y a l'intellect, la raison, le jugement, l'amour du vray bien, la justice, la joie au Saint- Esprit, le libre choix de la volonté f). »

Mais plus loin il résout avec beaucoup de netteté et dans le sens catholique la grave question du péché originel et du libre arbitre :

« L'homme pouvoit interrompre le serpent et le rejecter, et il n'eust point péché. Dieu avoit donné à l'homme le libre arbitre, et l'avoit laissé en la puissance de son conseil, lui donnant ses ordonnances et commandemens. Il t'a mis au devant le feu et l'eau pour avancer la main où tu voudras.

(-) Atlas, etc. De laa^éation du monde. Amsterdam, 1633, p. 31. («) Ibid., p. 45.

206 LES HISTORIENS, LES GÉOGRAPHES £T LES NUMISBLiTES.

Or, depuis que Dieu sçavoit auparavant qu'il pécheroit, pourquoy ne Ta-t-il créé tel qu'il ne peust tomber? Dieu a bien et paternellement faict toutes choses; c'estoit de grâce qu'il l'aToit orné, de dons d'esprit si «xcellens qu'il pouvoit aisément obéir à un si léger commandement; et c'estoit raison que l'homme, pour avoir été orné de si excellens dons d'esprit, se monstrast recognoissant envers son créateur. Il pouvoit donc demeurer debout s'il eust voulu, et ce qu'il est tombé, c'est par sa faute, non pour ce qua Dieu l'ait ainsi prédestiné ou voulu (*). »

Mercator touchait, on le voit, à une des questions les plus vitales et les plus controversées du xvi* siècle. Lorsqu'on jette un coup d'œil sur l'ensemble des ouvrages de Mercator, on ne sait ce qu'on doit admirer le plus, ou la vigueur de son esprit, ou la variété de ses connaissances. Tète encyclopédique, il a écrit sur tous les sujets. Nous possédons même de lui un traité de calligraphie.

L'exemplaire que j'ai devant moi est de l'an 1557 f). Il est de toute beauté et appartient à la Bibliothèque royale. Mercator s'élève, dans la préface, contre les vieilles idées d'après lesquelles un homme comme il faut était obligé d'écrire d'une manière illisible. Mais il avait encore un autre but, c'était de substituer, dans les cartes, l'écriture cursive à l'écriture gothique.

Mercator a abordé avec la même supériorité les difficultés de la chronologie. Il distingue très ingénieusement une époque mystique, un temps vide [cevum hiane), comme il dit. Son livre s'étend depuis la création du monde jusqu'en 4577 avant l'ère vulgaire f). L'auteur admet quatre grandes monarchies comme autant de périodes humanitaires : ces monarchies sont la chaldéenne (babylonienne, assyrienne), la persane, la grecque et la romaine. Il établit ensuite les

C) De la création du monde. Amsterdam, 1633, p. 31.

(*) Litterarum latin, scrtbendarum ratio, etc. Antverpia, apud Bellerum.

{^) Chronologia mundi, etc. Cologne, 1568, et Bâle, 1577, in-fol.

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synchronismes, en faisant accorder entre elles les ères des Égyptiens, des Olympiades, des Héroïdes, etc.

La théologie, cette science à la mode au xvt'' siècle, ne fut pas étrangère à notre géographe. Mais s*il a hasardé quelques opinions trouvées hétérodoxes, il n*a pas embrassé le luthéranisme. Son Harmonia evangelistarum (^), dirigée contre Charles Dumoulin, le prouve. Ce grand jurisconsulte, qui fut pour le droit français ce que Cujas fut pour le droit romain, était aussi odieux à Rome que cher à son pays pour ses doctes écrits sur les libertés de TÊglise gallicane; c'est de lui que le connétable de Montmorency disait : « Ce que Votre Majesté n'a pu faire avec trente mille hommes, ce petit homme Ta achevé avec un petit livre ». Il avait fini par entrer dans la communion réformée, mais uniquement selon le programme primitif de Luther ; n'acceptant aucune règle ni autorité ecclésiastique, il prêchait et administrait les sacrements dans sa maison et de son propre chef (^.

