T. U. IS
2Î6 l'anatomie et la botanique.
de Ruremonde, qui attestaient son attachement sincère à la foi catholique.
Dans la seconde moitié du ly^ siècle, florissait à Liège un astrologue que l'on peut considérer comme le devancier de Michel Nostradamus et de Mathieu Laensberg. Il était né à Looz-le-Château ou Borchloon (Limbourg) et s'appelait Jean De Laet. Ses pronostications, imprimées en latin à Paris, en flamand à Audenarde, appartiennent aux raretés bibliographiques. Celles pour 1477, 1478 et 1481 sont dédiées à Très-Révérend Père en Dieu Monseigneur de Bourbon, par la grâce de Dieu et du Saint-Siège, évêque de Liè^e. Toutes ont dû jouir de quelque vogue, car l'auteur ne se mêlait pas seulement d'astrologie, mais encore de prédictions politiques.
En 1480, il avait écrit que l'on eût à se tenir en garde contre trois maux à venir : la guerre, la peste et la famine, sans préciser ni l'époque, ni le pays où ces maux devaient éclater. Mais, en 1482, sa prédiction, qu'il venait de renouveler, devînt une douloureuse vérité pour les Liégeois (M. 11 avait pour rival un autre Belge célèbre en astrologie (*) et en chiromancie, Jean Taisnier, d'Ath f), mathématicien, poète et chapelain de la cour de Charles-Quint.
Les astrologues s'étaient emparés de bonne heure du privilège de dresser les almanachs, dont ils accompagnaient les indications utiles destinées au peuple de prédictions et d'avis absurdes, qui ne furent que trop bien accueillis par la multitude et qui servirent à enraciner des préjugés dont la population des campagnes n'est pas encore bien guérie. On a remarqué que les premiers spéculateurs sur le débit des almanachs
f*) ToRFS, Fastes des calanutés publiques survenues dans les Pays-Bas. Tournai, 1859^, t. l, p. 40. 41, 270 et 271. j
(*) Astroloffiœjudiciariœ eitolilis dtvinatricis artis encomia, etc.,ai(tore Joanne Taisnier ffanno7iio. Coloni», 1559. — Ejusdem : De spherce maiei'ialis fabrica et Ksu, Ibid , 1558.
(»j Né en 1509. ,|
l'astuologie et les albloàchs. 227
étaient tous des médecins : la médecine avait été si longtemps subordonnée à l'astrologie! Aussi, point de livres plus populaires que les almanachs, au xvi® siècle, époque où l'astrologie jouait un si grand rôle.
Les deux plus anciens imprimés en Belgique sont des années 1490 et lAQi. D'après de curieux renseignements, le domestique de maître Jean Spierinck, professeur de médecine à l'université de Louvain et, selon toute probabilité, auteur de l'almanach de 1492, apporta, à la nouvelle année, cette publication à l'abbé de Parc et en reçut un pourboire de quatre sous. Ces almanachs étaient sans doute sortis des presses de Jean de Westphalie, le seul imprimeur alors connu à Louvain. L'un d'eux avait été précédé, en 1491, d'un autre, imprimé à Anvers par Gérard Leeu. Le typographe Guillaume Vorsterman, qui travaillait dans la même ville entre les années 1500 et 1544, édita un livre ascétique sur la Passion de Notre Seigneur^ qui renferme un calendrier perpétuel assez bien fait. En 1540, y parut la Prognostication de Louvain^ et en 1555 (chez Liesvelt), la Grande et perpétuelle Prognostication des laboureurs^ etc. (^).
On lisait beaucoup les Epliémérides perpétuelles de Pair, «par lesquelles onpouvoit avoir vraie et assurée cognoissance de touts changements de temps, en quelque pàïs et temps qu'on fust, en Anvers, chez Christofle Plantin, près de la Bourse neuve, MDLVI ».
Ce petit livi'e, dont l'auteur est Antoine Mizauld, médecin et astrologue f), renferme une ode aux muses et poètes d'Anvers, qui est peut-être de Plantin lui-même. C'est une sorte d'invitation qui leur est faite de confier leurs œuvres aux presses nouvellement établies dans la grande et riche cité f).
(^) Wabzéb, Recherches bibliographiques sur les al^nanacTis belges, p. 1G4-167. — n y avait des almanachs flamands rimes. Voir manuscrits do la Bibliothèque de Bourg., n*>- 837-845, fol. 162, v°, ete.
('] Né à Montluçon en 1520, mort en 1578.
(>) RuBLKNS et De Bagker, Annales plantiniennes, Brux., 1865, p. 10-12.
