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Mais qu'aurail dit ce diplomalo s'il avait connu cet étal)lisscnicnl avant los olïorts (rK.iasMic poni' rain(''lior('r, aloi's (ju'ou y applaudissait à tout ronipic la latinité Itai baio (') de Mennckon Virulus ou Viruli f), fondateur de la pédai^ogie du Lis et, en lii7 et li05, recteur de l'Université, dont la prose rappelait les vers de maître Anselme, pour l'intelligence descpu^ls il fallait avoii" recours à la Perle des Perles {(lemmn (jemm(iru))i), au (Mlliolieo)i,M\ Ilraeliiloquiu)n,iïu Mammwlraelus) Qu'aurail-il dit avantla création du collège des Trois-Langues, due à Jérôme Busleyden et au philosophe de Rotterdam f)^ Jérôme Busleyden se vit bientôt en possession de dignités ecclésiastiques dont quelques-unes comportaient des bénéfices considérables, Poui'vu de bonne heure d'un canon icat à l'église métroplitaine de Malines, il devint successivement chanoine de Saiiile-Waudru àMons etde Saint-Lambert à Liège, trésorier de Saint-Gudule à Bruxelles, archidiacre de Notre- Dame de Cambrai, prévôt de l'église de Saint-Pierre à Aire. Cette immense fortune, Jérôme la consacra à l'acquisition de collections scientifiques et à l'encouragement des bonnes études. Ce zèle et ce goût littéraire lui survécurent ; car, avant de mourir (27 juin 1517), il avait richement pourvu par un testament à la dotation d'un enseignement des trois langues savantes, latine, grecque, hébraïque, lequel devait être institué à Louvain. Et, en effet, gi-àce aux soins de Gilles Busleyden et d'Érasme, le célèbre collège des Trois-Langues fut établi dans cette ville , en face du Marché aux Poissons {^). Le 18 octobre 1520, les professeurs furent mis en possession du local; mais les cours étaient ouvei'ts depuis le 1"' septembre 1518 dans le couvent des Augustins.
Gilles Busleyden avait pour ami Jean Second, qui a chanté
(') On peut on juger par ses lettres imprimées en 1498. {^} No vers 1413 à Cassel, mort en 1493. (•'; Nèvk, Le collcga des Trois-Lanrjues, etc.
{*) Dans une maison qui avait une issue sui' la place des Augustins et une auti'a dans la rue des Ecriniors.
cette liaison dans une ode et qui était à la fois sculpteur, peintre et poète.
C'est une chose remarquable que l'amour des beaux-arts dans ce siècle était la passion des hommes bien nés. La théologie môme et l'étude des lois ne paraissaient point alors incompatibles avec la culture des lettres, et les plus célèbres jurisconsultes, comme les plus savants théologiens, se délassaient de leurs fastidieuses occupations dans le commerce des muses f).
Quelques biographes ont voulu rapporter à Erasme l'honneur d'avoir érigé le collège des Trois-Langues ; mais le spirituel humaniste n'a que le mérite d'avoir pressé les plus actifs d'entre les membres de l'Université de remplir les volontés de Jérôme Busleyden et d'avoir ainsi puissamment contribué à élever ce temple aux muses f).
Le nouveau collège eut à luttfr contre de nombreuses difficultés : il y eut d'abord des démonstrations hostiles aux professeurs. On ne se contenta pas de les noircir auprès de leurs confrères et de leurs amis; on intimida les jeunes gens qui fréquentaient leurs cours et recherchaient leur société. Des étudiants de la faculté des arts de l'université, excités par leurs maîtres ou par leur mépris naturel pour les belles-lettres, prenaient plaisir a crier partout : Nos non loqnimnr lotinnni de foro piscium , sed loquimur latinum malris nostrœ faculUtlis f), cri de l'ignorance barbare et jalouse. Les flèches des adversaires du collège étaient spécialement dirigées contre Érasme parce que c'était lui qui, par son zèle et son dévouement, avait contribué le plus à. son établissement. C'était contre lui, connue contre les langues savantes, un concert de déclamations et d'invectives, organisé avec un admirable accord par les ennemis de la Kenaissance.
(') 0 toi que mon co^ur préfère ! — A tout ce que j ai d'amis, etc. Traduction libre de LoRAiix, p. 78.
