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ÉCOLES DES FHÈRES EN BELGIQUE

grammaire latine, en y joignant l'explication de quelques auteurs et des exercices de style; en quatrième, on leur donnait les éléments du grec. La grammaire grecque était achevée en cinquième; dans cette même classe, commençaient les leçons de rhétorique et de dialectique, qui étaient continuées en cinquième et complétées par l'indication de la ratio imitandi^ c'est-à-dire des règles à suivre dans l'imitation des auteurs classiques. En septième, on expliquait VOrganon d'Aristote et quelques traités de Platon ; on donnait d'après Euclide des notions de mathématiques, et Ton y ajoutait les éléments du droit. Dans la huitième, enfin, on y préparaît les élèves à l'étude de la théologie. Des exercices de composition, de déclamation et discussion remplissaient une grande partie des leçons des deux classes supérieures. Dans celles-ci, les différentes matières étaient confiées à des professeurs spéciaux, tandis que les six autres classes n'avaient chacune qu'un maître. Le recteur, chargé de veiller à l'unité de la méthode et à la progression de l'enseignement, était placé sous l'autorité du chef de la maisoA des frères f ).

En 1433, les frères de Deventer fondèrent une maison à Louvain : elle prospéra, mais sans avoir l'importance de celles de Hollande f).

Gand avait déjà vu, en 1429, s'établir dans ses murs un couvent d'Hiéronymites, dont l'enseignement attira de nombreux élèves, au nombre desquels figure le célèbre enlumineur Josse Bade, d'Assche, l'ami d'Érasme. Mais, lors de l'établissement des nouveaux évéchés sous Philippe II, les revenus de cette institution furent consacrés à l'entretien de l'évêque, et, en 1578, son local devint une maison de fous f).

Le 15 mai 1422, Philippe, fils naturel de Philippe Yon den Heetvelde, d'une ancienne famille noble, fonda à

{') ScHMiDT, La vie et les travaux de Jean Sturm^ p. 3 et 4. (*) Dklprat, p. 173-175.

(»y Td., p. 175-177.

Bruxelles, rue de la Putterie, un couvent de frères de la vie commune qu'il avait fait venir de ZwoU pour leur confier rinstruction de la jeunesse et la copie des manuscrits. En 1480, Hugues, fils de Philippe, les installa dans une maison près de Téglise de Saint-Géry, qui, dans la suite des temps, fut démolie. Ils y élevèrent une chapelle dont le grand autel fut consacré, le 12 juin^l48I, en l'honneur de la Trinité, de la Vierge et des saints. Le nouvel et l'ancien établissement étaient connus sous le nom de Nazareth. Ce fut à cette communauté que Bruxelles dut ses premières impressions typographiques (1476). Lorsqu'elle voulut ouvrir une école, elle •^ rencontra des obstacles qui ne furent levés que le 29 juillet 1515.

Le gouvernement autorisait les frères à enseigner la ^ grammaire, la logique et la musique à leurs domestiques^ à leurs commettants, aux pauvres demeurant dans leur maison, à soixante enfants de la ville et à tous les étrangers, pauvres ou riches, qui désireraient recevoir leurs leçons. Pour les indigents, l'instruction devî^it être gratuite. Les frères comptèrent bientôt environ deux cents élèves, dont quelques-uns appartenaient aux plus hautes classes de la société, et dont plusieurs, tel que Jean Le Mire, évéque d'Anvers, ont illustré leur patrie. Cette école avait trop de succès pour ne pas être exposée aux attaques de ceux qui voulaient faire de l'instruction un moyen de gouvernement. A la demande de Granvelle, qui lui avait fait représenter la nécessité d'établir à Bruxelles un séminaire, le magistrat céda à cet effet le couvent de Nazareth et ses biens, en se réservant sur le nouvel établissement un droit de surveillance semblable à celui qu'il exerçait sur récole('). Dans les troubles du xvi^ siècle, la maison fut destinée à l'éducation et à l'entretien de cent garçons nécessiteux professant le calvinisme (15 novembre 1580). Cinq ans après, elle fut rendue aux frères, preuve évidente

(') Résolution du 13 septembre 1569.