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Le poète Molinet s'est également exercé dans ce genre, nous lui devons un
Calendrier mis par petis vers, Selon le temps dur et divers...
Toutes les pronostications étaient loin d'être anodines. Le 16 février 1547, il en parut deux, par maître Ambroise Magretus, médecin chez Albert Pafraet (% à Deventer. Le premier feuillet portait « une figure inouïe et scandaleuse contre le pape et Tétat ecclésiastique », et Talmanach même renfermait divers points également « scandaleux ou séditieux ». L'auteur se déclarait fauteur de sectes réprouvées, tendant à soulever le peuple contre ses supérieurs laïcs et ecclésiastiques, « promettant richesse et bonheur aux pauvres et prédisant tous les maux aux sommités sociales f) ».
Les éditions diamant ne datent pas d'aujourd'hui. Un calendrier accompagné de quelques autres opuscules par Plantin rentre dans cette classe des livres microscopiques. La hauteur des pages est de 53 millimètres, et leur largeur, de 23 (^.
Les almanachs imprimés en France étaient lus avec avidité par la foule à côté de ceux qui paraissaient en Belgique. C'était principalement le Compost ou Kalendrier des Bergiers qui faisait les délices du peuple: il donnait des renseignements sur tout, il indiquait jusqu'aux signes auxquels on reconnaissait le caractère ou le tempérament des individus* Des pièces en vers faisaient suite à cette physiologie. Une de ces pièces avait pour titre : Secrets admirables sur les maladies qui peuvent arriver au sexe féminin, qui procèdent de l'acte de Vénus. Puis on avait les Admirables Secrets du grand Albert, contenant plusieurs traités sur la conception des femmes. C'était le plus absurde et le plus dangereux des livres de ce genre {*).
(') Ce nom s*écrit encore Paffraed et Paffroed.
(*) Archives du royaume, papiers d'Etat et de l'audience, liasses 33 et 34.
(3) Kalendarium Ev>angelia. Psalmi pce^iit. Psal. quihahitœ. Oraiiones varice. Aiitverpîœ, exe, C, PlmUinus, MDLXX. — Diî Rbiffenberg, Annuaire de i^x Bibliothèque royale de Belgique, 1840, p. 211 et 212.
('*) Ch. Nisard, Histoire des livres populaires, Paris, 1854, 1. 1, p. 83 et suiv.
LES ALMAINACHS. 229
Je ne sais si, en Belgique comme en Allemagne, on faisait lire, avant l'invention de l'imprimerie, Falmanach dans les écoles ; pour cela, on l'avait réduit à une série de vers barbares, qu'on faisait apprendre par cœur. Les premiers mois du premier vers : Cisio Janus, finirent par devenir synonymes du mot almanach. Après cela, venaient les Diableries^ avec une nomenclature de toutes les espèces de diables, de leurs fonctions, de leur puissance et de leurs métamorphoses; enfin, des talismans de tout genre (^).
Quand les premiers réformateurs portèrent leurs vues sur l'amélioration de l'instruction populaire, ils pensèrent aussi à la réforme du Cisio Janus^ et Mélanchton en composa un plus raisonnable. Mais le Ci^io Jamis barbare, à force d'habitude, se maintint longtemps dans les écoles f).
Cependant, les sciences exactes, auxquelles il est temps de revenir, avaient atteint en Belgique un haut degré de développement et de perfection, qu'elles perdirent du jour où Philippe II fit peser sur le pays son joug de fer.
On vît alors une famille, originaire d'Anvers, illustrée par la série de géomètres de premier ordre qu'elle a fournis, aller s'établir dans une contrée plus libre. Jacques Bernouilli, qui mourut en 1583, fatigué sans doute d'un gouvernement dont il avait éprouvé les rigueurs sous le duc d'Albe, quitta sa ville natale et se retira à Francfort-sur-le- Mein. Plus tard, sa famille se fixa à Baie, où elle parvint aux premières dignités de la république et où naquit Jacques Bernouilli, le premier qui ait acquis un nom célèbre dans les sciences f).
La chirurgie, la médecine et la botanique furent illustrées dans ce siècle par deux noms immortels, Vésale et Dodonée.
{*) Pour les échantillons de talismans, voii* le livre de M. Ch. Nisard sur les calendriers avant Tinvention de Timprimerie ; voir aussi la Revue conteinporaine, t. XXXV, p. 406-412.
O Depping, Nouveau dictiomiaire de la coivei'sation , t. I, p. 467.
p) QuKTELET, Histoire des sciences mathématiques et physiques chez les Belges, Bnix., 1864, p. 106.