Un écrivain moderne, M. De Félice, méconnaît ce qu'il y avait de sentiment de liberté dans le programme. Cela dénote une bien petite confiance dans le développement de l'esprit de Ja Réforme en France. Ce n'est pas à ce point de vue que Mercator combattit Dumoulin. Le géographe était de ceux qui, obligés de choisir entre la science et la révélation, se prononçaient pour les textes sacrés, et son livre de YHarmonie des évangélistes n'avait pas d'autre objet que de prouver la parfaite concordance des quatre récits de la vie de Jésus- Christ, déjà attaquée alors comme aujourd'hui.

En émigrant de Louvain à Duisbourg, Mercator avait aussi transporté dans sa nouvelle résidence sa fabrique d'instruments mathématiques, qui occupait ses fils et un assez grand nombre d'ouvriers. Ses sphères célestes et ses globes ter-

(*) Duislwurg, 1592, in.40.

(') DupiN, Nouveau dictionnaire de la conversation, t. X, p. 385 et 386. — De FàhiCB, Histoire des synodes nationaux des Églises réformées de France. Paris, 1864, p. 77.

restres étaient si beaux et si recherchés, qu*il ne pouvait satis* faire à temps aux nombreuses demandes qu'il recevait. Un d^ ses amis en achetait plusieurs chaque année pour les faire revendre aux foires de Francfort-sur-le-Mein.

J'ai parlé de l'étendue du savoir de Mercator ; comment peindre ses qualités et ses vertus, l'heureuse alliance de la bonté du cœur et de la simplicité du caractère avec toutes les grandes facultés de l'esprit ? Rien de plus pur que ses mœurs, de plus paisible ni de plus édifiant que sa vie privée, dans ses deux mariages et au milieu d'une nombreuse famille de collaborateurs. Du génie pour la science, de l'ardeur pour entreprendre, du courage pour exécuter, de la constance pour achever, de l'amitié pour ses rivaux, de l'enthousiasme pour l'humanité, tels furent les nobles avantages que possédait à un si haut degré cet homme vraiment grand, vraiment admirable.

Il vécut jusqu'au 2 décembre 1594; il avait atteint sa 85* année {').

On voit, dans la cathédrale Ti' Anvers, une pierre à demi usée, consacrée par Anna Ortélia*à son très cher frère Abraham Ortélius, géographe du roi, né à Anvers; c'est le seul monument élevé à l'émule de Mercator.

Abraham Ortélius (Orteil) naquit à Anvers, le 2 avril 1527, de parents originaires d'Augsbourg f), qui jouissaient d'une grande fortune. A l'âge de vingt ans, il fut inscrit dans la corporation de Saint-Luc, comme marchand et enlumineur de cartel Ce ne fut qu'à l'âge de trente ans qu'il se mit à étudier les lettres; mais il y fit des progrès tellement ' rapides, qu'il étonnait les plus habiles et les plus heureuse-

(') Cette notice sur Mercator est en grande partie extraite : 1® des ouvrages précédemment cités en notes ; 2^ de la Géographie du moyen âge par Lelewel, 1. 1, p. xoiv et suiv. ; t. II, p. 181-232 ; 3® d'une étude sur les cartes géographiques, par Walckenaer, dans le Répertoire iini\>ersel des sciences, des lettres et des arts; 49 de Tarticlo Mercator publié par Weiss dans la Biographie universelle de Michaud.

(-) Son aïeul paternel, Guillaume Orteil, avait quitté Augsbourg vers 1400, pour venir se fixer à Anvers.

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ment doués sous ce rapport. Il avait un goût particulier pour Fantiquité, et, dès Tan 1562, il fut en possession d'un cabinet de médailles qui méritait d'être compris parmi les plus considérables de la ville d'Anvers.