GÉItVRD ZERBOLT RÉPAJND l'ÉTLDE DE LA BIBLE. 143

que le séminaire n'avait pas réellelnent été institué. Les Urbanistes ou Riches-Claires, dont le monastère, fondé en 1545, et longeant le rempart depuis la porte de Hal vers Test, avait été démoli en 1578, obtinrent, dix ans après, cette même maison de Nazareth qui, dès lors, porta leur nom. Une rente viagère de 2^i0 florins fut assignée au dernier recteur de l'institution, Hemi Gheysels. La modeste demeure élevée en 1481 ne suffit pas longtemps aux Riches-Claires : le l'*' septembre 1665 fut posée la première pierre d'un nouvel édifice, petit, mais régulier et d'un style peu commun, tel qu'il existe encore f).

Une maison d'Hiéronymites, enseignant avec succès la langue latine à de nombreux élèves, était établie à Grammont, ville alors très florissante ; mais elle disparut au milieu de la tourmente du xvi^ siècle f).

Un contemporain de Florent Radewyns, Gérard Zerbolt, de^ Zutphen f), formé dans l'école de Deventer, donna une plus vive impulsion à la copie et à la conservation des manuscrits rares qui ornaient la bibliothèque de cette ville. Il se distingua pat* son zèle dans la propagation de la Bible en langue Milgaire. Il écrivit à ce sujet un livre curieux (^, dans lequel il s'appliquait à démontrer que tous les laïques pouvaient s'instruire eux-mêmes dans l'Écriture sainte, dont la simplicité n'avait besoin ni d'érudition, ni d'arguties. « Et pourquoi, dit-il, les éloigner de cette lecture, alors qu'elle doit servir de correctif aux lectures profanes de la Gueire de Troie, du Roland furieux, de la Belle Diane et autres histoires romanesques? Les plus illustres pères de l'Église, les Jérôme, les Augustin, les Grégoire, les Chrysostome, n'ont-ils pas sans cesse excité les laïques à l'étude de la Bible? Certes, ils ne l'auraient pas fait s'ils y avaient vu quelque danger. La nature

(') Lambinet, p. 341-347. — Delprat, p. 177-179. — Hennk et Wauters, Histoire de Bruxelles, t. III, p. 168-170.

(*) Delprat, p. 180.

(') Né en 1367, mort en 1396.

('*) De utiliiate lecticniis sacrarion liitcrarum in lingua vitlçari.

i44 LES FRÈRES DE LA VIE COMMUNE.

même des choses veut que les laïques lisent le livre sacré dans leur langue maternelle. Originairement, ce livre était écrit tout entier dans la langue comprise de ceux à qui il était destiné. L'Ancien Testament en hébreu pour les juifs; le Nouveau Testament en grec, à Texception de l'évangile de saint Mathieu et de la lettre aux Hébreux, qui sont écrits en hébreu (^), et d'après quelques-uns la lettre aux Romains, qui était en latin. Or, s'il n'était pas permis de lire la Bible dans la langue courante, pourquoi les prophètes et les apôtres se seraient-ils servis de la leur? Pourquoi saint Paul et saint Mathieu n'auraient-ils pas employé, chez les juifs, le grec, le latin ou tout autre idiome non usité, et chez les Grecs la langue hébraïque? Bref, les juifs ont la Bible en hébreu, les Chaldéens en chaldéen, les Grecs en grec, les Ai*abes en arabe, les Syriens en syriaque, les Goths en gothique, les Égyptiens, les Indiens, les Russes, les Slaves, les Gaulois, tous les peuples la possèdent dans leurs langues respectives, pourquoi, nous autres Germains (Allemands, Flamands, Hollandais) rie l'aurions-nous pas en germanique? La lecture de la Bible considérée en elle-même ne saurait être mauvaise; cai' elle est pour l'homme un élément principal du bien. Au surplus, elle n'est défendue ni en théologie ni en droit. Au lieu donc de détourner les Allemands et les Flamands de la lecture de ce livre, il est préférable de les y exciter f). »

Rien de plus remarquable que le jugement de Zerbolt sur les rapports de la Vulgate avec le texte biblique : « En hébreu et en grec, dit-il, l'Écriture sainte est beaucoup plus authentique qu'en latin, car il faut toujours rectifier et corriger la traduction latine sur le texte hébraïque et le texte grec, s'il se rencontre des ambiguïtés dans la langue latine f) ».

Zerbolt recommande aussi les livres de prière écrits en langue vulgaire (^.

(*) La critique moderne nie pour la letli-e aux Hébreux le texte hébraïque. {*) Revius, Davetitria iliustrata, p. 41-55. — Ullmann, t. II, p. 115-122. (3) Revius, p. 53. — Ullmann, p. 121 et 122.

