‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 5)Chapitre 27 sur 102 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

(*o) De Beausobre, p. 291.

PANÉGYIUSTES DES PICARDS. 91

c< Un autre prétexte peut avoir servi à les accuser de nudité. Ils étaient laborieux. Pasteurs de troupeaux, tous travaillaient de leurs mains et cultivaient ou les arts ou la terre. Dans le travail, ils étaient nus, selon cet ancien

précepte :

Nvdus ara, sere nudus (*).

« C'était la nudité où le messager du sénat romain trouva Q. Cincinnatus, lorsqu'il alla lui annoncer la dictature f). Si Rome eût eu alors des moines et des inquisiteurs de la foi, et que Cincinnatus les eût eus pour ennemis, le plus illustre des Romains aurait risqué d'être diffamé comme un homme sans pudeur, comme un franc adamite, parce qu'il était nu en labourant son champ, quoique sa nudité eût les bornes qu'il n'est pas nécessaire que je marque f). »

Il est possible que les picards n'aient pas été, dans l'origine, ces cyniques dont parle Piccolomini; qu'ils n'aient connu, comme les Vaudois, que la nudité apostolique; car on nous représente ceux-ci marchant nu-pieds, vêtus de laine, ne possédant rien en propre, ayant tout en commun, comme les apôtres ; et nus, comme ils étaient, en suivant Jésus-Christ nu (^); mais l'imposant témoignage de Piccolomini et les honteux excès des turlupins, leurs successeurs, ne permettent aucun doute sur leur dégénérescence, contestée par de Reausobre au moyen d'arguments plus ingénieux que solides.

Les picards ne se servaient point, dans le culte, de vêtements sacerdotaux, alléguant pour raison que Jésus et les apôtres avaient célébré l'eucharistie dans leurs habits ordinaires. Ils blâmaient aussi le luxe et en particulier celui des ecclésiastiques. Â ce sujet, ils faisaient valoir la belle maxime de la raison et de la philosophie, qu'il faut imiter la nature

(*) VirffiL Georg., I, v. 299.

(«) Plin., liv. XVIII, c. 3.

('; De Beausobre, p. 292.

(^) Id. p. 293, et ihid,, les sources.

qui bannit les superfluités stériles, qui est riche et magnifique dans sa noble simplicité.

Ces aspirations semblent se résumer dans un livre qui devait être sorti de l'imagination entreprenante des franciscains : à chaque page, sous des comparaisons variées, YÉvangile é/(?nie/ répétait que « TAncien Testament n'était encore que la clarté des soleils, le vestibule du temple, la brou de la noix; le Nouveau, la clarté de la lune, le sanctuaire du temple, la coquille de la noix », tandis que la doctrine nouvelle était « le soleil, le saint des saints, le fruit », et devait amener « la félicité universelle ». L'avènement, fixé d'abord à l'an 1260, dut être successivement remis à 132o, à 1535, puis à 1360 et 1370. Le tiers ordre de Saint-François, les fratricelles, les mendiants, les flagellants s'agitaient sous l'aiguillon de ces promesses. Les papes sévissaient en vain et, plus d'une fois, il fut question de supprimer les franciscains, tourmentés par ce besoin de réforme et d'idéal. Les dominicains leur furent opposés. A eux était confiée la répression, et elle fut terrible. Plus le gouvernement des âmes devenait diflScile, plus on se persuadait que les supplices étaient le seul remède. Ils défendirent le dogme par le fer et le feu.

Mais, en présence de l'anarchie spirituelle des franciscains et de la cruauté des dominicains, il est clair qu'on est arrivé à l'épuisement du régime. Si on abandonnait les idées à ellesmémesj elles se précipitaient dans des aberrations ou des révoltes; si on les contenait, on tombait dans des rigueurs qui révoltent la conscience humaine. Le dilemme est posé, dit un historien, et par elle-même la doctrine qui a fait la force et la grandeur du régime catholico-féodal n'a pas d'issue (^).

(<) V. Le Clerc, Histoire liUth^aire de la France, t. XXI V.

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