JEAN WESSEL
losophie, mais non pas la ihcologie, parce qu'il n'y était pas gradué. Mais, à cet égard, les preuves manquent et, ne man- (jueraient-elles pas, toujours serait-il que jamais, comme on l'a dit, il n'a semé dans celte université le germe des doctrines dont l'auteur fut Luther (').
Après une vie scientiti(jue très agitée, Wessel rentra à Zwoll, où il fut reçu avec enthousiasme. Il passa les années qui lui restaient à vivre tantôt chez les chanoines réguliers du Mont-Sainte-Agnès, près de Zwoll, tantôt dans l'abbaye d'Adwaerd, en Frise, tantôt dans un couvent de religieuses à Groningue. Il va sans dire qu'il ne se détacha pas des bonnes et fortes études et qu'il s'efforça, au contraire, de les répandre et de les fortifier f).
Wessel avait un esprit réformateur, une organisation puissante que ne pouvait satisfaire la vie contemplative des mystiques et dont aucune autorité ne pouvait assouplir l'indépendance. Encore enfant, il se moquait des indulgences et il rejetait également les mérites que l'on faisait résulter du jeûne. « La pratique de toutes les vertus chrétiennes, s'écriait-il, voilà la seule, la plus complète, la plus incontestable de toutes les lettres d'indulgence, non de par saint Pierre, mais de par le Saint-Esprit, annoncé par saint Pierre et reçu par l'Église f). » Il consacra une dissertation spéciale à prouver que les indulgences ne sont fondées ni sur l'Écriture, ni sur les Pères antérieurs à Albert et à Thomas, et qu'elles ne reposent que sur l'absurdité et la tromperie {*).
Wessel voulait, en toutes choses, des preuves, et lorsqu'elles manquaient, il refusait de croire. Ce fut lui qui répandit dans la conscience publique les éléments d'opposition jusque-là renfermés dans les sociétés des frères de la vie commune. Il ne reconnut pour tout fondement et pour
(') Friedrich, p. 106 et 107.
ri Id., p. 107. — Ullm.\nn, p. 371.
(3) Wesseli Gansfo7-ti opéra ; Groningue, 16 14, p. 811 et suiv.
(^) Ibid., p. 876-914.
LES FRÈRES DE LA VIE COMMUNE
toute source de religion que l'enseignement naturel et libre de l'Évangile, et ne i)laça la piété que dans la croyance sincère en Dieu et en ses lois. L'Église était, pour lui, une communauté de tous ceux qui veulent le bien et qui sont unis par l'amour sous leur chef Jésus-Christ, et non pas sous le pape ('). D'après lui, la suprême, la dernière décision de l'Église est toujours fournie par l'Évangile, de manière que celui qui entend le mieux l'Écriture, qui l'explique le mieux et avec le plus de foi, celui-là est le véritable philosophe et le véritable théologien chrétien; celui-là est toujours au-dessus du prêtre f).
La place que Wessel assigne au pape est plutôt juridique que religieuse et théologique : il en fait le représentant suprême des lois de l'Eglise, mais dans les choses où l'homme peut être dominé par l'homme, et non dans les rapports de l'homme avec Dieu f).
Wessel représente les rapports des prêtres avec le peuple comme un contrat que l'on peut rompre lorsque les premiers ne s'acquittent pas convenablement de leurs devoirs. Aussi pensait-il que les prêtres, sans distinction de rang, devaient être annuellement élus par le peuple, et pouvaient, suivant les circonstances, être destitués par lui (^).
Wessel était un caractère viril et pur; hardi, intrépide, généreux, passionné pour la vérité, il soutint franchement son opinion partout. Telle fut sa réputation qu'il acquit le surnom de maître des contradictions et de lumière du monde f').
De tous les hommes dont nous nous sommes entretenus jusqu'à Wessel, aucun n'a enseigné des idées réformatrices
(') Hagk\, l. c, p. 117-119.
(■^) Ullma.nn, t. II, p. 556.
De Puryatorio, p. 826 et 827. — De Thcsaura Ecclcsiœ, p. 4-20. — Ullman.x, t. II, p. 531-557.
(i) H.VGEN, p. 120.
(■') Harde.nbkrg, Vita Wesseli, p. 5. — Hagex, L c, — Burigny, Vie d'Erasme; Paris, 1757, t. I, p. 22.