PROTESTATIONS EN FAVEUR DES VAUDOIS
lait une noble indignation, en des vers dont voici des extraits :
Les traîtres remplis de grande envie, De convoitise et de venin couvers, Ont fait régner ne scay quelle vauldrie, Pour cuider prendre, à tort et à travers, Les biens d aulcuns notables et expers, Avec leurs corps, leurs femmes et chevauche.
Et mettre à mort des gens d'estat divers.
Hach ! noble Arras, tu as bien eu l'advanche !
L'inquisiteur à sa blanche barrette Son nez velu et sa trongne maugrine Des principaulx a esté à la feste, Pour pauvres gens tirer à la géhenne ; Mais il ne sçait qu'ung peu qu on lui machat Tout son désir estoit, et son pourchas.
D'avoir biens meubles tenus en sa saisine Paisiblement, mais il ne les a pas.
Sacotîn Maupetit, sergent du roi, fut soupçonné d'être l'auteur de cette ballade et d'autres libelles diffamatoires. Le duc de Bourgogne le fit arrêter; mais Sacotin s'enfuit, se rend prisonnier à Paris, y est acquitté et remis en liberté par le parlement.
Le crédit des juges ecclésiastiques, qui avait été assez puissant pour faire différer pendant trente ans la justice due à leurs nombreuses victimes, ne leur manqua pas encore, quand il s'agit de faire exécuter certaines clauses de l'arrêt relatives aux amendes (^).
En 1482, à Tournai, un prédicateur célèbre, nommé Jean- François Angeli, avait émis en chaire plusieurs propositions sur l'administration du sacrement de la pénitence, l'extension des privilèges des religieux et le mépris de la juridic-
(*) Cet épisode est tiré, en grande partie, des Mémoires de J. Du Clekcq, t. III, p. 10 et suiv. Je Tai donné d'après ces Mémoires, mais sui-tout d'après M. FoitwUe, qui Fa traité d'une manière complète dans les Archives historiques et littéraires du nord de la France et du midi de la Belgique, t. III, p. 413-418.
62 L.V SATIRE ET LES PUEMlfeUES nÉUÉSIES.
tion (les curés. Ces propositions ayant été déférées au jugement (le la faculté de philosophie de Paris, celle-ci en censura quatorze f).
Beaucoup de Vaudois émigrèrent de la Flandre dans TOveryssel, en Frise (^ et en Hollande. Encore de 1520 à 1550, il ^ en partit de la Flandre et du Brahant pour FOveryssel et la Twenthe, où ils apportèrent leur industrie des toiles et des draps. Ainsi la famille flamande de Warnaars fit connaître la fabrication linière à Almeloo. Ils devinrent dans ces parages les précui'seurs des baptistes {doopsgezinden) du xvi^ siècle, qu'il ne faut pas confondre avec les anabaptistes [Im^doopers, wederdoopers) de Munster et d'Amsterdam f).
Au xm^ siècle, le midi de la France était un foyer d'où débordaient de nombreuses hérésies, professées surtout dans les villes d'Albi, de Béziers, de Carcassonne, d'Avignon, de Naibonne, de Tarascon, de Montauban, de Beaucaire et de Toulouse. Le pape Innocent III (1208) prêcha contre elles une guerre d'extermination à laquelle vinrent se joindre, en 1215, les horreurs de l'inquisition qui livra les malheureux Albigeois aux légats du pape chargés de conduire cette guerre. D'un autre côté, le quatrième concile de Latran imposa aux synodes épiscopaux le devoir de rechercher et de punir régulièrement une ou deux fois l'an les hérétiques, et, en 1229, le concile de Toulouse acheva l'organisation de cette inquisition épiscopale, dont l'origine remonte au VI** siècle (^.
En 1252 et en 1235, la cour de Rome fit un pas de plus : Grégoire IX nomma les dominicains: inquisiteurs pontificaux
(*) FopPKNS, Histoire ecclésiastique des Pays-Bas, inanuscnt, f. 2633.
(*; M. Ten Cate n'admet cette émigration que pour la Frise orientale et la rejette absf^lument pour la Frise occidentale, où il ne reconnaît qu'une transmission intellectuelle des doctrines vaudoises.
(') Blaupot tkn Catk, Gesckiedenis der doopsgezi^iden in Friesîayxd, p. 442, 53-54 ; et Gesckiedenis der doopsgezinden te Groningen, Oceryssel en Oost-Friesland, p. 1-33.
(*) GiESELER, t. II, 2, p. 579-593, etc.