(*) Revius, p. 55-58.

PRÉDICATION DANS LES LANGUES VULGAIRES. i4o

Il est incontestable que les principes et les exemples des frères contribuèrent à rendre de plus en plus général lusage de cette langue dans le domaine de la religion, et par là frayèrent les voies à la Réforme du xvi* siècle et à l'émancipation des nationalités, en les détachant de la langue et de la civilisation latines (^).

Les prédications des frères dans la langue populaire y contribuèrent également : au commencement, ils se servirent littéralement des grands modèles de l'éloquence chrétienne, des Chrysostome, des Augustin, des Grégoire P% des Bernard de Clairvaux, Quelle impression devaient produire ces paroles du premier de ces orateurs : « Je vous dis donc : que les hommes prient en tout lieu, levant les mains pures^ sans colère et sans contention (I, Tim., II, 8). Partout nous pouvons lever les mains saintes, car toute la terre est devenue le sanctuaire de Dieu. Vous me demandez comment un ou\Tier peut se rendre trois fois par jour à l'église pour prier ; je vous réponds : Rien de plus facile ; si vous ne pouvez pas vous rendre à l'église, priez au milieu de vos occupations ; il ne s'agit pas autant de la voix que du cœur, pas autant de l'élévation des mains que de l'état de l'àme, pas autant de l'attitude que du sentiment. Nous ne vivons plus sous l'Ancien Testament. Partout où vous serez, vous aurez devant vous l'autel, le couteau du sacrifice, le sacrifice même, parce que vous êtes vous-même le prêtre et le sacrifice. Le temps et le lieu ne vous seront pas des obstacles f). »

Ils aimaient aussi à citer saint Jean Chrysostome et saint ^ Jérôme recommandant la lecture de la Bible, et saint Augustin se prononçant contre les adorateurs des images f).

Les homélies de saint Grégoire P' ou le Grand, imprimées en 1497, étaient traduites et répandues partout. Élevé au pontificat en 590, ce pape a laissé à ses successeurs les plus

(«) Ullmann, p. 123 et 124.

(') MoNTYN, Geschiedenis der hcrmrming in de Nederlanden ; Arnhem 1868, t. I, p. 82.

(3} ID., ihid., p. 82.

146 LES FnÈRES DE L.V VIE COMMUNE.

grands exemples de zèle et de vertu pastorale dans le gouvernement de l'Église. La charité évangélique le dirigeait principalement; les biens de FÉglise, il se plaisait à les appeler le bien des pauvres. Il désapprouvait Tadoration des images des saints; il n'était pas même pour la vénération du crucifix. II disait que le souvenir du Christ suffisait pour remplir le cœur d'amour pour lui (^). La Bible était à ses yeux la pierre de touche de la vérité chrétienne (*)•

Quanta saint Bernard, né en 1091, ses sermons furent imprimés en 1475. Il avait prédit que les abus de la papauté la conduiraient à sa ruine ; il avait demandé qu'elle renonçât à son pouvoir temporel pour ne gouverner que l'empire des âmes. Il plaçait la révélation du Nouveau Testament au-dessus de celle de l'Ancien ; il reconnaissait non à l'Église, mais à Dieu le pouvoir de pardonner les péchés; pour lui, la véné^ ration des saints consistait dans leur imitation, et le culte extérieur, sans la pitié du cœur, était de nul effet. Personne plus que lui ne réprouvait les persécutions des hérétiques de son temps (les Cathares). « U faut, disait-il, les prendre non par les armes, mais par des raisons. Contentons-nous de les réfuter pour les ramener dans le giron de l'Église f). »

Un des élèves les plus célèbres sortis du fraterhuis de Gouda fut Jean Standonck, nommé en 1485 principal du collège de Montaigu (à Paris), fondé, au xiv* siècle, par deux membres de la famille Montaigu, dont l'un était archevêque de Rouen. Les libéralités réunies de ces deux bienfaiteurs assuraient une somme annuelle de dix livres de rente pour l'entretien et la nourriture de chaque élève. Mais le désordre et la mauvaise administration du collège furent tels qu*en 1483 ce produit ne s'élevait qu'à onze sous de rente. Ce fut à cette époque qu'il passa entre les mains de Standonck, une des figures les plus originales que four-

(') MONTYÎI. p. 83.