(*) Nkve, Analectes pour servir à l'histoire de Louvain, n" IX, p. 17-18. (5j MoL.\Nus, t. I, p. 588.
ADVERSAIUKS DU COIXMiK l)i:S TUOIS-LAN'r.l KS
Érasme eut locoui s à une de ses lictions les plus Ingénieuses pour signaler les nioliCs de celte guerre : quand il consulta, dit-il, les astrologues à ce sujet, ils lui répondirent (pie tout le mal provenait d(; l'éclipsé de Tannée précédente. Cette éclipse eut lieu sous le signe du Bélier. Or, le Bélier exerce son influence sur le cerveau; ajoutez à cela que Mercure a été perverti par le voisinage de Saturne, et les personnes soumises à Mercure, conune le sont les docteurs de Louvain, se montrent précisément les moins acconmiodantes... La déesse Aclé seinble avoir mis le désordre dans l'Université, c'est une véritable conspiration contre les belles-lettres (^). Ces plaisanteries et les satires où il les représenta plus attachés à la dignité de leur robe qu'à la gloire du Christ, aigrirent profondément ces hommes; ils le poursuivirent avec un inn)itoyable acharnement, n'épargnant ni sa cendre, ni sa mémoire. « Ses écrits les plus innocents furent taxés d'hérésie et, en 1522, la faculté de théologie chargea Jean Heutennius, de Nalinnes, de dresser un état de tous les passages qui lui sendjleraicnt mériter une censure. Heutennius apporta à ce travail tout le zèle d'un inquisiteur et tout le pédantisme d'un théologien. Ce recueil des prétendues turpitudes et obscénités d'Érasme, n'ayant pas été examiné par le concile de Trente, servit de fondement au fameux index expurgatoire du duc d'Albe. Ce fut le même Heutennius qui, chargé de revoir le manuscrit de la dernière édition de l'histoire de Flandre, de Meyer, y supprima entre autres l'éloge d'Érasme, que la postérité y a rétabli. Cet emportement se perpétua dans l'université de Louvain, qui, à la fin du xvni" siècle, approuvait encore les calomnies dont la faculté de théologie avait usé contre le spirituel publiciste (^. »
Quant aux machinations dirigées contre le collège desTrois-
(') Nève, Mémoire cité, p. 61-65.
("-) De Reiffenberg, Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque de Bourgogne, cités par M. Henné, Histoire de Charles-Quint, t. V, p. 35.
Langues, Érasme y opposa la protection dont le pape et les cardinaux couvraient à Rome une institution semblable, ou bien il rapprochait les libéralités de la cour de France pour une foule de savants, de rop[)Osition que même les princes de l'Université ne rougissaient pas de faire à l'enseignement gratuit des langues savantes, à peine établi. Il se plaisait à dire ({ue Léon X et Henri VIII devraient être taxés de démence, si la sagesse et la raison étaient du côté des ennemis fougueux des lettres qui ne reculaient devant aucune énormité; il convenait, toutefois, que le nombre de ceux qui dirigeaient cette conspiration se réduisait à trois ou à quatre coryphées profondément stupides. Ce qui l'indisposait contre le corps même de l'Université, c'était l'autorité despotique à laquelle il senddait prétendre, alors que la célébrité plus grande que celte école devait uniquement aux belles-lettres datait d'un si petit nombre d'années. Les saines études, malgré tout, gagneraient de jour en jour et prévaudraient bientôt en dépit de quelques détracteurs acharnés. Voilà ce que prédit Érasme (^).
Sa vigilance fut extrême toutes les fois qu'il eut à soutenir les vrais intérêts des études et à pourvoir aux besoins du collège de Busleyden. Sans y occuper aucune fonction, il se faisait le défenseur officieux de cette institution, par reconnaissance pour un de ses protecteurs f). Ce qu'on incriminait surtout dans le nouveau collège, c'était l'esprit qui présidait à l'enseignement de la grammaire et surtout l'application qu'on en faisait aux textes de l'Écriture et des Pères. A vrai dire, et quoiqu'il ne s'agît que delà lecture des anciens auteurs faite en concurrence avec celle des écrivains chrétiens, la question des classiques païens, comme on l'a dit de nos jours, comptait fort peu dans tout ce vacarme. Les déclamations publiques, les digressions polémiques faites dans les leçons des facultés, les insinuations et les entretiens privés rou-
(') Nèvk, p. 65-66.