Ortélius, ayant obtenu la vie du peintre liégeois Lombard par son élève Dominique Lompson, poète et philosophe comme son maître et comme son condisciple Hubert Gollz{^), le créateur de la numismatique, l'envoya à ce dernier, qui l'imprima sur-le-champ avec une épître dédicatoire dans laquelle on voit que, dès lors, Ortélius s'appliquait sérieusement à l'étude de la géographie. Il y fut puissamment secondé par Mercator, plus âgé que lui de dix ans. Dans le courant de ses travaux, il dessina des cartes de l'Asie, de l'empire romain et de l'Egypte ancienne et moderne. En même temps, il faisait copier et graver par François Hogenberg et par quelques autres graveurs de renom, comme Ferdinand et Ambroise Artsenius, les cartes modernes de différents auteurs de sa collection; il en composa un recueil, et tout incomplet qu'il était encore, il le publia, en 1570, sous le titre de Théâtre du globe terrestre (Theatrum orbis terrarum).

La moitié de cet atlas était faite quand il en parla pour la première fois à Mercator, qui lui dit : « Vous avez fait les cartes de la moitié de votre monde ; mon univers, à moi, est entièrement achevé. » Et il disait vrai , car tous les deux avaient conçu et exécuté en même temps ce gigantesque projet. Mercator, cependant, laissa s'épuiser deux éditions de Fatlas d'Ortélius avant de publier le sien, et il loua publiquement l'œuvre de son rival, en en faisant habilement ressortir tout le mérite. Au fond, la question de priorité ne pouvait guère le tourmenter ; chacun de ces hommes avait sa tache spéciale : Ortélius rassemblait, amassait, formait un recueil; Mercator élaborait et organisait. La priorité était réellement à lui, car, dès 1569, il éditait sa carte marine,

{<} Né A Venloo le 30 octobre 1526.

sur laquelle Ortélius dressa son type du globe, qui parut, en 1570, en tête de son Théâtre. Ortélius se hâtait en entrepreneur qui disposait de toutes les ressources nécessaires au succès. Mercator, enfermé dans son cabinet et accablé des soins de sa famille, ne pouvait pas publier aussi vite ; Texécution de son travail exigeait des sacrifices d'argent qu'il ne lui était pas possible de faire avec autant de facilité que son ami Ortélius, riche et célibataire, dans la collection cartographique duquel il puisa avec une reconnaissance touchante.

A l'exception de l'Asie, il n'y a, dans l'importante publication d'Ortélius, rien qui soit directement de sa composition. Il avait mis à contribution les géographes de tous les pays. Quand l'auteur d'une carte était connu, il n'y touchait point, sauf en ce qui concerne quelques places de la Belgique, où la mer avait changé les rivages. Quand la carte était d'un auteur inconnu, il se montrait plus hardi et il y ajoutait ou changeait ce qu'il jugeait nécessaire. L'Asie, qui lui appartient en entier, diffère virtuellement de celle de Mercator.

Son Théâtre, quoique incomplet, et malgré plus d'une carte peu recommandable, n'en valut pas moins à l'auteur une haute célébrité; car il réunissait, en un volume, une infinité de cartes dispersées et offrait une exécution supérieure. Les cartographes les plus renommés de l'époque, Jordan, Clusius, Sambucus (^), ambitionnaient l'honneur de voir leurs noms figurer dans le recueil d'Ortélius et se faisaient un plaisir et un devoir de lui communiquer les fruits de leurs veilles.

Le succès de cet atlas surpassa même les espérances de son auteur. Cinq réimpressions successives furent faites à Anvers, de 1571 à 1587, sans compter ses traductions italiennes, espagnoles, allemandes, françaises, flamandes, et un abrégé en latin par Goignet. Les réimpressions se faisaient avec des

(*) Clirôtien Sgrooten, géographe de Philippe II depuis 1557» avait fait la carte du pays de Gueldre et deZutphen, sur laquelle fut publiée celle d'Ortélius. (Pinchart» Archives des arts, etc. Gand, 1860, t. I, p. 32, 33, 138 et 139.)

ABRAHAM ORTÉLIUS. S^l

changements qui en rendent les différentes éditions très intéressantes pour connaître l'état et les progrès de la géographie au XVI' siècle. L'auteur envoya à Philippe II un exemplaire du Theatrum, qu'il avait pris le soin de colorier lui-même; il en donna au duc d'Àlbe un exemplaire semblable, et le secrétaire d'État, Gabriel de Çayas, chargé à Madrid des affaires des Pays-Bas, en reçut un troisième exemplaire, colorié par la sœur d'Ortélius. Philippe II ordonna qu'une gratification de 300 florins fût payée au géographe, et le grand commandeur de Castille, don Louis de Requesens, gouverneur général des Pays-Bas, lui remit, au nom du roi, une médaille en or de la valeur de cette somme. Philippe, voulant en outre reconnaître l'hommage qu'il lui avait fait du Theatrum, le nomma son géographe en titre (20 mai 1573) C).