(«) Id., ibid.

(3) Id., p. 86 et 87.

JEA?i STANDONCK RÉFORME LA PÉDAGOGIE. 147

nisse Thistoire de la pédagogie. Cétait un homme d'un caractère ardent, d'une force de volonté peu commune et d'une opiniâtreté extrême, II était fils d'un tailleur de Malines. Yenu à Paris sans autre ressource qu'une lettre de recommandation pour l'abbaye de Sainte-Geneviève, il y fut admis à titre de charité, payant toutefois l'hospitalité des moines par des offices domestiques qu'il remplissait à leur service, et trouvant de cette manière le moyen de puiser aux écoles de Paris cette instruction, dont le goût décidé l'avait attiré au sein de la capitale. On raconte qu'à cette époque de sa vie, il montait, un livre à la main, dans le clocher, pendant les nuits claires, pour y étudier aux rayons gratuits de la lune. Devenu, en 1485, principal de Montaigu,il put y rétablir l'ordre, fonder douze bourses nouvelles et subvenir à toutes les dépenses. Mais il ne réalisa ces bienfaits qu'en imposant aux écoliers une discipline plus que Spartiate, et en leur léguant, pour ainsi dire héréditairement, la vie de labeurs et de tribulations que lui-même avait travei'sée. La règle de la maison était effectivement des plus austères. Tâches ardues, jeunes fréquents, maigre pitance, discipline rigoureuse, telle était la condition, devenue proverbiale, des écoliers de Montaigu; condition que résumait spirituellement leur devise traditionnelle : Mons acutus, ingenium aciitum, dentés acuti (^). Vêtus d'une cape de gros drap, ouverte par devant et surmontée d'une cagoule qui se fermait par derrière, le peuple les surnommait les pauvres capeUes de Montaigu, et journellement on les voyait prendre part aux distributions de pains que les chartreux du voisinage faisaient aux indigents. Érasme, à l'âge de vingt-cinq ans, avait étudié à Montaigu sous l'autorité de ce même Standonck : il connut par expérience les rigueurs de cet asile. Dans un de ses ingénieux colloques, où l'idée philosophique circule sous l'enveloppe légère d'une forme frivole : le dialogue de la chair et

(*) Vallet db ViRiviLLE, Histoire de Tinstruction publique en Europe ; Paris, 1852, p. 164.

du poisson, il stigmatisa en termes piquants les traitements inhumains, le gîte insalubre, la nourriture malsaine, par lesquels il vit lui-même sa santé compromise pour le reste de sa vie ; et, passant de ce propos à des considérations plus élevées, il glisse, à l'adresse de l'éducation de son temps, les traits acérés d'une critique hardie {^). » Remarquons que le fameux Ignace de Loyola avait étudié la grammaire dans l'établissement de Standonck,

Louis XII, roi de France, ayant répudié Jeanne, sœur de Charles VIII, pour épouser Anne, duchesse de Bretagne, Standonck s'opposa catégoriquement à cette volonté du roi et soutint que ce mariage était contre la loi de Dieu. Ce fut pour cette résistance qu'il encourut la disgrâce du monarque et fut banni du royaume.

Le savant Brabançon rentra dans sa patrie, et passant par Cambrai et par Valenciennes, il s'y arrêta quelque temps , y visita les lieux où la jeunesse recevait l'instruction et conçut l'idée d'y apporter des améliorations (1495). De là, il partit pour Malines, où, se souvenant des misères de ses jeunes années, il fonda pour les enfants pauvres un fraterlmis^ en y appelant les frères de Deventer, de même qu'à Louvain et à Gand. Cette dernière ville fournit, bientôt après, des sujets qui s'établirent à Cambrai. Il leur procura aussi un établissement à Paris, au collège de Montaigu, et l'on prétend que les règlements qu'il y dressa fournirent a saint Ignace, le plan de sa célèbre compagnie f).

Ce fut pendant l'épiscopat de Jacques de Croy, en 1505, que cinq clercs de la vie commune venus de Gand commencèrent à enseigner publiquement au collège des bons enfants, tenu auparavant par des prêtres séculiers qui portaient le nom de fi^àres escoliers de Saint-George. Ils s'établirent dans

(*) Vallet, p. 164 et 165.

