‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 5)Chapitre 1 sur 102 · TOUS DROITS RÉSERVÉS · texte numérisé non relu

TOUS DROITS RÉSERVÉS

HARVARD COLLEGE. LlBRAnY

DEFOSITED BY fHE LIPRARY OF THE

GRADUATE SCHOOL OF BUSINESS ADMmiSTRATWM

-^^ P. WEISSENBRUCII, IMP. DU ROI w^

W 45, RUE DU POINÇOM St

Quand M. le professeur Altmeyer (*) mourut, le grand ouvrage sur la révolution du xvi« siècle aux Pays-Bas, auquel il avait travaillé presque toute sa vie, n*avait pas été publié. On en avait pu lire quelques essais dans les revues ou en des brochures; mais le livre, attendu par le public, était-il terminé? on ne savait. On crut môme la perte irréparable. Quelques amis s'informèrent auprès de sa fomille; ils trouvèrent un volumineux manuscrit, sur feuilles volantes, classé d'après les grandes divisions de l'ouvrage, avec une table pour chacune. A première vue, vingt-cinq volumes. Mais, sauf de nombreuses notes, le classement s'arrêtait à l'animée 1563 et allait, pour quelques parties, jusqu'en 1572. Interrompue par une longue maladie de l'auteur, l'œuvre restait inachevée.

Indépendamment de l'état où se trouvait la rédaction môme du livre, un si long travail de recherches, un ensemble de documents si nombreux pouvaient-ils être perdus pour l'histoire? Le gouvernejnent, ayant pris l'avis d'une commission (*), pensa que non, et le manuscrit fut acheté. Il a été déposé à la Bibliothèque royale de Bruxelles.

Cela suffisait aux études historiques. Cela ne pouvait suffire à la mémoire de l'auteur. Ce nouveau devoir appartenait aux collègues et anciens élèves du professeur, et aux amis de l'écrivain. Une commission s'institua pour le remplir. Elle fut définitivement composée, en 1880, de : MM. J. Van Schoor, président; Alphonse Rivier, viceprésident; Ch. Eahlenbeck, secrétaire; A.-C.-A. Dwelshauvers,

(•) Jban- Jacques Alturter, né à Luxembourg, le 20 janvier 1804 ; professeur de rhétorique au collège communal dTpres, 1825; docteur en philosophie (Louvain), 1831; docteur en droit, 1832 ; professeur agrégé d'histoire à l'université de Bruxelles, 25 décembre 1834 ; professeur ordinaire, 1836; membrei permanent du conseil d'administration, 1861 ; recteur, 1863 ; membre du conseil provincial du Brabant, 1864-1874. Décédé à Bruxelles, le 15 septembre 1877.

(<) Composée de MM. Oachard, Th. Juste, Gh. Potvin, Gh. Ruelens et Alph. Wauters.

délégué par la famille Altmeyer; et de MM. Louis Alvin, Paul Frédericq, comte Goblet d'Alviella, Emile de Laveleye, Martin PhiHppson, Ch. Potvin, Rooses, Ch. Ruelens, Ferd. Vanderbaeghen, Léon Vanderkindere, Fr. Van Meenen('), Wagener, et Alphonse Wauters.

La présente publication est le résultat de ses délibérations.

Il ne sera pas inutile de dire quelles résolutions y ont présidé.

L*œuvre de M. Altmeyer est incomplète, il est vrai; mais elle se compose de plusieurs ouvrages dont chacun embrasse un sujet bien délimité et forme un tableau d'ensemble. On pourrait en détacher successivement : La description générale des Pays-Bas au xvi* siècle, — Charles-Quint et la Béforme aux Pays-Bas, — La politique de Philippe II aux Pays-Bas. — On peut en juger par le livre qu'a choisi la commission et dont le titre appartient à l'auteur.

Ce choix fut une des premières résolutions de la commission.

Une autre question était à décider ; la revision du livre. Il ne faut pas une bien longue étude du manuscrit pour se persuader que M. Altmeyer avait donné à son œuvre une rédaction première, mais non la rédaction définitive. Ceux qui l'ont vu à l'œuvre savent qu'il réservait pour les épreuves d'imprimerie une grande partie des corrections et même des remaniements. Ici, la rédaction est visiblement faite à diverses époques, et souvent, dans le même chapitre, à des intervalles éloignés. Les tables aussi ne sont pas rédigées en vue de l'impression, mais plutôt pour faciliter à l'auteur le moyen de se compléter ou de se rectifier, d'après ses découvertes ultérieures ; de nombreuses pages intercalées ou corrigées en témoignent dans tout le manuscrit. De là une seconde série de résolutions de la commission : Eu égard à cet état de la rédaction et aussi au développement considérable de certaines parties du texte, un sous-comité (*) fiit chargé de faire sur le manuscrit le travail qu'on est autorisé à supposer que l'auteur y eût fait lui-même, en le publiant.

