SON ANTIPATHIE CONTRE LES SCOLASTIQL'ES. H
volonté dans des songes et des visions. Tel est leur orgueil qu'ils se croient dignes d'une destination particulière (^), qu'ils souflfrent de voir d'autres véritablement saints. Hypocrites et présomptueux, ils se donnent des airs de piété et d'abstinence, et ils s'imaginent être intelligents et sages, tandis qu'ils ne sont que stupides et lourds.
La troisième classe renferme ces esprits subtils qui veulent être les plus grands philosophes de la terre et dont tous les exercices consistent à argumenter sur les Écritures autant qu'ils osent le faire. Quant aux hommes qui mènent une vie simple ou une vie dure, une vie de pénitence, ils les regardent comme des animaux, comme des ânes bâtés. Extérieurement très lourds, ils ont des manières très hautaines envers leur prochain. Ils aiment à soigner leur ventre en toutes choses, et ils veulent qu'on les estime et vénère par-dessus tous. C'est là une erreur, une illusion commune à ces mortels habiles et fins qui se complaisent et s'élèvent dans l'art savant de la philosophie naturelle. Leur moi, voilà leur idole, et cette idolâtrie provient de ce qu'ils se figurent n'être qu'une substance avec Dieu f).
Ces antipathies de Ruysbroeck pour les scolastiques se comprennent. Comme tous les mystiques, il ne voyait que le , christianisme, et celui-ci, il le plaçait dans la pratique de toutes les vertus chrétiennes. Voilà pourquoi, à ses yeux, les moins chrétiens de tous les hommes étaient les scolastiques, qui avaient engagé le christianisme dans une voie de puérile discussion métaphysique. D'un autre côté, leur philosophie, en proclamant Aristote le maître unique d'une science achevée, faussait la pensée d'Aristote. Aristote, s'il eût assisté aux débats de l'école, eût répudié celte doctrine étroite et applaudi à ses contradicteurs Q. »
Pour Ruysbroeck, comme pour tous les théologiens mysti-
(*) Manuscrit cité et Werken, p. 275 et 276.
(«) Manuscrit cité et Wa^hen, p. 277-280.
(^J Renan, Vie de Jésus, p. 444, 446 et 447.