UUYSBUOECK ET LE MYSTICISME
chronique sc;ui(hilciise pour qu'il nous soit permis de les reproduire (^).
Le haut patronage du pape Honorius 111 ne suffît pas à mettre certains prélats, et notanniient Simon, ahhé du célèbre monastère d'Anchin (1208-l:25i) f), à l'abri des morsures de la satire de Cantimpré.
« J'ai honte, dit-il, de rapporter ce que j'ai vu. Anchin est le plus grand et le plus riche monastère du diocèse d'Arras. L'abbé de ce monastèie, qui n'a jamais su les premiers éléments de la règle ecclésiastique, n'est arrivé à cette distinction qu'en se haussant sur des monceaux d'argent, à ce point qu'il a grevé son église d'une dette de plus de dix mille livres ; chose par trop honteuse et souverainement ridicule f). »
Ces hardiesses n'empêchaient pas Thomas de Cantimpré d'être profondément orthodoxe, crédule même et superstitieux, comme on peut s'en convaincre par plusieurs de ses compositions mystiques , entre autres par sa vie de sainte Lntgarde, dont il n'omet aucune des visions, aucun des ravissements. Il sait même qu'un jour, pour empêcher qu'elle ne reçût un baiser, Jésus-Christ vint interposer sa main. « Par ses jeûnes, par ses prières, elle délivrait les innés du Purgatoire, guérissait les démoniaques, convertissait les pécheurs et affermissait les fidèles contre les plus périlleuses tentations. Douée de l'esprit de prophétie, elle avait nn œil qur voyait les choses absentes ou cachées : les péchés secrets se manifestaient à ses regards; elle était en état de faire la confession générale de tous ceux qui se présentaient devant elle. » Après sa mort, en 1240, elle apparut à ses amis et
(') ScHELTEMA, Gescliiecl- en letterhwidiff mengelwerk p. 164-1G7. (*) A detix lieues de la ville de Douai.
(S) Bonuni imicersale de Apiiius, p. 24 et 25. — Escai.lier, L'Abbaye d'Anchin, p. 144. — RoRMANS, l. c., p. 138, a démontré que le Bonum imiversale n'est que l'application inorale de l'article consacré aux abeilles dans le De naturis rerum, dumèmeauteur, dont les Naturen bloemc de Van Maerlandt ne sont qu'une imitation en vers flamands.
NICOLAS I)K LYIW.
connaissiincos, pour leur anuoncer qu'elle élait en paradis, sans avoir passé par le purgatoire (^).
La tlëmonologie joue un grand rôle dans ce livre de Thomas de Canliinpré : le diable s'y atlaque surtout aux religieuses et les obsède tellement que ni le signe de la croix, ni l'eau bénite, ni le sacrement du corps du CIn ist ne peuvent les en délivrer. Une autre fois, il se permit de dicter une improvisation à un prêtre chargé de faire un sermon dans un synode d'évèques, et par cela même très endjarrassé : « De quoi vous inquiétez-vous, lui dit-il, prêchez-leur ceci : Les princes des enfers et des ténèbres saluent les princes et les prélats de l'Église romaine. Ils vous rendent grâce de ce que non seulement vous êtes prêts à descendre au Tartare, mais de ce qu'encore, par la négligence de vos devoirs, vous y amènerez avec vous vos sujets et la majeure partie du monde. C'est à regret que je vous parle ainsi, mais Dieu le veut. » Le prédicateur répondit au diable : « Hélas! quand même je leur dirais tout cela, ils ne me croiraient pas. » Mais le diable, ayant recours à des moyens sataniques, le força d'obéir f).
C'est à la même école qu'appartenait Nicolas Lyranus, né vers 1500. Dans des expositions courtes et faciles, qui plus tard servirent à Luther, il écrivit contre le service divin en langue latine. En traitant de l'apparition des âmes des morts, il soutint que ces dernières n'ont aucune part en tout ce qui se passe sous le soleil, c'est-à-dire dans les vœux que les vivants font pour eux, et qu'elles n'en retirent aucun avantage. Il expliqua les célèbres paroles de saint Mathieu : Les portes (le Venfer ne prévaudront pas contre l'Église, en ce sens que l'Église consiste en ceux qui ont la vraie science, c'està-dire qui confessent la foi et la vérité, et non pas dans ceux qui ont la puissance et les dignités, ecclésiastiques ou laïques.
(') Daunou, Histoire littéraire de la France, t. XIX, p. 181 et 182. (*) Johannis Wolfii Lecticnium memorabilinm, tomus primus, Livingse, 1600, f. 547. — Boniitn universale, etc., lib. II, cap. 56.
IIL'YSDROECK ET LE MYSTICISME.
Il osa écrire, sur le chapitre X* de l'épître aux Hébreux, que, dans la messe, il n'y a pas réitération de sacrifice, mais seulement commémoration quotidienne du grand et unique sacrifice de la croix. Lyianus comprenait parfaitement les textes de l'Écriture, parce qu'il était très versé dans le grec et l'hébreu.
Toutefois, ce grand théologien, si connu et si influent sur les esprits dans les Pays-Bas, n'était pas de Lierre, comme le croyait Érasme (^), mais de Lyre, bourg du diocèse d'Évreux f). Il mourut le 25 octobre 1540 ou 1549, après avoir été provincial des cordeliers en Bourgogne.
Lyranus a écrit des postilles ou petits commentaires sur toute la Bible f). Ces commentaires sont fort estimés (^). Il reçut le titre de doctor plemis et nlilis, et fut considéré, au xvf siècle, comme le précurseur par excellence de Luther. De là ce proverbe : Si Lyranus non lyrassct, Lutherns non saltnsset f).
A cette époque, la théologie s'occupait tous les jours de moins en moins de l'Écriture sainte. Il est vrai qu'en 1511 le pape Clément V avait établi des écoles destinées à l'enseignement des langues orientales f) ; mais ce pontife n'avait d'autre but que de créer des missionnaires, et non d'utiliser ces langues pour l'interprétation des saintes lettres. Aussi, les connnentaires bibliques de ce temps n'ont-ils pas plus de valeur que ceux des siècles précédents. Lyranus fut, sous ce rapport, une rare et brillante exception, et, par sa connais-
(') Van der Aa, Bior/raphisch Woordenboek. Harlem, 1852, sqq., t. XI, p. 827. (5) Comme le prouvent les vers suivants :
Lyra, brevis vicus, normanna in gente celebris, Prima mihi vitse janua sorsque fuit.
(^) Le manuscrit 447 de la Bibliothèque de Gand renferme Nicolai de Lira Postillœ in evangelia, commentaire sur les évangiles de saint Jean, saint Matthieu, saint Marc, saint Luc.
('') Biographie universelle, art. Lyranus.
f j Van der Aa. Biographlsch Woordenboek, p. 828.
C^j Clementin. Lib. V, tit. I, c. I.