A cette époque, la censure s'exerçait sur les cartes géographiques comme sur les livres. Ortélius s'était procuré, en Allemagne, différentes cartes dont il se proposait d'augmenter son atlas ; il s'adressa au conseil privé pour obtenir l'autorisation de les faire imprimer. Parmi ces cartes se trouvaient celles du Hainaut et du Luxembourg. Le duc d'Albe, informé de la demande d'Ortélius, défendit au conseil privé d'y répondre d'une manière affirmative et lui ordonna de faire remettre au gouvernement les planches des deux cartes et les exemplaires qui en avaient été tirés (*).

En 1575, Ortélius entreprit, avec son ami Jean Vivien, de Valenciennes, un des plus savants archéologues de son temps, un voyage scientifique en Belgique et dans la partie de l'Allemagne voisine de la Belgique, voyage dont la relation, très élégante, renferme des notions qui sont encore aujourd'hui du plus haut intérêt pour l'histoire littéraire cokitemporaine. Parmi les savants dont ils parlent avec éloge

(<) Gachard, BuUetins de V Académie de Bruxelles, t. VI, !'• s«% p. 524 et 525 ; t. XVIII, £• s^ 2, p. 335 et 336.

(«; Gachabd, L c, t. XVIII, p. 336.

figure Arnold de Wachlendonck, chanoine de Saint-Barthélémy et doyen de Saint-Martin à Liège, qui avait acquis de vastes connaissances dans les antiquités et s'occupait spécialement de ce qui concernait la numismatique et l'histoire (^).

De retour à Anvers, Ortélius reprit ses études favorites. Il semble avoir pris quelque part aux luttes qui, dans ce tempslà, déchiraient le pays, puisqu'il accompagna à Londres son cousin Emmanuel Van Meteren, si connu par son attachement au protestantisme et par son histoire des troubles des Pays-Bas. Van Meteren voulut bien servir de guide à son parent dans les excursions qu'ils firent ensemble en Angleterre et en Irlande (1575).

Celui des ouvrages d'Ortélius qui, au jugement des savants, doit surtout consacrer sa renommée scientifique, est son grand dictionnaire de géographie, qu'il publia d'abord sous le titre de Synonymie géographique; puis, avec des additions considérables, sous celui de Trésor géographique. « Ce livre est un vrai trésor », disait Juste-Lipse, en remerciant l'auteur de l'exemplaire qu'il lui avait envoyé.

L'Italien Zacharie Lilio avait le premier donné, à Florence, en 1495, l'esquisse d'un dictionnaire, ou pour mieux dire une simple liste alphabétique de quelques noms de lieux. « Depuis Lilio, dit de Macedo, personne n'avait traité cette matière, lorsque Ortélius se proposa de donner un dictionnaire de géographie ancienne. Il y réussit... »

En 1578, Ortélius se concerta avec son concitoyen Georges Iloefnagel, miniaturiste, peintre de genre, paysagiste et archéologue, pour entreprendre avec lui un voyage en Italie. A Augsbourg, les Fugger les accueillirent avec beaucoup de bienveillance dans leur splendide maison et les engagèrent à se rendre à Munich pour visiter le cabinet du duc de Bavière. En Italie, et principalement à Rome,Naples,Venise, Hoefnagel s'occupa de son art et saisit l'occasion de faire

(<) PoLAiN, Reçue belge, 1. 1, p. 31 et 32

ABRAHAM ORTÉLIUS. 213

valoir ses talents f). Ortélius s'arrêtait de préférence partout où il trouvait des inscriptions, pour reconnaître les anciens noms de chaque lieu et pour fixer les rapports de Fancienne géographie avec la moderne, sans négliger de faire provision de médailles, de vases antiques, de statues et de tout ce qu'il pouvait se procurer en ce genre. C'est de son musée que furent tirées toutes les figures qui composent le joli recueil intitulé : Têtes des dieux et des déesses, d'après d*andeiines médailles, par François Sweert f).

