L ANATOMIE ET LA BOTANIQUE
Nouveau-Monde, faites en moins d'un siècle, venaient de donner un nouvel élan à la science ; les chefs de TËglise permirent, allèrent même jusqu'à favoriser l'étude de l'ana* tomie, au moins dans ce qu'elle a d'indispensable pour les peintres et les sculpteurs. Mais cette étude, suffisante aux beaux-arts, était d'un faible avantage pour la science.
C'est alors que Vésale se prit d'une telle passion pour l'ana^ tomie, qu'on le vit, à Paris, disputer leur proie aux corbeaux, et disséquer le corps des suppliciés. Toujours au cimetière des Innocents, ou à Montfaucon, au milieu des cadavres, il surpassa bientôt son maître, Gonthier d'Andernach, dont il commenta et publia les Institutions ^ en 1539 f).
La guerre ayant éclaté entre Charles-Quint et François P% Yésale retourna à Louvain,où il obtint la permission de faire publiquement des démonstrations anatomiques. C'était alors un spectacle nouveau pour l'université, car l'enseignement de l'anatomie y était purement nominal. Son séjour à Louvain ne fut pas perdu pour ses études ; il se loue de l'appiii qu'il y trouva, surtout auprès des jeunes professeurs de la faculté, qui, dit-il, comprenaient mieux les avantages de l'anatomie que les lieux communs de la scolastique.
Il parvint également à s'y procurer un squelette complet, préparation bien rare à cette époque et dont la possession lui fut d'un si grand secours pour ses études et ses leçons (^.
Les voyages continuels qu'il avait entrepris dans l'intérêt des troupes de Charles-Quint lui avaient procuré l'avantage de se faire connaître en Italie. A peine âgé de vingt-trois ans, il était déjà apprécié dans toutes les grandes villes, où il avait soutenu des thèses ou donné des démonstrations publiques. Paris, Louvain, Padoue, Venise, Bologne, Pise, avaient été, tour à tour, témoins de ses succès. Le sénat de Venise lui avait fait, en 1537, les offres les plus brillantes pour l'enga-
(•) RiCHEKAND, dans la Biographie universelle de Michaud, reproduit par Del- VENNE, l. c, t. II, p. 533 et 534.
(*) Re^ue citée, p, 276, et Burggraeve, Études sur Vésale, p. 22,
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ger à accepter la chaire d'anatomie et de chirurgie vacante h l'université de Padoue. Il s'y était rendu immédiatement. Ce fut dans cette ville qu'il composa son bel ouvrage sur l'anatomie du corps humain, qui parut en 1545, à Baie. Persuadé qu'en anatomie, il faut avant tout parler aux yeux, il compléta son livre par de magnifiques planches sur bois. Uja haut intérêt artistique s'y attache, s'il est vrai que le dessin en soit dû au Titien et le burin à Jean Kalkar, habile graveur flamand résidant alors à Venise Q.
Vésale, à peine âgé de 28 ans, avait découvert un nouveau monde. Jusqu'alors, on s'était contenté d'anatomiser les singes, les porcs et d'autres animaux. Pour la première fois, les organes de l'homme se trouvaient décrits. Aussi l'admiration fut universelle.
C'est alors que Charles-Quint, averti par la renommée, éleva Vésale au poste de son premier médecin et l'appela auprès de lui. Le savant quitta l'Italie et traversa Baie, dont il gratifia l'école de médecine d'un squelette, don alors précieux et conservé depuis avec une vénération religieuse.
L'écorce de kina venait d'être découverte ; Vésale fut le premier qui lui reconnut des qualités nombreuses. IP exposa les vertus du nouveau remède dans une lettre publiée à Ratisbonne, en 1546, où il consacre cependant moins de place à ses observations sur l'écorce de kina qu'à la défense de son anatomie contre ses adversaires.
Vésale avait rencontré, eii Italie, un puissant et noble adversaire : Eustachi, professeur d'anatomie à Rome; c'était un dévoué partisan de Galien,et il s'était constitué son défenseur contre les doctrines de notre compatriote, qu'il combattait avec des raisons scientifiques. Vésale comprit qu'il lui fallait obtenir raison d'Eustachi. Il se rendit donc de nou<* veau en Italie*
(*) RiCHERAND, dans la Biographie universelle citée, p. 534. — Goethals, Lee» tares relatives à Vkistoire des sciences, des arts, etc., eti Belgique, t. II, p. 117-119. — BuRGGRAEVE, Eloge de Vésale, Brux., 1845, p. 3.
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Arrivé à Venise, il fit annoacer pabliquement qu'il se proposait de donner, à des jours déterminés, dans Padoue, Bologne, Pise, des conférences auxquelles il conviait ses adversaires. Les savants accoururent de toutes les parties de l'Europe pour assister à ces solennelles discussions, d'où Vésale sortit triomphant. Tels étaient ses succès, que les jeunes médecins abandonnaient leur clientèle pour le suivre; que les vieux professeurs descendaient de leur chaire pour l'entendre et que les amphithéâtres dePadoue,deBologneetde Pise ne pouvaient contenir la foule de ses auditeurs. Mais le bonheur de Vésale ne dura guère. Un professeur d'anatomie de Paris, Jacques Sylvius, dont les cours étaient déserts, avait été jusque-là pour lui un adversaire déjà peu loyal. Voyant ses cours désertés, il se fit son persécuteur. D'abord, il entraîna dans son parti Corneille Van Baersdorp, qui était aussi médecin de Charles-Quint et qui conjura ouvertement l'empereur de ne pas permettre que la majesté de son nom couvrît plus longtemps les odieuses discussions et les scandales auxquels présidait Vésale. L'autorité de Sylvius, l'ascendant de Van Baersdorp, l'influence de quelques courtisans, et peut-être aussi le désir de mettre un terme à des controverses qui avaient le cadavre humain pour objet, décidèrent Charles-Quint à rappeler Vésale auprès de lui et à l'éloigner d'un théâtre où il défendait si courageusement les intérêts de la science.
Les ordres de ce prince étaient précis, sévères même, à ce qu'il paraît, car ils faisaient pressentir au novateur que ses opinions seraient soumises à un examen rigoureux. Vésale en fut atterré et indigné tout à la fois; il jeta au feu tous ses manuscrits. En un instant, la flamme dévora le fruit de vingt années de travail. Son exemplaire de Galien, qui était couvert de ses précieuses observations, ses commentaires sur Rhazès, son important ouvrage sur la matière médicale, une foule de consultations, tout fut consumé avant que ses amis et ses admirateurs eussent eu le temps de s'opposer à cet