Une grande réserve devait y être apportée. Sauf les notes qui donnaient en langues étrangères le texte des citations traduites dans le corps du livre, les retranchements ne devaient porter que sur deux principales ca tégories de passages : les uns, relatifs aux précurseurs de la Réforme étrangers aux Pays-Bas; les autres, comprenant des citations d'œuvres littéraires qui ne se rattachent que de loin à la Réforme.

(») Décédé en 1881.

(') Composé de MM. Philippson, PoWin, Rahlenbeck et Ruelens.

L'auteur ne pouvait négliger cette double étude : il a voulu avoir BOUS les yeux les faits, les détails, les textes qui pouvaient lui servir à marquer le caractère et Tinfluence des uns et des autres écrivains ; mai^ on doit penser qu'après avoir si nettement limité son sujet, il n'aurait fait qu'utiliser et condenser ces nombreuses pages d'informations et ne leur eût pas laissé l'étendue de digressions Hors cadre.

Aucun retranchement, d'ailleurs, ne devait être décidé sans contrôle. C'est ce qui fut feit.

Est-il besoin de dire qu'on ne s'est permis aucune modification aux idées de l'auteur, ni pour les tempérer, ni pour les accentuer ?

L'indication des livres cités en notes a été vérifiée et la date des éditions marquée avec soin.

Une autre chose aurait été utile : c'eût été de mettre au courant des travaux les plus récents une œuvre dont les recherches ont été suspendues avant 1874. Dix ans n'ont pu se passer sans produire de nombreuses études sur les divers sujets groupés par M. Âltmeyer. On en a indiqué quelques-unes en note; mais on n'a voulu rien ajouter, dans aucun sens, à un texte qui doit, avant tout, demeurer l'œuvre de l'auteur.

Les anciens élèves de M. Âltmeyer ne retrouveront pas ici la fougue communicative de son enseignement. Ce fait a déjà été constaté pour le professeur Moke par M. Emile de Laveleye ('). Mais tout le monde reconnaîtra l'écrivain dévoué à la vérité historique et passionné pour les libertés modernes.

M. Tiberghien, parlant, sur sa tombe, de l'œuvre qu'il n'avait pu terminer, pensait que ce regret c avait dû accabler son àme dans ses dernières années > ; et il ajoutait : c C'est une lacune déplorable qu'il sera désormais bien difficile de combler. > La présente publication prouve que la difficulté n'est pas insurmontable. Il dépend maintenant du public que d'autres livres suivent celui-ci et complètent l'œuvre réparatrice due à l'infatigable explorateur du xvi* siècle.

(1) Biographie académique. (Annuaire de V Académie de Belgique, 1870.)

Nous donnons ici la liste des œuvres de M. Altmeyer, en soulignant tout ce qui entre dans le plan de Thistoire de la l'évolution du XVI* siècle.

Publications. — Manuel de ITiistoire universeUe. Ypres, 1832 (2 vol.). Introduction à Tétude pMlosophique de lliistoire de rhumanité (*}, 1836. Précis de l'histoire ancienne, 1837.

Histoire des relations commerciales et diji>lomatiques des Pays-Bas avec le nord de l'Europe pendant le XVf siècle, 1840.

Cours de philosophie de llûstoire, 1840.

Résumé de lliistoire moderne, 1842.

Précis de l'histoire duBrabant, anonjrme, 1847. Du droit d'asile en Brabant au commencement du xviif® siècle, 1852. Geschiedenis van den vrede van Munster. Anvers, 1852 (en collaboration avec M. Ch. Nys).

Une succursale du tribunal de sang, 1853.

Quelques notes sur renseignement primaire obligatoire, 1859. Discours inaugi^ral de recteur (sur Taffranchissement de TEscaut), 1863.

Extraits ob revues. — Recherches historiques sur Tordre des Templiers (Recueil encyclopédique belge, 1833, t. 2). — Histoire de la Hanse teu tonique dans ses relations avec la Belgique (Revue belge, Liège, 1837, t. 6). — Marguerite d'Autriche, etc. (Revue belge, Liège, 1838-1840, t. 11, 12, 13, 14 et 15, sept articles.)

— Discours du 14 octobre 1839 (voir « L'université libre de Bruxelles pendant vingtcinq ans », 1860). — Giordano Bruno (Revue deBruxeUes, mars 1840). — Notices historiques sur la ville de Poperingho. (hind, 1840 (Messager des sciences). — Traité de Gand, conclu le 45 avril 4 HO, etc. (Messager, etc., Gand, 1842). — Trêve de Bruxelles (4 mai 1537), ibid., 1842. — Marguerite d'Autriche et Christiern II, 1842 (Trésor national) . — De la civilisation en Belgique sous la maison de Bourgogne. Liège, 1841 (Revue belge, t. 18). — Voyages dans les viUes hanséatiques, Liège,

1842 (Revue belge). — Causes de la décadence du comptoir hanséatique de Bruges,

1843 (Trésor national). — Histoire du comptoir hanséan tique d'Anvers, 1843 (Revue commerciale). — Du droit d'asile en Brabant, 1848 (Belgique judiciaire). — Essai d'histoire diplomatique (Revue trimestrielle, t. 3, 4, 5, 6, 8, 10, 11 et 13 (1854-1857).