(*; Delprat, p. 125, 126, 180 et 181. — BuLiEus, Historia unwersitatis Parisiejisis, t. V, p. 900. — X. Dinaux, Mémoires de la Société d'émiiloUioii de Cambrai, 1823, p. 223.

LES GRAMlLVmiENS PARMI LES FRÈRES. 149

une maison commode que cet évêque avait fait préparer en 1503, et y furent connus sous le nom de jérohimites ou fratres. Vers 1554, rebutés par des difficultés qui empêchaient le progrès de leur maison, ils prirent le parti d'y renoncer et de se retirer f ).

Parmi les cinq élèves que Jacques de Croy avait fait venir deGand en 1509, on distingua longtemps à Cambrai Chrétien Masseeuw, qui se donnait le nom de Camcracenus^ quoiqu'il fût né, le 13 mai 1469, à Wameton, bourg de la Flandre, sur la Lys. Il enseigna les belles-lettres pendant près de quarante ans à Cambrai, et y mourut le 25 septembre 1546, âgé de 75 ans. Outre divers ouvrages d'histoire et de philosophie qui ont été imprimés, ce savant a laissé en manuscrit : Brève chronicon Cameracense, perdu ou resté inédit f).

Quant à la maison fondée par Standonck, à Malines, elle fut réunie, en 1580, au séminaire archiépiscopal.

Citons encore Jean Momboir {Mauburnus), de Bruxelles (1460-1503), formé à Windesheim, et qui, par ses écrits mystiques (^ et sa piété exemplaire, acquit un tel renom à l'étranger que, le 18 avril 1497, le parlement de Paris s'adressa au chapitre de Windesheim pour le prier d'envoyer Momboir en France, où il fut chargé de la réforme de plusieurs couvents, tâche dont il s'acquitta à la plus grande satisfaction de tous {^).

A Bergues-Saint-Winoc, il y avait aussi une maison de frères de la vie commune, où enseigna quelque temps Jean Despautère (Van Pauteren), de Ninove f), qui laissa des rudiments, une grammaire, une syntaxe, une prosodie, un traité des figures et des tropes. Ces ouvrages étaient autrefois dans tous les collèges; mais depuis qu'on en a fait de plus métho-

(») A. DiNAUX, p. 224.

(«) ID., p. 225.

(*} Rosettim exercitiorum spiritualium et sacrarum meditatiomim ; Bàle, 1491.

(*) Delprat, p. 299-301.

C) Né en 1460, mort en 1520.

iJiO LES FRÈRES DE LA \ÎE COMMUNE»

diques, ils ne sont plus consultés que par les savants. Ils sont précieux encore pour entendre le fond de la latinité.

Ce ne fut pas seulement à Bergues-Saint-Winoc , mais encore à Louvain, à Lille, à Commines, qu'on recueillit les fruits de la prodigieuse activité de Despautère, qui eut un digne successeur dans Georges Macropède (^) (Yan Langevelt), de Gommert, près de Grave, dans l'ancien Brabant. Macropède enseigna avec un brillant succès chez les frères de Bois-le-Duc, de Liège et d'Utrecht. Il possédait les mathématiques et les langues savantes, notamment l'hébreu et le chaldéen, chose bien rare dans ce temps-là. On a de lui une grammaire grecque et latine, plusieurs ouvrages classiques et un grand nombre de pièces dramatiques en vers. A ses profondes connaissances il joignait une piété exemplaire, une douceur évangélique et une inaltérable pureté de mœurs. Il fut très suivi : presque tous ceux qui se distinguèrent dans les lettres aux Pays-Bas vers la fin du xvi® siècle étaient sortis de son école. Un de ses élèves, entre autres, qui acheva ses études à l'université de Louvain, Jean Sasgert, Sasgers ou Sasgarides, curé à Haringrarspel, que les ennemis de la réformation contraignirent à chercher un refuge sur la terre étrangère, fut recommandé par Mélanchton à Christian III, roi de Danemark, et appelé à l'université de Copenhague comme professeur de théologie (^.

Un autre élève de Macropède, élève devenu également célèbre, fut Georges Rataller, noble Frison, né en 1328 à Leeuwarde, et qui, venu enfant à Utrecht, y fut initié par lui au culte des lettres. Après avoir visité les provinces méridionales des Pays-Bas, il devint conseiller au conseil d'Artois, puis au grand conseil de Malines; en 15Go, ambassadeur en Danemark et, en 1569, président du conseil d'Utrecht. Ces diverses fonctions ne l'empêchèrent pas de travailler avec ardeur à l'étude de la littérature grecque : il a traduit en

(») Né en 1474, mort en 1558.

