‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 5)Chapitre 2 sur 102 · INFLUENCE DE L*ANT1QUITÉ · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE L*ANT1QUITÉ

le public n*en avait qu'une notion confuse et erronée (^). La voici maintenant qui déchire le voile épais de la barbarie, sort tout entière des ténèbres et vient recommencer contre le monde européen le duel que Ton devait croire à jamais impossible. Dans ce grand combat, la scolastique, qui se trouvait au centre de la bataille, reçut les plus graves atteintes. Cette philosophie décrépite ne suffisait pas . au réveil des intelligences. Une science nouvelle était née des travaux de la critique et de Farchéologie ; cette science détrôna la théologie au profit des littératures « indépendantes », qui s'élancèrent dans les hautes régions de la liberté de penser, et la révolution intellectuelle qu'on a décorée du nom brillant de Renaissance fraya les voies à tous les genres de réformes. On rejeta avec dédain les vieilles chroniques monacales ; on apprit la véritable histoire dans Thucydide et dans Tacite ; Guichardin, Commines et Machiavel parurent. On se livra avec enthousiasme à l'étude du droit romain, si contraire au droit féodal, et l'on commença d'agiter les questions politiques les plus brûlantes; en même temps que la connaissance plus ferme et plus avancée des trois

évoque de Cambrai en 817; Nanno, écrivain frison qui florissait vers 880 et qui fut précepteur de Radbode, évêque d'Utrecht ; Brunon, archevêque de Cologne, qui puisa les éléments du grec dans les écoles .d'Utrecht, et Rathier, évêque de Vérone, né dans le pays de Liège, qui mourut À Namur en 971. Arrivé là, il remarque que le XI* siècle ne nous offre, dans les Pays-Bas, aucun personnage digne d*être mentionné comme ayant contribué à. Tavancement des études grecques. M. Le Glay, dont le savoir est si solide et si étendu, M. Le Glay, qui n'oublie rien, a pourtant oublié Sigebert de Gembloux, qui non seulement savait le grec, mais encore lliébreu. Dans le XII® siècle, M. Le Glay nomme Everard de Béthune, et, au xiii®, Thomas de Cantimpré, Henri de Brabant et Guillaume de Moerbeke, archevêque de Corinthe, auteur, entre autres, d'une introduction au traité de Proclus sur la Providence et le Destin, Éaite sur le sol même de la Grèce et publiée par M. Cousin en 1820, traduction rude, inculte, presque barbare, mais où, suivant l'expression de Fabricius, on voit apparaître de temps en temps le génie de Tantiquité. M. Le Glay omet, à cette époque, Alain de Lille, qui, dans son Encyclopedia, énumère beaucoup d'auteurs grecs, peut-être, il est vrai, par tradition. » (Anniuiire de la Bibliothèque royale de Belgique, 1842, p. 184 et 185.)

(*) Toute cette question a été traitée d'une manière remarquable par Heerbn, Geschichte der classischen Literatur im Mittelalter,

langues de rérudition : Thébreu, le grec et le latin, révélait aux savants le sens vrai des textes de l'Écriture, qui ne tardèrent pas à être traduits dans la langue de chaque peuple (*)•

Il est aisé de comprendre combien surtout Fétude de Fhébreu, par laquelle de nouvelles lumières devaient jaillir du texte original de la Bible mieux interprété, était faîte pour porter ombrage à la routine de la scolastique, farcie du latin barbare du moyen âge ; combien elle devait exciter les défiances du clergé par l'application qu'on se proposait d'en faire à une exégèse entièrement neuve de l'Évangile et par l'abondance des sources de la patrologie grecque qu'on allait invoquer dans la théologie et qui étaient appelées à renouveler toutes les branches de l'érudition f).

Jusque-là, le souflBe de la religion catholique avait seul inspiré l'art des peintres et des statuaires. Dès que cet art eut subi les inspirations de l'antiquité, il se sécularisa. On peut remarquer le progrès successif de ce changement dans Raphaël même, et le temple de tous les dieux n'a-t-il pas servi de modèle à la basilique de Saint-Pierre, cette métropole de la chrétienté ? « Du sein des décombres de l'antiquité, la beauté païenne avait jailli comme un météore : elle convertit l'Europe chrétienne à son culte facile f). »

La scolastique, du reste, s'était tellement discréditée ellemême par l'ineptie de ses thèses et les subtilités de son argumentation, qu'elle ne représentait plus qu'une vaine gymnastique de l'esprit, repoussée déjà par tous les critiques. Un

(') Ranrb,/. c. — Macaulay, Le, — M. L. Blanc a consacré quelques brillantes pages à cette matière dans le premier volume de son Histoire de la Révohttioft française. Je les ai mises à profit. — Voy. aussi Capepigub, François I^^ et la Renaissance, t. I, chap. VII, et t. II, chap. II et III.

(*) Nêve, dans les Mémoires courminés de V Académie de Bruxelles, t. XXVIII, p. 69 et 70.

(*) Ranrb, Macaulat, L. Blanc et Capbfigue. — Eichofp, Tableau de la littérature du Nord au moyen âge, p. 342.

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