Un nouvel atlas pour la géographie ancienne, qu'il publia d'abord sous le titre de Parerganj h la suite de son Théâtre du monde (1595), puis séparément pour l'usage de son Trésor de géographie ancienne^lsi fameuse carte dePeutînger et une carte de géographie sacrée complètent le cycle géographique qu'Ortélius eut le courage de parcourir tout entier.

On sait que ce fut le fameux archéologue Conrad Peutinger, d'Augsbourg, qui fit connaître et nomma de son nom une ancienne carte romaine, composée vers l'an 230, sous l'empereur Alexandre-Sévère f), et sur laquelle étaient tracées les grandes voies de l'empire, avec la distance respective des villes, stations, relais et généralement de tous les établissements publics de quelque importance. Cette carte, transmise à la postérité par deux copies, passait pour un des plus précieux documents de la riche collection que Peutinger légua à ses compatriotes. Il l'avait acquise de Conrad Celtes, qui l'avait découverte chez les bénédictins de Tegernsée. Mais au grand regret des érudits, elle ne s'était point retrouvée à sa mort (1547).

(*) Voir rintéressante biographie de Hoefnagel par M. Ed. Fétis, dans les Artistes belles à Vétranger, Hruz., 1857.

(•) Deorum Learumque capita, ex antiquis numism . , a Sweertio . Antv.", 1 602, in4® .

p) C est une carte de poste et de voyage empruntée à une mappemonde commencée par Agrippa, achevée par Auguste et suspendue aux parois du portique construit par ce même Agrippa. (Wietersheim, Geschtchte der Yôlhervoanderung, Leipz., 1859-64, t. II, p. 365. — Schates, La Belgique et les Pays-Bas, etc. Brus., 1858, t. II, p. 245-249.)

Son digne parent, Marc Welser, après s*en être procuré des fragments, qu'il publia à Venise (1591), retrouva la carte qui avait appartenu à Peutinger. Son premier soin fut d'en faire faire une bonne copie pour la livrer à l'impression. Il aurait aisément trouvé dans sa ville natale, et il pouvait choisir dans toute l'Europe, les savants les plus illustres, qui se seraient mis à sa disposfition. Lui-même était très en état de se constituer l'éditeur du document. Il préféra en confier la publication au Belge Plantin et faire don à Ortélius de cette copie. Ce dernier, malgré son grand âge, ne recula point devant cette tâche, et la fameuse carte de Peutinger sortit bientôt des presses de Plantin, dirigées alors par son gendre, Moretus. Elle parut l'année même de la mort de notre illustre géographe (1598).

Le graveur des cartes d'Ortélius fut François Hogenberg, de Malines (^),qui,en 1560, travaillait avec son frère Rémi en Angleterre, pour les libraires de ce pays. Il finit par s'établir à Cologne, où il mourut, en 1590, dans la religion protestante (*).

L'ami d'Ortélius, Philippe Galle, avait gravé le portrait du géographe en tête des belles éditions de l'atlas, ainsi que les figures des dieux et des déesses d'après d'anciennes médailles, recueillies par Ortélius. Cet artiste, né àHaarlemenl537,mais établi dans Anvers, se rendit célèbre par la multiplicité de ses travaux et par la vaste étendue de ses connaissances. Sa triple qualité de dessinateur, de graveur et d'écrivain, jointe à celle de riche marchand d'estampes, le mit en relations suivies non seulement avec les artistes les plus illustres de la Belgique, mais encore avec les hommes de lettres les plus distingués de ce pays. Il suivit les conseils d'Ortélius et fit une carte fort étendue, qui rappelait avec exactitude les dix-sept provincesdes Pays-Bas, avec une légende explicative, renfermant, sous la forme d'éphémérides relatives à chaque

(*) I] était fils de Jean Hogenbergi de Munich, né en 1500 et fixé depuis à Malines. (•) Van dkr Aa, t. VIII, 2, p. 927 et 928.

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