‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 5)Chapitre 35 sur 102 · RUYSBROECK ET LE MYSTICISME · texte numérisé non relu

RUYSBROECK ET LE MYSTICISME

pour se livrer à un genre de méditation affective, mais élevée, dont il avait puisé le goût dans les livres allégoriques de l'Écriture, et plus encore dans les ouvrages attribués à saint Denys l'aréopagite, ouvrages curieux à cause de la fusion du néo-platonisme avec les doctrines du christianisme. Après avoir pris la prêtrise, il remplit, depuis l'âge de vingt-quatre ans, les fonctions de vicaire de l'église Sainte -Gudule, à Bruxelles. Sa piété simple, mais exaltée, donnait à ses écrits un attrait qui manquait aux productions scolastiques du siècle. Elle lui acquit des partisans dévoués. A l'âge de cinquante ans, il embrassa la vie contemplative, en se retirant à Groenendael, près de Bruxelles, avec deux autres prêtres de l'église Sainte-Gudule.

Il était déjà connu par ses attaques contre une hérésie qui avait pour chef une femme, Bloemardine, que beaucoup de gens qui s'étaient laissé séduire par ses écrits prenaient pour sainte.

Ruysbroeck combattit Bloemardine en distinguant entre la contemplation des mystiques hérétiques de son temps et celle des mystiques orthodoxes. « Les premiers, dit-il, sont des oisifs, sans idées, sans vertus et sans la grâce de Dieu : ils se retirent en eux-mêmes, ne recherchent que la paresse et le repos absolu, ne s'aperçoivent pas qu'ils pèchent a la fois contre le Saint-Esprit, contre le Père et contre le Fils, en deux mots, contre Dieu et l'Église. Tandis que les vrais mystiques, c'est-â-dire ceux qui sont baptisés dans l'esprit du Seigneur et dans le vrai amour, ne négligent aucun effort pour acquérir toutes les vertus, les faux mystiques repoussent, fuient la vie active, se plongent, s'abîment dans le néant de la contemplation, nient la distinction qui existe entre le bien et le mal, se croient les égaux de Jésus-Christ et même parfaitement identiques à sa personne. De là naissent l'indolence, l'ignorance et une fusion voluptueuse de l'esprit. Les vrais mystiques, au contraire, acquièrent le véritable repos, le véritable calme, en cherchant Dieu par

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Faction sur eux-mêmes, c'est-à-dire en obtenant une conscience pure (^)... »

Ruysbroeck ne setait pas élevé seulement contre Bloemardîne, mais encore contre d'autres sectaires de son temps. Cependant, comme Bloemardine avait de nombreux partisans, il s'attira leur haine et se vit tourner en ridicule par les chansons satiriques dont ils ûrent résonner les rues de Bruxelles f).

Le duc Jean III de Brabant ayant accofdé à l'un des trois ecclésiastiques la propriété de l'ermitage de Groenendael, du grand étang contigu et de quelques autres terrains, h condition d'y élever une habitation pour cinq religieux, dont deux au moins devaient être prêtres, le 17 mars 1344, l'évêque de Trébizonde consacra l'oratoire de la nouvelle communauté, qui, cinq ans après, adopta l'habit des chanoines réguliers de l'ordre de Saint-Augustin et élut Ruysbroeck son prieur. Elle s'était constituée sur le modèle de la congrégation de Richard de Saint-Victor à Paris.

Quant à Ruysbroeck, il était peu lettré et il acquit simplement par l'expérience la connaissance de cette théologie mystique où il excella ; ce qui fut une raison de plus pour qu'on le regardât comme un inspiré. Aussi attira-t-il dans son ermitage des personnages considérables, des docteurs et des professeurs distingués. Gérard Groot, le célèbre fondateur de l'institution des frères de la vie commune, à Deventer, eut avec lui des entretiens dont il fut édifié et qui le convertirent à ses doctrines f).

L'action de Ruysbroeck fut puissante aussi sur l'Alsacien Jean Tauler, célèbre mystique allemand, surnommé le docteur sublime et illuminé, qui s'illustra par ses prédications populaires à Cologne et à Strasbourg, depuis surtout qu'en-

(*) Engeî,hardt, Richard von Si- Victor und Johannes Uiiyshroeck, Erlangen, 1838, p. 224 et suiv. — Conf. Van Evkn, De Katholieh, t. XXV, p. 289 et suiv. (*) Henné et Wauters, Hist. de Bruxelles, L I, p. 535. (»} Id., ibid., p. 535.

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