(«) Delprat, p. 129, 156-158.

DESPAUTÈRE, MACROPÈDE ET LEURS ÉLÈVES, ibi

latin et en vers les OEuvres et les Jours d*Hésiode5 sept tra* gédies de Sophocle et trois d'Euripide. Il mourut à Utrecht le 6 octobre 1581, avec la réputation d'un magistrat laborieux, intègre, bienveillant et d'un savant littérateur (^).

Despautère etMacropède avaient été attachés tous les deux, comme professeurs, à la maison de Bois-le-Duc, splendide succursale de Zwoll. Honoré, protégé par le pape et par l'évéque de Liège, cet établissement était un des plus considérables de nos provinces. L'excellence de son enseignement des lettres grecques et latines y avait attiré jusqu'à 1,200 élèves, non sans exciter la jalousie de l'université de Louvain, qu'il inquiétait même encore dans sa décadence. Les frères y avaient une imprimerie destinée à la publication de bons manuels pour l'instruction des élèves. Le 20 mars 1623, ils se virent contraints de donner leur assentiment à la suppression de leur institut, exigée par les archiducs Albert et Isabelle, qui conférèrent aux jésuites l'enseignement que les frères avaient donné jusque-là f).

Cependant la grammaire latine de Despautère, publiée au commencement du xvi* siècle, était composée de plusieurs parties trop volumineuses pour que les jeunes élèves fussent à même d'y puiser aisément leurs leçons. Des latinistes le comprirent et Sébastien Nieuwmeulen, de Duysbourg, après en avoir abrégé la syntaxe, en 1553, donna sommairement à Cologne, l'année suivante, les sept livres des Institutiotis despautériennes .

Mais les nouveaux rudiments, entièrement en latin, étaient encore trop étendus et trop difficiles pour les étudiants. Ces motifs engagèrent probablement le Montois Jean Gillet, professeur au collège de Houdain, fondé en 1545, et qui dut à son savoir d'en être le premier recteur, à dicter à ses élèves une grammaire latine plus courte et plus claire. Il l'avait

(*) Van Kampen, Beknopte geschiedenis der letteren en wetenschappen ; s Gravenhage, 1821, 1. 1, p. 73, et Delvenne, t. II, p. 285. (*) Delprat, p. 126-131.

formulée par demandes et par réponses, et, dans ses leçons, il traduisit en français les phrases et les mots présentés comme exemples : c'était une bonne innovation de plus (^).

La grammaire élémentaire de Gillet fut publiée en 1553. On y rencontre, ce qui est rare, des accents d'intonation (*). Le plan de cet ouvrage est assez conforme à l'ordre suivi dans nos livres de classe actuels.

Cette œuvre grammaticale de Gillet a un mérite d'ancienneté, de priorité, de clarté et de simplicité, qui en rehausse singulièrement le prix f).

Gillet, qui mourut vers 1554, comptait aussi parmi les bons poètes latins du temps (^).

Comme on le voit, l'institution fondée parGroot s'était développée de deux manières différentes : le centre était formé par les chanoines de la vie commune, réunis à la manière sévère des cénobites, c'est-à-dire dans le cloître ; la masse, plus grande, plus libre, plus répandue dans la vie du peuple, était celle des frères ordinaires de la vie commune, prêtres ou laïquesj vivant ensemble dans leurs maisons communes, ou bien épars, occupés de fonctions spirituelles et de l'éducation de la jeunesse : c'était une association où régnaient tout à la fois l'unité et la liberté. L'entrée dans la corporation n'était pas caractérisée par un vœu indissoluble, et la conduite des frères était réglée bien plus par les bonnes coutumes que par les préceptes étroits et minutieux du monastère. Le principe le plus puissant d'unité qui pénétrait toutes les maisons était l'esprit d'amour, d'humanité et d'obéissance f).

Cependant, au mont Sainte-Agnès, que surmontait le couvent de Saint-Augustin, près des murs de Zwoll, vivait

(*) C. WiNS, Mémoires et publicatioyis de la Société de^ sciences, des arts et des lettres du Hainaut, 1. 1 *, p. 188 et 189.

(«) Id., ibid, (») C. WiNS. p. 191.

0) Id., p. 197.

(*) Ullmann, p. 94-101.

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