RLYSBROECK ET LE MYSTICISME
opposition flagrante avec le mysticisme hérétique de son temps (^).
Tout ce qu'on peut dire pour expliquer la rigidité de Gerson, c'est que Ruysbroeck a péché, non pas, certes, par le fond, mais par le manque de précision et de clarté dans lexpression; ce que pouvait difficilement éviter un homme qui voulait rendre sensibles les plus grandes extases et qui portait le nom de docteur extatique f ).
Au surplus, Ruysbroeck a trouvé un défenseur enthousiaste dans le savant chanoine et sous-prieur de Groenendael, Jean de Schoonhove f), dont Thomas a-Kempis a décrit la vie si pure, si pieuse et si orthodoxe.
Schoonhove, en commentant l'idée de son ami sur l'union de l'àme avec Dieu, s'eflbrça de démontrer que le maître ne parlait que de l'union par la douceur de l'amour, pjir la profonde extase de la contemplation, qui, disait-il, dissolvent l'àme et absorbent toute la force de la raison. 11 distinguait une identité substantielle, que Ruysbroeck n'admettait pas, qu'il combattait même comme une hérésie; une identité idéale par la conformité morale de la volonté et qu'avaient tous ceux qui possédaient la gr«ice spirituelle, et une troisième qu'il plaçait entre ces deux : une identité immédiatement contemplative et religieuse, l'identité de la contempla- *tion et de l'amour, dans laquelle l'ame se fondait, se dissolvait elle-même et se transformait en Dieu. Il prouva que c'était celle-lfi seule dont parlait Ruysbroeck. Mais rien ne put ébranler Gerson; il persista dans son opinion, ne cessa de condamner les expressions du docteur extatique et fit remarquer à Schoonhove qu'en les défendant il se rendait luimême coupable (^.
(*) Voyez les preuves apud Engelharot, p. 224 et suiv. (*) Ullmann, p. 53-55, d'après Engelhardt, p. 265 et suiv. (») n mourut en 1431.
(<) Gerson, opp., t. I, p. 63 et 78; t. IIÏ, p. 391 et 394. — Engelbardt, p. 272-278. •— BoHRiNGER, p. 539.