‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 5)Chapitre 32 sur 102 · NICOLAS DE LYRA · texte numérisé non relu

NICOLAS DE LYRA

connaissances, pour leur annonce^^r qu'elle était en paradis, sans avoir passé par le purgatoire f).

La démonologie joue un grand rôle dans ce livre de Thomas de Cantimpré : le diable s'y attaque surtout aux religieuses et les obsède tellement que ni le signe de la croix, ni l'eau bénite, ni le sacrement du corps du Christ ne peuvent les en délivrer. Une autre fois, il se permit de dicter une improvisation à un prêtre chargé de faire un sermon dans un synode d'évêques, et par cela même très embarrassé : « De quoi vous inquiétez-vous, lui dit-il, prêchez-leur ceci : Les princes des enfers et des ténèbres saluent les princes et les prélats de TËglise romaine. Ils vous rendent grâce de ce que non seulement vous êtes prêts à descendre au Tartare, mais de ce qu'encore, par la négligence de vos devoirs, vous y amènerez avec vous vos sujets et la majeure partie du monde. C'est à regret que je vous parle ainsi, mais Dieu le veut. » Le prédicateur répondit au diable : « Hélas ! quand même je leur dirais tout cela, ils ne me croiraient pas. » Mais le diable, ayant recours à des moyens sataniques, le força d'obéir f).

C'est à la même école qu'appartenait Nicolas Lyranus, né vers 1300. Dans des expositions courtes et faciles, qui plus tard servirent à Luther, il écrivit contre le service divin en langue latine. En traitant de l'apparition des iimes des morts, il soutint que ces dernières n'ont aucune pai*t en tout ce qui se passe sous le soleil, c'est-à-dire dans les vœux que les vivants font pour eux, et qu'elles n'en retirent aucun avantage. Il expliqua les célèbres paroles de saint Mathieu : Les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre CÊglise, en ce sens que l'Église consiste en ceux qui ont la vraie science, c'està-dire qui confessent la foi et la vérité, et non pas dans ceux qui ont la puissance et les dignités, ecclésiastiques ou laïques.

(«) Daunou, Histoire littéraire de la France, t. XIX, p. 181 et 182. (*) Johannis WoLFii Ledionum memorabilium, iomus primus, Livingœ, 1600, f. 547. — Bonnvn tmiversale, etc., lib. II, cap. 56.

lOO RCYSBROECK ET LE MYSTICISME.

Il osa écrire, sur le chapitre X* de l'épître aux Hébreux, que, dans la messe, il n'y a pas réitération de sacrifice, mais seulement commémoration quotidienne du grand et unique sacrifice de la croix. Lyranus comprenait parfaitement les textes de TÉcriture, parce qu'il était très versé dans le grec et l'hébreu.

Toutefois, ce grand théologien, si connu et si influent sur les esprits dans les Pays-Bas, n'était pas de Lierre, comme le croyait Érasme f ) , mais de Lyre , bourg du diocèse d'Évreuxf). Il mourut le 23 octobre 1340 ou 1349, après avoir été provincial des cordeliers en Bourgogne.

Lyranus a écrit des postilles ou petits commentaires sur toute la Bible f). Ces commentaires sont fort estimés (^). Il reçut le titre de doclor plenus et utilis^ et fut considéré, au XVI® siècle, comme le précurseur par excellence de Luther. De là ce proverbe : Si Lyranus non lyrasset, Lutherus non saltasset 0.

A cette époque, la théologie s'occupait tous les jours de moins en moins de l'Écriture sainte. Il est vrai qu'en 1311 le pape Clément V avait établi des écoles destinées h l'enseignement des langues orientales f) ; mais ce pontife n'avait d'autre but que de créer des missionnaires, et non d'utiliser ces langues pour l'interprétation des saintes lettres. Aussi, les commentaires bibliques de ce temps n'ont-ils pas plus de valeur que ceux des siècles précédents. Lyranus fut, sous ce rapport, une rare et brillante exception, et, par sa connais-

(') Van der Aa, Bioffraphisch WooMaiboek, Harlem, 1852, sqq., t. XI, p. 827. (*) Comme le prouvent les vers suivants :

Lyra, brevis vicus, nonnanna in gente celebris. Prima mihi vit» janua sorsque fuit.

(3) Le manuscrit^47 do la Bibliothèque de Gand renfenne Nicolm de Lira Postillœ in evangelia, commentaire sur les évangiles de saint Jean, saint Matthieu, saint Marc, saint Luc.

(*) Biographie universelle, art. Lyranus.

(^) Van der Aa. Bioffraphisch Woordenboek, p. 838.

(«) CLEMB.NTIN. Lib. V. tit. I. c. 1.

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