‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 5)Chapitre 31 sur 102 · THOMAS DE CANTIMPRÉ · texte numérisé non relu

THOMAS DE CANTIMPRÉ

il fut appelé aux fonctions de suffragant de Cambrai (1263).

Ce fut en 1269 que Thomas publia le curieux travail que je viens de mentionner et qui se distingue par une latinité assez élégante et par une érudition rare.

Thomas avait vu de près les princes de l'État et les princes de l'Église; il avait acquis une grande connaissance des hommes et du monde. De là les nombreuses anecdotes que renferme son livre (^).

« La ruche des abeilles, dit-il, est une monarchie constitutionnelle avec une loi fondamentale solide et invariable. La reine de cette monarchie se distingue par sa sagesse et sa pureté. Elle n'a pas d'aiguillon, l'aiguillon étant le signe la cruauté. Mais elle est responsable de tout ce qui concerne le gouvernement. Elle est sans faste et sans orgueil ; elle ne s'occupe que du bonheur de la maison. Elle n'aime ni les flatteurs ni les brouillons. En un mot, tout dans cette monarchie est si bien réglé et si bien coordonné que les rois feraient bien d'aller y prendre des leçons f). »

L'auteur connaît peu de monarchies de son temps et encore moins de prélats qui aient les vertus de cette reine. Au contraire, l'extrême simplicité de l'excellente souveraine pré- . sente le contraste le plus frappant avec le luxe des princes et surtout du clergé, depuis le pape jusqu'au dernier des prêtres, qui ne savent plus qu'inventer en fait d'habits, de couronnes, de mitres et de chapes f).

Dans la ruche, on ne voit que paix, concorde, modération et chasteté. Il n'en est pas ainsi des prêtres et des moines, que généralement Thomas dépeint sous de sombres couleurs; de plus, il cite des exemples qui tiennent trop de la

(*) Voyez la vie de Tauteur dans Thomas CaniiproAani^ S. Tlieoî, dodoris ordinis prcedt'ccUoriim et episcopi suffraganei Cameracensis, Bonum imiversale de Apibiis. (Douai, 1617, in-8**.) — Je me suis servi aussi de Fartide de Dauxou dans la Biographie universelle de Michaud.

(*) ScHELTEMA, Geschied- en letterkimdig me^xgelvserk, Amsterdam, 1818, 1. 1 (1), p. 161.

(^) Id., ihid:, p. 163.

98 nUYSBROECK ET LE MYSTICISME.

chronique scandaleuse pour qu'il nous soit permis de le& reproduire (^).

Le haut patronage du pape Honorius III ne suffit pas à mettre certains prélats, et notamment Simon, abbé du célèbre monastère d'Anchin (1208-1234) f), à l'abri des morsures de la satire de Cantimpré.

« J'ai honte, dit-il, de rapporter ce que j'ai vu. Anchin est le plus grand et le plus riche monastère du diocèse d'Arras. L'abbé de ce monastère, qui n'a jamais su les premiers éléments de la règle ecclésiastique, n'est anivé à cette distinction qu'en se haussant sur des monceaux d'ai'gent, à ce point qu'il a grevé son église d'une dette de plus de dix mille livres ; chose par trop honteuse et souverainement ridicule f). »

Ces hardiesses n'empêchaient pas Thomas de Cantimpré d'être profondément orthodoxe, crédule même et superstitieux, comme on peut s'en convaincre par plusieurs de ses compositions mystiques , entre autres par sa vie de sainte Lutgarde, dont il n'omet aucune des visions, aucun des ravissements. Il sait même qu'un jour, pour empêcher qu'elle ne reçût un baiser, Jésus-Christ vint interposer sa main. « Par ses jeûnes, par ses prières, elle délivrait les âmes du Purgatoire, guérissait les démoniaques, convertissait les pécheurs et affermissait les fidèles contre les plus périlleuses tentations. Douée de l'esprit de prophétie, elle avait un œil qui voyait les choses absentes ou cachées : les péchés secrets se manifestaient à ses regards; elle était en état de faire la confession générale de tous ceux qui se présentaient devant elle. » Après sa mort, en 1240, elle apparut à ses amis et

(*) ScHELTBMA, Geschted- enletterkwidig mengdwerk p. 164-167.

(*) A deux lieues de la ville de Douai.

(») Bmrum universale de Apibus, p. 24 et 25. — Escallier, VAhbaye d'Anchin, p. 144. — BoRMANS, /. c, p. 138, a démontré que le Bonum universale n'est que l'application morale de Tarticle consacré aux abeilles dans le De ncUitris reriim, du même auteur, dont les Natiiren bloeme de Van Maerlandt ne sont qu'une imitation en vers flamands.

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