‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 3)Chapitre 53 sur 70 · L*A!^'ATOMIE ET LA BOTANIQUE · texte numérisé non relu

L*A!^'ATOMIE ET LA BOTANIQUE

un instant. La situation de la Belgique paraissait tellement alarmante au savant, qu'il désespérait de son présent et de son avenir. En 1571, il s'embarqua à Calais pour l'Angleterre. Deux ans après son retour sur le continent, Maximilien II l'appela à Vienne, lui confia la direction de ses jardins et l'admit au nombre de ses familiers. En 1595, les curateurs de l'université de Leyde le nommèrent à la chaire de botanique^ qu'il remplit jusqu'à sa mort (4 avril 1609) 0-

C'est à la cour de Rodolphe II, successeur de Maximilien, que de l'Escluse avait reçu de Busbecq, ancien ambassadeur de Ferdinand P' à la cour ottomane^ les premières tulipes, qu'il expédia sans retard en Belgique. Il nous avait déjà donné : la scorsonère et le haricot d'Espagne; le citronnier, inconnu avant lui dans notre pays ; le jasmin d'Arabie, le lis martagon, les anémones, les renoncules; beaucoup de lis et de plantes à bulbes; le platane, que nous avions perdu, quoique importé chez les Morins du temps de Pline; le laurier-cerise, le marronnier, que Christophe de Wex avait rapporté d'Orient, en 1587. Mais de toutes ces introductions, la plus utile faite vers cette époque est celle d'une plante du Pérou. C'était un tubercule précieux, dont de l'Escluse fut appelé à faire connaître le premier la figure, les caractères et la culture, et qui bientôt se multiplia pour nourrir pauvre et riche, et réduire les fréquentes famines. Il avait reçu, en efiet, en 1580, de Philippe de Sîvry, seigneur de Walhain et gouverneur de Mons, deux pommes de terre, avec leurs fruits. Ce fut de ces deux plantes que sortirent celles qu'il réexpédia de Vienne à ses amis de Belgique, de Francfort et de Padoue. Ce seul bienfait suffirait à immortaliser un homme f).

Il est vrai que plus d'un siècle devait s'écouler avant que la pomme de terre fût cultivée en grand chez nous. Un préjugé vulgaire la faisait regarder comme un poison. Ce ne fut

(>) Haag, p. 27.

(*) Ch. Morren, Les Belges illustres, t. III, p. 69 et 70.

DE LOBEL, CÂSABONA. ibl

que vers 171 5, pendant la guerre des alliés contre Louis XIV^ que nos compatriotes, voyant des soldats anglais en manger, comprirent qu'elle n*avait rien de nuisible et commencèrent à Tutiliser.

De Lobel était né à Lille, en 1538. Établi successivement à Anvers et à Delft, il devint médecin du prince d'Orange, Guillaume le Taciturne. Plus tard, il passa en Angleterre, où Jacques V' l'attacha à sa maison en qualité de botaniste. Il mourut à Highgate, près de Londres, le 3 mars 1616.

Il fut l'émule de Dodonée et de de l'Escluse et, grâce à lui, la science de la nature salue, au xvi* siècle, en Belgique, un véritable triumvirat du progrès. Leurs descriptions et leurs dessins éclairaient et sollicitaient la science (% et ces trois hommes préparaient la voie à Linnée, à Buffon, à Cuvier, qui leur ont rendu pleine justice. A considérer surtout l'importance des introductions de plantes, l'effet des découvertes sur l'état de la société et les résultats obtenus, on ne peut, dit Morren, refuser de donner la palme à de l'Escluse. Dodonée et de Lobel étaient médecins et botanistes; de l'Escluse a fait autant pour la zoologie que pour la botanique. Cuvier n'hésite pas à le nommer le plus savant homme de son temps. Linnée, Haller, Sprengel ont ratifié sa prééminence : c'est le plus grand naturaliste que le sol belge ait produit f).

Après ces grands noms, peut-on citer Joseph Casabona, né en Flandre vers le commencement du xvi' siècle, mort à Florence en 1593? Casabona, appelé aussi quelquefois Benincasa, eut le titre de botaniste du grand-duc de Toscane, François de Médicis, et fut garde du jardin botanique de Florence. II avait fait un voyage en Crète, où il avait recueilli beaucoup de plantes. Il se proposait de publier ses observations, mais la mort l'en empêcha. On lui devait la connaissance d'une belle espèce du genre des chardons. Pour la désigner brièvement, quelques auteurs lui donnèrent pour

(«) Haag, p. 104.

(') Ch. Morren, Les Belges illustres, p. 66 et 67.

352 l'anatomie et la botanique.

épilhète le nom du botaniste. Linnée Ta adopté pour nom spécifique, et la plante est universellement appelée aujourd'hui Carduus Casabonœ (^).

En invoquant des créateurs comme Dodonée, de Lobel et de TEscluse, nous ne devons pas oublier leur précurseur : Remacle Fusch, de Limbourg {*). Ses travaux ont eu peu de retentissement; et leur importance est surtout dans leur ancienneté; mais rien ne justifie Foubli dans lequel sa mémoire était laissée f).

Rappelons aussi deux autres de leurs prédécesseurs, Isaac et Jean Hollander, nés à Stolkwyk, en Hollande, mais originaires de la Flandre. Vivant au xv* siècle, ils avaient fait de si grandes découvertes en chimie et en botanique, qu'au XVI' siècle, Paracelse, et au xvii*, Bayle furent accusés de plagiat à leur égard (*).

(^) Biographie universelle, article Casabo^ta.

(*) Né dans les premières années du xvi« siècle ; mort à Liège comme médecinchanoine, le 21 décembre 1587.

(') Il a été vengé de cet oubli par MM. Ch. et Ed. Mokren, dans les BuUetins de V Académie de Bruxelles, t. XVI, 2« série, p. 645-671.

(*) Van der Aa, t. IX, p. 33 et 34.

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