RUYSBROECK EST CRITIQUÉ PAR GERSON. H
défauts, on est forcé d'assigner à la mystique de Ruysbroeck une grande profondeur, une plénitude vitale souvent très poétique, une grande vérité d'expérimentations internes, et des points de vue infiniment plus élevés que ceux de la mystique panthéiste et hérétique. Il est vrai qu'il y a, dans ses livres, des passages qui semblent enseigner l'absorption com-> plète de l'individualité humaine par la substance et ramener par là à la mystique du libre esprit; car, suivant le docteur extatique, les personnalités rationnelles sont, dans leur essence la plus intime, les images de Dieu et éternellement en Dieu. « Or, dit-il, ce qui est en Dieu est Dieu. » Aussi un de ses principaux ouvrages {Sur l'ornement des noces spiri-tuelles) fut-il censuré par Gerson, chancelier de l'université de Paris et l'àme du concile de Constance (1405). Gerson reprocha, entre autres, à Ruysbroeck d'avoir avancé que l'homme, sur cette terre, dans l'état de contemplation parfaite, non seulement peut voir Dieu par une clarté divine, mais que l'âme elle-même est oette clarté, qu'elle perd alors son existence propre et rentre transformée et perdue dans son essence originelle, et ne faisant plus qu'un avec DieuC).
La censure de Gerson était justifiée par ce fait que la doctrine de Ruysbroeck peut donner lieu à des malentendus contraires à la philosophie, à la religion et à la morale. Mais Ruysbroeck n'était pas personnellement panthéiste et il ne laisse échapper aucune occasion pour s'en défendre. Il est vrai que, dans ses méditations, il part de l'idée de l'absolu, qui est l'unité dans son être et la trinité dans son action et dans sa vie, et il ramène le but de l'homme au renoncement à toute créature pour rentrer, par la contemplation, dans l'absolu. Dieu, selon lui, est le principe de l'existence du
(«) Voyez : Gersonii epistola ad Fr. Bartholom, Carthusiensem super tertia parte libri Jo, Ruysbroeck de omatu spirtiualium nuptiairurn (Gerson opp,, éd. Dupin, t. l, p. 59)» et le remarquable article de la Biographie universelle sur Ruysbroeck. — Voyez aussi Ullmann, p. 52. — Engklhardt, p. 265-271.