— Histoire véritable d'un perroquet révolutionnaire, ibid., t. 3 (1854). — Les Oueux de Mer, ibid., t. 36, 37, 38 (1862-1863). — Commencement de la Réforme du XVI^ siècle, t. 40 (1863). — Charles V et TaUiance anglaise, ibid.. 2« série, t. 12 (1867). — Les protestants belges, etc., ibid., t. 13 (1867). — Charles Y et la confession d:Augsbourg, t. 14 (1867). — Charles Y et le Concile de Trente, t. 15 (1867).

— La Réforme protestante, t, 19 et 20 (1868).

(*) Chaque fois que le nom de la ville n'est pas indiqué, l'ouvrage a paru à Bruxelles.

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De grands événements marquent la fin du moyen âge et le commencement des temps modernes : rétablissement de Tempire turc en Europe (1453), la découverte de l'Amérique (1492) et du passage aux Indes orientales (1497), Tinvention de l'imprimerie, celle des armes à feu, la création des armées permanentes; enfin, la réformation luthérienne, préparée, d'un côté, par les scandales du grand schisme, les abus de l'Église, l'obscurantisme et la corruption du clergé, de l'autre, par de nombreuses hérésies.

Avec la prise de Constantinople par Mahomet II, le foyer qui gardait quelques étincelles du feu sacré de l'antiquité semble près de s'éteindre ; mais de pieuses mains vont porter dans l'Occident ce qu'elles peuvent sauver du naufrage. Des Grecs instruits cherchent un asile en Italie et y font connaître les arts et les lettres d'Athènes et de Rome. Secondés par l'invention de l'imprimerie, leurs glorieux efl*orts donnent une impulsion puissante au mouvement intellectuel, au moment même où, grâce aux travaux initiateurs de Dante, de Pétrarque, de Boccace, l'Europe commençait à renaître au goût, à la raison, au sentiment de la dignité humaine.

Le moyen âge avait fini par renfermer l'intelligence dans d'étroites limites; la Renaissance de l'antiquité lui ouvrit des horizons plus vastes. Non que le moyen âge ait ignoré les anciens (*) : les Arabes même avaient recueilli et

{*) Voyez PoLTCARPi Lbtsbri» Dissertatio de ficta meddi cevi barbarie, imprimis circapoesin latinam. Helmstad, 1719, m-4<^.

fi INTRODUCTlONt ,

s^étaient approprie leurs beaux ouvrages; mais s'ils tradui-sirent les originaux, ils les anéantirent souvent aussi. De plus, en faisant passer leurs propres idées dans leurs traductions, ils altérèrent les sources grecques et latines. Les Italiens, au contraire, et après eux les Français, les Belges et les Allemands, s'appliquèrent à épurer les textes, à les commenter, à les traduire ; et la presse, avec ses cent mille bras, avec ses ouvriers hommes supérieurs, en répandit d'innombrables exemplaires. On vit alors l'Aristote non falsifié, l'Aristote véritable, bannir l'Aristote tronqué par les Arabes ou défiguré par la scolastique, et la philosophie de Platon, qui apprenait à penser en dehors de ces subtilités, déjà ressuscitée à Alexandrie, naître pour la seconde fois à Rome et à Florence. On commençait à bien lire dans leur langue les auteurs, rendus auparavant si difficiles par l'ignorance, l'incurie, les préjugés, les passions ou l'intérêt des copistes, autant que par l'absence de bons commentaires. On cherchait la science dans les modèles antiques mêmes : la géographie dans Ptolémée, la botanique dans Dioscoride, la médecine dans Hippocrate. Ainsi disparurent les fantasmagories dont les Arabes et les scolastiques avaient peuplé le monde classique, et avec elles les chimères qui avaient si longtemps égaré les esprits (^).

Si l'antiquité, d'ailleurs, n'était pas inconnue au moyen âge, elle ne charmait encore que les loisirs de quelques éruditsf);

(*) Pour tout ce qui précède, je me suis servi de Ranke, Fûrsten und Yolkerwm Sad-Europa, t. II, p. 62-75 ; de Cramçr, Geschichte des Unterrichis in den Niederlanden, t. I, p. 152 et 153 ; de J.-P. Charpentier, Histoire delà renaissance des lettres au xv*^ siècle; d*un article de la Revue bHtannique par Macaulay, 1836, t. I.

(*) On doit À un Belge, au dominicain Guillaume de Brabant ou Van Moerbeke, la première traduction latine de la Morale d'Aristote, faite avec fidélité d*après le grec. Voy. Daunou, la France littéraire, t. XXI, p. 147-150; Cramer, p. 155; et, en général, sur l'étude du grec au moyen âge. Le Glay, Mémoires de la Société d*érmdat(on de Cambrai, 1828, p. 188-198, 268-280; de Reiffenberq, Annuaire de la Bibliothèque royale de Belgique, 1842, p. 183 et suiv., et Bulletins de l* Académie de Bruxelles, t. VIII, p. 239, 247, 417-427.

« M. Le Glay, dit de Reiffenberg/ range parmi les hellénistes : Halitschaire, élu

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