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Vésale ne put échapper à Tinflexible loi qui domine la destinée des grands novateurs. Son existence fut une alternative d'efforts, de luttes et de souffrances. Si, pendant quelque temps, la faveur d*un grand monarque semble le dédommager de ses travaux, la nécessité de combattre tous les jours pour défendre ses découvertes contre des détracteurs acharnés, l'impossibilité de les continuer dans une position qui le mettait en dehors du mouvement scientifique, les injustices, les calomnies, les sourdes persécutions auxquelles il fut en butte, vinrent trop souvent mêler d'amertume cette gloire qu'il avait la conscience de mériter, et enfin, une mort misérable sur la terre étrangère termina cette vie consacrée tout entière à la science (').
Avant le xvi"* siècle, la médecine s'en tenait à la routine, écartant tout genre de recherche. Ce que Galien avait écrit était reçu comme un oracle. On jurait sur la parole du maître. C'est alors que le jeune et courageux savant examine l'homme de plus près, soulève le voile de la science, y découvre de nombreuses imperfections et lui applique une méthode qui sera infaillible, puisqu'elle repose sur l'observation desfaitsC).
L'ardent novateur persista dans son œuvre. D'abord seul contre tous, il soutint la lutte, dédaignant la routine et l'envie, entraînant avec lui, dans les amphithéâtres, ceux qui voulaient s'éclairer et là leur faisant toucher du doigt la vérité méconnue. Il ne s'arrêta qu'il n'eût détruit complètement les erreurs de quatorze siècles f).
André Vésale naquit à Bruxelles le 31 décembre 1514. Il appartenait à une famille où l'enseignement et la pratique de l'art de guérir étaient héréditaires (^ Son père, qui portait
(* ) Dr Mersseman, dans YAlbwn biographique des Belges célèh*e$. Bnix. , 1 843-48 , t. I, p. 31 et 32.
(•) Brokckx, Histoire (U la médecine belge, Gand, 1837, p. 128. — Dk Mersse- MAN, p. 35.
(^) Dk Mkrsskman, p. 35 et 36.
(*) Cette famille était originaire de Wesel, dans le duché de Clèves, d'où eHe prit le nom de ^Yesele ou de Wessale, quoique son nom véritable fût Wittings.
AISDRÉ VÉSALE. 231
également le nom d'André, était pharmacien de l'archiduchesse Marguerite, tante de Chailes-Quint et gouvernante des Pays-Bas. Son grand-père, Evrard, était un mathématicien habile, auteur de plusieurs ouvrages sur la médecine, qu'il pratiquait, et son bisaïeul, Jean de Wesele, avait été médecin de l'empereur Maximilien et recteur de l'université de Louvain {^),
André fut envoyé très jeune à Louvain faire ses humanités. On ne peut mettre en doute les progrès qu'il y fit, jusqu'à l'âge de seize ans; car, outre le latin, qu'il écrivait avec une grande pureté, et le grec, qu'il possédait assez pour avoir été chargé plus tard par l'imprimeur vénitien Junta, de corriger les épreuyes du texte de Galien, il connaissait encore la langue arabe. Il ne s'appliqua pas avec moins d'ardeur aux études physiques et mathématiques; on le vit rechercher le commerce de ceux qui les cultivaient, et se lier d'une étroite amitié avec son condisciple Gemma Frison. Il se rendit ensuite à Montpellier et à Paris, où il se livra à la chirurgie et à l'anatomie (*), dont il est à bon droit regardé comme le créateur.
Chez les anciens, le contact ou même le seul aspect d'un cadavre imprimait une souillure que de nombreuses ablutions et d'autres pratiques expiatoires pouvaient à peine effacer. Dans le moyen âge, la dissection d'une créature faite à l'image de Dieu passait pour une impiété. Mundanus, il est vrai, professeur de médecine à Bologne, avait offert, de 1513 à 1518, le spectacle nouveau de trois cadavres humains publiquement disséqués. Mais le scandale fut tel qu'il ne se répéta plus, et Mundanus lui-même, effrayé par l'édit récent du pape Boniface YII, ne tira point de ces dissections tout l'avantage qu'elles semblaient lui promettre. Cependant, les découvertes de la poudre à canon, de l'imprimerie et du
(*) Reçue najti<n\ale de Belgique, t. VI, p. 274, et Burggraeve, Études skv André Vésale, Gand, 1841, p. 16.
{*) BuRGGRAVE dans Les Bdg^ illustres. Brux., 1844-45, t. IIÏ, p. 44-46.