{-} Gilles Busleyden.
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laicnt sur le péril ([iie l'élude des langues anciennes faisait courir à la foi cin'éliennc ou plulùl à la vieille ihéologie et à ses niélliodes surannées, (^en élail assez pour (|ue le collège fùl Kjui[)risdans la pi'oscriplion (|ui devait atteindre toutes les nouvelles écoles de grannnaire et de belles-lettres, et une conjuration permanente menaça pendant une vingtaine d'années l'existence môme d'un établissement que la plupart des autres États de l'Europe enviaient à la Belgique. Peutêtre le petit nombre des bumanistes et des professeurs de langue aurail-il succombé sons la masse des assaillants, si un personnage éminent — le pape Adrien YI — n'avait fait entendi e sa voix en faveur des lettres (').
Ce qui avait porté Jérôme Busleyden a créer le collège des Trois-Langues, c'était le vif éclat que leur culture avait jeté en Italie, en France et ailleurs, et sa conviction intime que bientôt leur étude allait dominer dans les écoles les plus célèbres de l'Europe. Il avait voulu préserver la Belgique d'une regrettable indifférence pour ces mêmes lettres qu'il croyait destinées à servir d'ornement et de bouclier à la société chrétienne tout entière. Le nouvel institut avait répondu parf;iitement à cette attente. Les leçons de grec et de latin étaient fréquentées par un nombre considérable de jeunes gens de toutes les classes de la société. Aux gentilshommes, aux enftmts de la noblesse, on enseignait de préférence les principes de l'art oratoire, puis on les initiait dans les secrets des grands écrivains de l'antiquité. Aux humanistes, aux maîtres ès arts, aux futurs docteurs, on réservait plus spécialement la science philologique, les règles de la critique et les travaux de l'érudition. Aussi vit-on sortir de cette école célèbre des personnages de la haute aristocratie, des hommes d'État et de guerre, des magistrats, des théologiens et des savants dont les mérites sont connus. Le yœu le plus cher d'Érasme était accompli : désormais, on pouvait
(') Nèvi:, p. 66-72.
trouver, dans les rangs de la noblesse et des familles patriciennes, des hommes instruits, des conseillers d'une grande prudence, des ambassadeurs éloquents et habiles. La cour se peupla de grands qui avaient une autre noblesse que celle de leurs armoiries. Le duc d'Arschot, les princes d'Orange et d'Epinoy, les comtes de Lalaing, de Mansfeld et de Bcrlaymont; des magistrats lettrés, tels que Viglius, Hoppers, Peck, furent des élèves du collège buslidien, pendant que les travaux de ses professeurs obtenaient un grand retentissement en Allemagne et surtout en Fi'ance (^). C'est à cet établissement que revient aussi la gloii'e d'avoir servi de modèle au Collège de France, fondé par François L', en 1529, après le traité de Cambrai, conclu entre ce prince et Charles-Quint.
Mais qu'aurait dit Érasme s'il avait pu voir son magnifique collège de Louvain un siècle et demi après sa fondation? Depuis la mort de Juste-Lipse, et si l'on en excepte l'enseignement de son successeur Erycius Puteanus, ce qu'on nomme les belles-lettres, c'est-à-dire ce qui a rapport au goût, à la raison, à la dignité humaine, n'y avait presque plus de partisans instruits et dévoués. Ce fut bien pis à la fin du xvm^ siècle : la littérature grecque et latine n'y était que très faiblement cultivée. Celui qui, dans ce temps, y enseignait la langue d'Homère, avouait lui-même qu'il ne la comprenait pas et que toutes ses connaissances se bornaient aux premiers principes de la grammaire. Il en était de même du professeur d'hébreu. En outre, la grande leçon qui avait pour objet la pureté et l'élégance de la langue latine ne se donnait plus. On y avait substitué l'explication du catéchisme, qu'on avait décorée du titre pompeux de leçon d'éloquence chrétienne f).
(I) Nève, p. 46, 324-345. ■
(^) Du Rkiffenberg, Archives philologiques , t II, p. 123 et 124. — Nkvk, p. 346 et suiv. — Voy deux documents curieux relatifs à la faculté de philosophie, dont l'un concerne la répulsion de cette faculté pour le système de Copernic et dont l'autre se rapporte à sa décadence sous Marie-Thérèse. (Archives de l'université de Louvain, aux archives du royawne.)