‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 4)Chapitre 27 sur 72 · VIE DE UI YSRIIOECK · texte numérisé non relu

VIE DE UI YSRIIOECK

priiiilë au passé; il n'a ricii (Miiprunlé à la scolasli(|uc. Il a été l'expression libre et audacieuse d'un état des esprits existant alors en Belgique; coninie t(>l, il a exercé une inlluence énorme, et il mérite toute notre attention, quehpie rudes, quehjue singulièi'cs (pie puissent être parfois les formes sous les(|uelles il se manifeste (^).

On sait que l'action de nos facultés intellectuelles se produit de deux manières : tantôt elles restent passives en présence du monde extérieur, se laissant aller à leurs impressions, qui se succèdent et qui passent ; tantôt la volonté les dirige et en obtient des connaissances précises et distinctes. Ici seulement se rencontre l'elFort qui n'existe pas dans la contemplation passive. Cet état contemplatif n'admet d'activité qu'au plus faible degré possible, parce que la volonté n'intervient pas et ne concentre pas ses forces. Or, il dépend de nous de supprimer cette intervention de la volonté et, par conséquent, de borner toute l'activité de l'intelligence au développement contemplatif. C'est là ce qu'ont fait tous les mystiques jusqu'à Ruysbroeck : tous ont proscrit l'effort intellectuel, tous ont prêché la vie contemplative pure et simple. Or, une telle contemplation conduit à l'état d'extase et d'hallucination. Quant à l'activité physique dont Ruysbroeck faisait un devoir à ses disciples et dont il leur donnait l'exemple, ses successeurs la retranchèrent complètement; il y en avait même qui se faisaient un mérite de l'immobilité. Pour eux, tous les liens sociaux étaient rompus, toutes les affections de famille interdites; c'était une perfection mystique de ne plus connaître ni père, ni épouse, ni enfants, ni amis (-).

Jean Van Ruysbroeck est ainsi appelé du lieu de ce nom, situé entre Bruxelles et Halle, où il naquit vers 1293. Dès l'âge de quinze ans, il quitta l'étude des lettres humaines

(') Barthélémy Saint-Hilaire, Mémoires des sciences morales et politiques de V Institut de France, t. Il, p. 212 {Savants étranffcrs).

Ui.LMA>N, 1. c. — Aetaud, Rdpertoii^e cité, t. XVIII, p. 324.

llUYSimOECK ET LE MYSTICISME.

pour se livrer à un genre de médilalioii afiective, mais élevée, dont il avait puisé le goût dans les livres allégoriques de l'Écriture, et plus encore dans les ouvrages attribués à saint Denys l'aréopagite, ouvrages curieux à cause de la fusion du néo-platonisme avec les doctrines du christianisme. Après avoir pris la prêtrise, il remplit, depuis l'âge de vingt-quatre ans, les fonctions de vicaire de l'église Sainte-Gudule, à Bruxelles. Sa piété simple, mais exaltée, donnait à ses écrits un attrait qui manquait aux productions scolastiques du siècle. Elle lui acquit des partisans dévoués. A l'âge de cinquante ans, il embrassa la vie contemplative, en se retirant à Groenendael, près de Bruxelles, avec deux autres prêtres de l'église Sainte-Gudule.

Il était déjà connu par ses attaques contre une hérésie qui avait pour chef une femme, Bloemardinc, que beaucoup de gens qui s'étaient laissé séduire par ses écrits prenaient pour sainte.

Ruysbroeck combattit Bloemardine en distinguant entre la contemplation des mystiques hérétiques de son temps et celle des mystiques orthodoxes. « Les premiers, dit-il, sont des oisifs, sans idées, sans vertus et sans la grâce de Dieu : ils se retirent en eux-mêmes, ne recherchent que la paresse et le repos absolu, ne s'aperçoivent pas qu'ils pèchent à la fois contre le Saint-Esprit, contre le Père et contre le Fils, en deux mots, contre Dieu et l'Église. Tandis que les vrais mystiques, c'est-à-dire ceux qui sont baptisés dans l'esprit du Seigneur et dans le vrai amour, ne négligent aucun effort pour acquéi ir toutes les vertus, les faux mystiques repoussent, fuient la vie active, se plongent, s'abîment dans le néant de la contemplation, nient la distinction qui existe entre le bien et le mal, se croient les égaux de Jésus-Christ et même parfaitement identiques à sa personne. De là naissent l'indolence, l'ignorance et une fusion voluptueuse de l'esprit. Les vrais mystiques, au contraire, acquièrent le véritable repos, le véritable calme, en cherchant Dieu par

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